Au Kosovo, apparemment, rien ne bouge, et chacun campe sur ses positions.
Dans le jeu d'échec à plusieurs joueurs, la Serbie, profitant de la marge de
manoeuvre offerte par l'arrestation de Karadjik, et de la "nouvelle donne" de
l'équipe gouvernementale récemment constituée, vient d'avancer quelques
pions.
La situation dans les communes du nord qui sont dans un état de sécession
de fait vis à vis des autorités de Pristina, reste toujours volatile.
Kosovo
mercredi 6 août 2008
Kosovo : quoi de neuf?
Par naiko le mercredi 6 août 2008, 19:12
dimanche 13 juillet 2008
Kosovo : suite
Par naiko le dimanche 13 juillet 2008, 10:21
Avant hier, s'est tenue la conférence des contributeurs pour le Kosovo, à Bruxelles. L'UE a annoncé la somme (faramineuse) de 500M.€ (en fait deux fois plus). Le boulet kosovar pésera longtemps sur les finances de l'Union...en un temps de rigueur budgétaire. Mais dans ces cas là, on ne discute pas, même s'il apparait que les Kosovars ont toutes les peines du monde à consommer les crédits qui leur sont alloués (déjà près de 3 Mds d'€ dépensés par la Communauté internationale au Kosovo)...sans que la population en voie vraiment les effets, car les bâtiments détruits par les bombardements de l'OTAN n'ont même pas encore été tous reconstruits, les coupures de courant sont toujours le lot des habitants de Pristina...
dimanche 15 juin 2008
Kosovo : suite (périlleuse)
Par naiko le dimanche 15 juin 2008, 10:39
Au jour de la dévolution pleine et entière de la
souveraineté au pouvoir élu du Kosovo par l'administration des
Nations Unies, l'UNMIK (MUNIK en français) selon la constitution du Kosovo, où
en est-on?
L'ONU s'en tire en disant que, comme elle n'a pas eu à reconnaître
l'indépendance du Kosovo, elle n'a pas à reconnaître non plus sa
constitution.
Un plan dit de "soft landing" a été imaginé "dans les
capitales occidentales", et avalisé par le secrétaire général des Nations Unies
qui consiste, comme on l'a déjà indiqué dans ces colonnes, à ménager
une transition progressive de la mission des Nations Unies à la mission de
l'UE, dite EU-Lex.
On reprendrait, au Kosovo, le schéma de la Bosnie, avec une mission civile
d'Etat de droit "robuste" ayant même le pouvoir de casser des décisions prises
par les autorités locales, une sorte de pro-consulat. A la différence près que
ce serait l'Union Européenne qui prendrait cette fois directement le relais
(plutôt qu'un Haut-Représentant qui en Bosnie, fut durant ses deux premiers
mandats, Américain). A l'autre différence près qu'en Bosnie, il y avait accord
(pas enthousiaste mais accord tout de même) de toutes les parties à l'accord
initial. Ce qui n'est pas le cas au Kosovo. Il y a là plus qu'une nuance.
Il y aurait un partage implicite des tâches, notamment dans la zone qui pose le
plus problème, le nord du Kosovo, peuplé en majorité de Serbes, et où
s'effectue en douceur (pour l'instant) une séparation de fait, avec une dualité
des institutions et des services publics : une façade kosovare (internationale
en réalité, avec une forte présence de la mission européenne Eu-Lex), une
réalité serbe reliée à la Serbie toute proche.
Mais une telle construction repose sur un minimum de
compréhension de chaque côté :
- du côté serbe, que l'on fasse semblant de considérer que
la façade reste onusienne, même si dans les faits, il n'y aura
plus par exemple au nord, que des forces de l'OTAN ( les forces de la KFOR, qui
ont reçu récemment un renfort significatif de troupes
britanniques stationnées justement dans le nord), qui ont toujours en
vertu de la Résoltion 1244 un mandat pour agir au Kosovo, pour assurer le
maintien de l'ordre, quelques internationaux qui continueraient à oeuvrer sous
un vague mandat résiduel onusien, et des "éléments" d'Eu-Lex (civils?
militaires? on ne sait pas très bien : dirigés par un militaire, mais
non armés... c'est une configuration qui plait bien aux Britanniques, qui
ont défendu à Bruxelles cette approche hybride : des civils gardés et
protégés par des militaires de l'OTAN, et ayant une mission de "surveillance
active" :"monitoring, mentoring, advising, while retaining certain
executive capacities" ). Le secrétaire d'Etat américain à la
Défense, M. Gates l'a bien précisé, il s'agit pour les forces de la KFOR de ne
pas avoir le premier contact ("KFOR retains its original mandate and is not
called upon to serve as [a] first responder”) Pour l'instant, la Serbie,
qui n'a toujours pas de gouvernement, plus d'un mois après les élections
législatives, n'a pas fait de tels gestes, au contraire. Le Président et le
Premier sortant, viennent, chacun dans son style, de refuser l'arrangement
ci-dessus proposé par Ban-Ki-Moon. D'autre part, les conseils municipaux des
communes du nord du Kosovo, élus lors des élections de Serbie, vont être
installés officiellement par les autorités serbes : autant d'occasions de
conflit...;
- dans cette hypothèse, les forces de l'OTAN (KFOR) surveilleraient les Serbes,
et Eu-Lex les Albanais. Le drôle de l'affaire, et là on est en plein Kafka,
c'est que le mandat exprès de la mission Eu-lex est de veiller au développement
d'une société multiethnique au Kosovo...;
- du côté onusien, que le Conseil de sécurité fasse semblant de considérer que
cette nouvelle répartition des rôles entre dans le champ des compétences du
Secrétaire-général, en sa qualité de chef opérationnel des missions de
l'ONU, sans avoir à repasser par une résolution du Conseil, qui se heurterait
au veto de la Russie, et sans doute de la Chine. C'est une interprétation
"extensive" ...qui peut poser des problèmes de responsabilité en cas de
"pépins" . Tout dépendra de la bonne volonté de la Russie, et sans
doute de ce qui sera offert à cette dernière (et à la Chine, en ces temps de
jeux Olympiques) comme prix de sa mansuétude;
- cela dépend aussi, et peut-être surtout, de la "retenue" kosovare. Il
faudra que M. Thaci ferme les yeux sur la dissidence de fait des Serbes
au nord. Américains et Européens font beaucoup pour rendre la potion
moins amère : les premiers viennent de s'engager, et de faire décider par les
ministres de la défense de l'OTAN, d'accéder à sa demande d'assistance à
la constitution d'une armée kosovare autonome (forces de sécurité). Mais cela
suffira-t-il? Rien n'est moins sûr. A partir d'aujourd'hui, il a un devoir
constitutionnel de faire régner l'ordre partout sur le territoire...;
- quant au "dindon" de la farce, c'est l'UE, qui va désormais
prendre tous les coups. D'ailleurs, Eu-Lex se presse lentement de se déployer
sur le terrain...Pour l'instant c'est la composante de force provisoire (avec
un mandat beaucoup moins ambitieux) qui est sur place et les 1.800
"juristes, policiers, magistrats" d'Eu-Lex sont toujours
en formation, son chef, le colonel de Kermabon prenant de longues
vacances. Tôt ou tard, va se poser la question du mandat d'Eu-Lex : c'est
un mandat auto-proclamé, qui ne repose sur aucun texte onusien...Cela
suffira-t-il à certains des pays de l'Union ayant fourni des personnels? On
peut l'espérer...Mais rien n'est moins sûr. En cas de problème, cela suppose
une entente parfaite entre Eu-Lex et le commadement de la KFOR, qui décidera
(ou non) d'intervenir, car comme on peut bien le supposer, ce n'est pas le
patron d'Eu-lex, tout militaire qu'il est, qui va donner des ordres au
commandant du QG de la KFOR qui seul décidera de l'emploi de la force
localement.dans une opération comme celle-ci, il faut impérativement une clarté
et unité totale dans la chaîne de commandement. Les capacités éxécutives (non
précisées à ce stade) confiées à Eu-Lex devront être le cas échéant appuyées
par l'emploi de la force - policière ou militaire : qui fera quoi? D'autant
qu'il y a une force de police internationale (onusienne : encadrement
international et effectifs kosovars) qui est actuellement déployée au Kosovo :
quand va-t-elle se retirer? Que de problèmes en
perspective...
Dans le mandat d'Eu-lex, on est très détaillés sur
le rôle de supervision active confié au service des douanes, actuellement géré
par le pilier européen (commission européenne) de la mission des Nations-Unies.
Souvenons-nous que le service des douanes est à peu près la seule
ressource de l'Etat du Kosovo, et que la tentation pour M. Thaci et son équipe
( M. Thaci n'est pas tout à fait un enfant de choeur dans le domaine de la
corruption, et dans les deux premières années du Kosovo, il avait monté un
système de perception "parallèle" d'essence importéee, ce qui avait coûté à son
parti une lourde défaite aux premières élections) va être grande de
s'affranchir de la tutelle internationale...
Pour se reconnaître dans la jungle des sigles et des compétences des composantes européennes présentes au Kosovo, on peut consulter avec profit l'organigramme suivant:
http://www.eupt-kosovo.eu/new/home/docs/EUINKOSOVO.pdf
Mais pour être complet, il faut aussi parler de l'ICO, International Civilian
Office, de l'ICG International Civilian Group, et de l'international Civil
Representative. Ce groupe est un groupe informel de pays soutenant l'action de
l'Union Européenne en faveur du Kosovo. L'ICR est en même temps représentant
Spécial de l'UE pour le Kosovo, et la fonction a été confiée à un diplomate
néerlandais, M. Pieter Feith, ancien haut fontionnaire de l'OTAN, ce qui est de
nature à rassurer les Américains..."Trop de marmitons gâtent la sauce" dirait
le proverbe anglais.
Un événement qui risque de passer à peu près inaperçu dans le
flot des nouvelles, et notamment après la conférence des donateurs pour
l'Afghanistan, tenue à Paris le 12 juin, qui a vu les responsables des
grands Etats casser leur tire-lire à hauteur de 20 Mds de $...la
conférence des donateurs pour le Kosovo, prévue pour le 11
juillet. Cette réunion de toute façon n'intéresse plus grand monde,
car le Kosovo est maintenant bien arrimé à l'Union dans ses diverses
composantes, et le financement ne fait donc plus problème. Déjà le Kosovo
est l'Etat qui a le plus bénéficié de l'aide européenne de toute la (courte)
histoire de l'UE : plus de 2Md d'$, rien que pour les dépenses
communautaires (et donc sans compter les dépenses nationales des Etats membres,
tant civiles que militaires cette fois).
Osons la question iconoclaste : du point de vue stratégique global, et du point
de vue des intérêts généraux européens, cette petite région en vaut-elle la
peine?