Le nouvel européen

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samedi 9 mai 2009

Salon de Montrouge 2009 d'art contemporain: la cata!

Le Salon de Montrouge était un rendez-vous intéressant, par la diversité qu'il offrait. On pouvait, en le visitant, avoir une idée assez exacte de la variété des diverses tendances de l'art d'aujourd'hui, chez les jeunes créateurs.
Ces temps sont révolus.
L'affiche (à gauche) dit tout sur l'ambition "prométhéenne" du salon nouveau.
Avec la cuvée 2009, les organisateurs, grisés ou mal conseillés, ont choisi leur camp, sous la houlette de "nouveaux guides", dont le journaliste/galeriste/curateur* multicartes Stéphane Corréard, promu commissaire du salon.
Et, comme il arrive souvent, ils ont fait exactement le contraire de ce qu'ils annoncent, qui est, à lire le programme, :" fidèle à sa tradition d’ouverture, le Salon 2009 présentera des artistes représentatifs de l’ensemble des tendances actuelles, tous matériaux et styles confondus". Ce n'est pas "l'ensemble", mais les fruits d'une certaine coterie, qui sont ici donnés à voir à un public un peu interloqué (même si, comme toujours en pareil cas, il n'ose pas vraiment dire ce qu'il pense, et c'est là l'aspect "terroriste" de l'A.C. que personne n'a jusqu'à présent vraiment réussi à démasquer efficacement : si vous le critiquez, vous êtes un pauvre type, un réactionnaire fini pour ainsi dire fasciste...le communisme et les fascismes sont morts, mais pas leurs méthodes d'agit-prop). 
Nous entrons avec eux dans le monde douteux, glauque de l'"A.C." dans ses formes les plus violentes, et les plus agressives. Très loin du "vent frais et joyeux", annoncé dans le programme.
Une vision de l'AC qui avait cours dans les années 90, mais déjà rétro, dépassée (heureusement) par de nouvelles tendances dont la nouvelle "Force de l'art 02" peut donner quelque idée (bien imparfaite et partielle).
Dieu merci, la création en France est bien plus riche, joyeuse dans sa profusion et la diversité de ses composantes, que ce qui nous est donné à voir dans "la Fabrique".
De ce catalogue de travaux bâclés et pervertis, on n'a pas grand-chose à dire, sinon que les jeunes artistes(dont beaucoup ne sont d'ailleurs pas si jeunes que cela, à lire les biographies) qui suivent de telles voies sont bien mal inspirés.
Je ne vois que quelques noms pour émerger de cet océan d'immondices, de poncifs pornographiques et surtout de médiocrité, étalé dans ce lieu (au demeurant pas mal, anciens ateliers de Thomson puis Areva) : Fabrice Parizy, et ses curieuses constructions telluriques et débordantes (mais il est déjà connu, ce n'est donc pas une découverte, mission première du salon de Montrouge jusqu'à présent). Ci-dessous un des deux panneaux monumentaux qui encadrent l'expo, et qui donnent une bonne idée de l'ensemble. 
On signale aussi Laurent Ajina, créateur d'espaces plans inspiré par les dessins d'architecte sa grande toile blanche constellée de signes, et de traits  tracés au marqueur dénotent un dessinateur au trait sûr (image tout en bas à gauche).
Un autre, relégué au fond d'une salle, n'a droit qu'à un accrochage de fortune, dessine des sortes de calligrammes qui font penser à des peintures sur manuscrits chinoises d'une grande finesse donnant l'impression d'un foisonnement végétal mais très contrôlé, Benjamin Hochart. Et puis c'est à peu près tout.
On signale une oeuvre particulièrement violente et dégradante, une vidéo manifestement inspirée des rituels sordides de la prison d'Abou Grahib (Irak) : elle fait partie des oeuvres venues directement de la villa Arson célèbre école d'art contemporain niçoise, qui nous avait habitués à plus de rigueur dans le travail.
Car le plus effrayant dans tout cela, est bien l'impression de  travail mal fait, bâclé que laisse la visite d'un tel lieu. De mauvais maîtres ne donnent pas de bons élèves, lequels ne livrent pas de bon travail...

Une victime collatérale de cet impitoyable étalage, le tableau, qui a à peu près disparu au profit de vidéos (souvent de piètre qualité technique), de photos (trop souvent d'amateurs, la photo est un métier à part enière et ne s'y risque pas qui veut), d'installations, de constructions, d'amas étranges et informes...Trop dur de faire un tableau, cela demande trop de concentration...  
Un conseil pour le Maire, qui a ainsi imprudemment jeté sa gourme : il faudra qu'il revienne à des formules plus classiques et fécondes, sinon il risque de se faire refuser à l'avenir les crédits nécessaires par son conseil municipal...  

Je connais une jeune artiste qui s'était montrée navrée il y a quelques mois d'avoir vu ses oeuvres retoquées par le jury de sélection du Salon. Eh bien rassurez vous, chère Céline Normant, vous y eussiez été en bien mauvaise compagnie. Il est de certaines assemblées, de certains clubs morbides par lesquels il vaut mieux ne pas avoir été coopté.

Gardons l'espoir. Oui le "grand art", avec ses exigences immuables, existe encore chez nous. Hélas, il reste encore honni des cercles des prescripteurs qui ne sont pas des "bien pensants", mais leur exact contraire, thuriféraires du détournement (mot dont ils usent et abusent) et de la perversion, ce qui ne les rend pas plus tolérants à la diversité, ni moins nocifs pour autant...             

*: dans le jargon A.C. le curateur (curator en anglais, pour désigner les conservateurs d'institutions culturelles) désigne indifféremment l'organisateur d'une exposition, le conservateur de musée, le visteur occasionnel étranger, à bien distinguer du médiateur qui se situe un plusieurs niveaux en dessous. Mais en voulant faire américain, les "acétocrates" ont commis un acte manqué, car  en français un curateur est, en droit, la personne qui décide à la place du mineur ou de la personne qui n'a pas ou plus la totalité de ses droits. Et cette position leur va bien. Les mineurs, les "infans", ce sont tous ceux qui n'ont rien compris à l'art contemporain, et à qui il faut "ouvrir les yeux".  

samedi 7 mars 2009

l'expo de Chirico : un must absolu

Dire de Chirico qu'il est le plus grand génie pictural du XXè siècle serait bien entendu exagéré. Mais comme ce type de classement des "top 10" n'a aucun sens, contentons-nous de dire que l'exposition que l'on peut voir en ce moment au Musée d'art moderne de la ville de Paris nous permet de suivre l'oeuvre d'un peintre dans son parcours, et c'est toujours une chose fascinante. Ce l'est d'autant plus avec Giorgio de Chirico qu'il a traversé, picturalement, plusieurs phases très différentes dans sa vie. On connait surtout sa période surréaliste ou "parisienne". On s'extasie, et l'on a raison, devant ces paysages urbains, - places avec arcades à l'italienne le plus souvent-, écrasés de silence et de soleil - un soleil couchant  projetant les ombres implacables  de personnages fantomatiques ou de statues à la facture classique.  Une icône est ce tableau, portrait d'Apollinaire, poète qui contribuera pour beaucoup à faire connaître le jeune peintre, dans ce Paris très encombré de l'avant-guerre, vers lequel convergent toutes les ambitions (on pourrait avec intérêt tirer un axe Paris-Vienne des années dix* et on verrait quels pôles de l'esprit furent alors ces deux mégapoles), et où percer, même si on a du talent, n'a rien de facile. Chirico est déjà un esprit solitaire, et Apollinaire fut un de ses peu nombreux amis. L'oeuvre date de 1914, donc en pleine période cubiste. Mais elle n'a rien de cubiste. On y apprécie déjà une construction rigoureuse, et l"'étrange" saute aux yeux. On y voit un Apollinaire en visage de statue grecque, qui ressemble furieusement à Marlon Brando (oui...) avec des cavités oculaires absentes ( on dirait des lunettes de soleil, et c'est le côté un peu "Warhol" du portrait) et formant deux cercles noirs (censés représentér le poète aveugle et "voyant") avec, prophétiquement, à la tempe, une blessure qui sera celle qu'infligera au "poète assassiné", trois ans plus tard, un éclat de schrapnel. On accole à cette période, le label de "peinture métaphysique". L'étrangeté de cette peinture marquera un Magritte, mais elle sera aussi à la base d'un malentendu qui fera considérer Chirico comme un surréaliste, reconnu, adoubé comme tel par Breton. "Croisée des chemins" qui ne durera pas, car Chirico n'est à personne, et un jour Breton lancera les foudres de ses  anathèmes contre ce classique.

Mais en se concentrant par exclusivité sur cette période, on limiterait beaucoup le champ d'investigation. Il faut d'abord s'intéresser aux débuts (la première salle de l'exposition). Notre jeune peintre est à Munich, où il suit les cours de l'académie d'art de la capitale bavaroise. Là, il subit très profondément l'empreinte de Nietzsche, et par lui, d'une redécouverte de l'antique. Le tableau du "combat des centaures" qui figure en bonne place est intéressant à ce titre. Violence débridée, puissance des instincts du monde antique, traités à la façon "symboliste" de l'époque, mais en même temps en ayant recours aux précédés traditionnels de la peinture classique - déjà- par le recours au portrait (l'antique dyonisiaque de la "naissance de la tragédie", revisité par le regard de la peinture italienne du cinquecento - il y a un tableau datant de cette époque où l'on voit le peintre et sa mère, très révélateur à cet égard).
L'irruption des mannequins mécaniques -et orthopédiques-, qui allaient devenir l'autre "marque de fabrique" de Chirico, marque une avancée dans le caractère onirique des toiles : mais au-delà, signe le profond lyrisme des atmosphères ainsi crées et des "androides" admis à l'existence. Le tableau de "Hector et Andromaque" (1924)  fait converger toute l'intensité de la construction et des couleurs vers les  corps réunis des deux amants. A propos des couleurs, l'exposition met ici et là en exergue d'intéressantes citations du  peintre, fort prolixe sur son art,  qui soulignent l'importance que, tout au long de sa vie, Chirico a accordé à la confection de la matière picturale. Il y a là un long travail de (re)découverte auquel il a procédé, travail oublié, et on peut citer par exemple la redécouverte du travail a tempera**. Acessoirement, le soin  a apporté à la matière confère aux tableaux de Chrico un très bon brevet de durabilité (de "soutenabilité" comme on dirait aujourd'hui...) à sa peinture, et on ne peut en dire autant de 90% de la peinture moderne ou contemporaine, qui travaille avec des matériaux souvent très fragiles. A la bataille contre le temps, ses outrages et ses destructions, Chrico part avec une bonne longueur d'avance...
Il y aura ensuite, à la fin des années vingt, la série des gladiateurs, qui a marqué un tournant dans la vie de l'artiste, le détournant de Paris, car les critiques n'y ont pas compris sa démarche. La manière de traiter les corps, n'a rien d'anatomique, et l'on s'interroge sur le pourquoi de ces grandes masses de chairs sans réalisme, mais laissent toutefois, après la gêne du décalage, une impression de puissance, de puissance inutile. Je ne suivrais donc pas totalement Sylvie Gignoux, qui, dans La Croix du 2 mars, analysait fort sévérement ce qu'elle qualifie d'impasse, d'un artiste passéiste : "Ces combats y sont perdus d’avance. Loin de montrer des corps sublimes et héroïques, le peintre nous livre un enchevêtrement de mannequins de chiffons, aux traits distordus, se cognant au plafond de chambres minuscules. La désagrégation de la figure humaine qui touche alors l’art moderne, il la montre en veilleur lucide".     A côté de ces deux toiles pamphlet - combat de gladiateurs-, on peut voir en effet un tableau plein de grâce et d'ingénuité, "à l'antique" représentant deux femmes : la facture, la technique employée pour figurer le modelé des chairs,  fait penser à celle employée par Picasso dans sa période des femmes d'Avignon (distorsion des corps en moins).    

Puis vient (nous sommes dans les années 34/35) l'étrange série des "bains mystérieux", qui voit des tours qui ressemblent à des cabines de bain, des baigneurs trempotant dans des canaux zigzagant, un univers aplati avec des géants en costume cravate. Hélion se souviendra de ses personnages urbains filigineux et inexpressifs. C'est une autre vision que nous présente Chirico et comme pour ses mannequins, il y reviendra à l'automne et au soir de sa vie. C'est ensuite le retour au travail astreignant du copiste, l'artiste fréquentant assidûment les musées de Florence et de Rome. Une pleine salle montre quelques uns de ses travaux, et on ne peut qu'admirer la gigantesque fresque à la manière de Tiepolo, ou le portrait de sa femme en nu "à la" Titien, au grain de peau si fin. Que nous dit ainsi Chirico, en revisitant les grands anciens? Qu'au fond, nous n'avons pas techniquement fait mieux, et qu'il faut se remettre à leur travail..  La veine des portraits continue cependant en parallèle : deux auto-portraits, l'un en toreador, l'autre en contadino du cinquecento, sont un clin d'oeil à ces époques révolues. Un troisième nous replace dans l'époque actuelle : on y voit le peintre debout pinceau à la main, face au chevalet, dans le simple appareil  de celui qui devant sa toile peint, l'acte suprême qui le définit plus que tout. Je trouve ce tableau exceptionnellement émouvant, parce que "vrai", comme le sont (avec la banalité du cadre actuel en plus chez Chirico, mais avec une virtuosité picturale égale) les auto-portraits de Rembrandt (ou de nos jours ceux de Lucian Freud).

L'exposition fait aussi une part, un peu trop congrue à mon gré, aux sculptures de Chirico. Les petites oeuvres qui y sont montrées sont pleines de grâce et toutes en finesse. 

Chirico n'est-il que le peintre de la nostagie des époques perdues? S'il est vrai que la mélancolie de ses tableaux est le fil rouge de toute son oeuvre,  le parcours auquel nous convie l'exposition apparait surtout comme une ode à la peinture, à l'art pictural, en tant qu'expression mystérieuse d'un au-delà qui le dépasse. La phrase qui la conclut est ainsi une invitation au dépassement dans le mystère: "la vie ne serait-elle qu'un immense mensonge? Ne serait-elle que l'ombre d'un rêve fuyant? Ne serait-elle que l'écho des coups mystérieux frappés la-bas contre des rochers de la montagne"?   

**= j'emprunte au site spécialisé Groensteen,  la définition du tempera:

Cette technique fondamentale est caractéristique dans la peinture rupestre médiévale et antique elle fut utilisée dans de nombreuses églises, chapelles etc... Cette technique fut d'usage courant jusqu'à la fin du XVème siècle, date à laquelle, elle fut remplacée par la peinture à l'huile. Aujourd'hui cette technique ancestrale est réutilisée par de nombreux artistes, qui veulent atteindre la perfection dans la transparence et la profondeur de leurs teintes.
Les pigments sont liés à l'aide d'un médium à l'oeuf rien que le blanc, ou le blanc et le jaune, et parfois, à l'aide d'un médium composé de jaune d'oeuf, de blanc d'oeuf, et d'huile de lin.
 

dimanche 22 février 2009

Bergé-YSL : ne nous quittez pas!

je reviens sur la possibilité pour l'Etat de ne pas laisser partir en vente aux enchères la collection Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent.
Dans cent ans on aura oublié pour quelles obscures raisons l'Etat n'avait pas pu, au moment opportun, trouver les 300 millions d'€ nécessaires au rachat de l'ensemble de la collection de Bergé-Saint-Laurent. Mais ceux qui auront encore assez de culture pour s'en rendre compte ne tariront pas de reproches pour fustiger la courte vue des décideurs de l'époque. 

Le moyen juridique existe, c'est le droit de préemption. Il existe aussi plus simplement encore la possibilité de classer en procédure d'extrême urgence la collection comme "trésor national" (L.121-1 du code du patrimoine). Cette collection unique n'en est -elle pas devenue un depuis que des milliers de Français ont pu la voir, et se l'approprier on peut dire physiquement grâce à l'organisation d'une exposition publique des oeuvres, en un geste, il faut le dire, révolutionnaire de Pierre Bergé (je ne sais pas si lui-même s'est pleinement rendu compte de l'élégance, de la profonde valeur esthétique -et politique- de son geste).

300 millions d'€, c'est à peine un peu plus de 10% de ce que notre Président vient de promettre en à peine une demi journée le 18 février, aux partenaires sociaux réunis en "Sommet social" au titre des mesures d'accompagnement social  à la crise...

L'endroit pour abriter cette collection? Il est tout trouvé. C'est

le Château de Champs (94), domaine de l'Etat, actuellement en restauration, voué apparemment, une fois restauré, à loger le Centre national des monuments historiques. Eh bien le Centre ira ailleurs. Les collections de B/YSL y trouveront leur place. Et nous aurons un joillau de plus sur la terre de France, et plus précisément d'Ile-de-France. Je lance un appel aux responsable politiques aux élus locaux, au Maire de Champs, notamment : Voila une occasion de pérenniser la vocation du chateau de Champs qui a longtemps cherché sa voie et sa place dans la constellation des domaines de prestige de l'Etat, et doit achever sa restauration dans 3 ans... Réveillons-nous de notre torpeur! Notre richesse, c'est, bien autant que les Airbus*, notre patrimoine culturel.. 

* : d'ailleurs désormais plus allemands que français..

Bergé-YSL : vous pourrez dire j'y étais

Oui, ce samedi soir, il y avait foule, la foule des "nuits blanches" à Paris - par ailleurs à peu près désert, les Parisiens ayant fui la crise sur les pentes de ski, elles aussi "du siècle"- autour du Grand Palais, pour voir et admirer la collection de Pierre Bergé, et d' Yves Saint-Laurent. Ce n'est jamais très drôle de visiter une collection avec la foule du métro aux heures de pointe, mais les gens ont accepté avec patience, tout à leur plaisir du cadeau qui leur était ainsi fait, de pouvoir visiter gratuitement la collection.

La visite n'a pas déçu, et on sortait les yeux encore ecarquillés du spectacle, unique dans sa richesse et sa diversité. Si j'avais été l'un et l'autre (P+Y), j'aurais peut-être eu moins le réflexe du collectionneur qu'on voit parfois poindre, comme l'accumulation des lourdes aiguières, l'amoncellement des bronzes et des émaux. Mais, en y songeant, les deux n'ont fait là que reprendre une vieille habitude des riches collectionneurs, souvent des rois ou des princes, de la Renaissance. Un petit regret : qu'ils se soient davantage intéressés, en matière de sculpture, à la période classique qu'à celle des années 20-50, qui fut LA grande période de la sculpture, en particulier en France. Et formulons, pour clore la rubrique, un autre regret concernant la sulpture...Trop d'hommes et pas assez de femmes! Or moi, c'est le corps féminin qui me "branche", beaucoup plus que celui de l'homme...Et n'oublions pas qu' en dépit de toute la philosophie esthétique du monde, la peinture et la sculpture, sont avant tout affaire de désir.  

Je retiens surtout le vaste choix de peintures. Plusieurs toiles de Géricault rendent parfaitement justice à ce très grand peintre.
Le tableau des enfants Dedreux  restera longtemps dans la mémoire, par son aspect inquiétant, pas du tout "enfantin", son admirable composition, et qu'un seul homme ait été en mesure d'avoir chez lui cette oeuvre, et de placer en face s'il lui plaisait, le splendide portrait d'enfant par Goya est déjà un grand succès. Je ne sais pourquoi, mais il y a entre ces deux toiles une très mystérieuse correspondance, qui disparaîtra à jamais, comme le veut destin éphémère qui les avait réunis pour quelques décennies.  Un Matisse spendide, "les coucous, tapis bleuet rose" à l'impeccable composition trône dans une des salles, comme il devait trôner dans un des salons de l'une des nombreuses résidences de ce couple déjà mythique. Mais ce Matisse est un Matisse de facture "classique", je lui préférerais, s'il me fallait choisir, celui plus discret, mais plus important dans l'évolution du peintre, et au charme indéfinissable intitulé "nu au bord de la mer", et qui pourrait bien être une première Eve, et qui fut nous dit  le catalogue, la première préfiguration d'un des thèmes féminins qui devaient ensuite prendre leur essor dans ce qui devait plus tard être "la danse".  Il y a aussi un petit tableau de Degas ( cf l'image ci-dessus)  représentant un paysage italien image même de la perfection - perffection de l'inachevé!!- telle que Degas sait les faire, avec le clin d'oeil ironique qui lui a fait peindre légèrement de biais l'encadrement du balcon par où s'échappe la vue pour introduire un élément d'instabilité.  

Les incursions dans les époques classiques étaient toujours très mesurées et intelligentes. On admirera surtout un tableau très expressif de Nouvolone, un peintre dix-septième de l'école de Crémone, intitulé "la mort de Didon", thème souvent traité aussi chez "nos" classiques français.

L'intensité de l'échange des regards entre Didon "expirante" pour parler comme Racine, et l'homme retient plus que l'attention. Attention! La photo ci jointe ne rend absolument pas compte de la profusion des couleurs.
Et tant d'autres...Mais je ne veux pas omettre un petit tableautin très fort, d'un certain von Stück, de l'époque veinnoise début 20è. Tableau qui représente une amazone, d'une vigueur étonnante. Je l'achèterais bien (on peut bien rouler dans son esprit ce genre de pensées vagabondes)...Car et c'est tout le piquant supplémentaire, la dimension vente aux enchères n'était pas absente.  C'est Christie's qui a organisé la manifestion (et le service de sécurité était, je le dis en passant, d'une autre efficacité que celle des expositions habituelles, avis à la Réunion des musées de France) et des hôtesses avenantes fournissaient à qui voulait les entendre les explications nécessaires.
Et je repose la question : cette collection unique, un Etat ayant les moyens et soucieux de son patrimoine, peut-il (a-t-il le droit de ?) la laisser partir comme cela aux quatre vents? N'y avait-il pas là matière à projet original entre l'Etat et M. Bergé, qui après tout est un patriote (commandeur de la Légion d'Honneur en plus!!), avec en arrière fond l'arme ultime de la préemption ? Mais il faut de la réactivité, de l'imagination, et surtout ne pas être "fauché" comme nous le sommes...       

lundi 9 février 2009

Un pari osé

La revue Beaux Arts magazine, honnête revue plutôt grand public, à la présentation soignée, aux articles souvent fouillés et toujours pertinents, prend des risques dans sa livraison de février. Elle nous indique dix artistes de moins de 35 ans dont elle assure qu'on entendra parler dans les dix ans à venir... "Pas question de dire qu'ils sont les nouvelles stars sur lesquelles miser. Pas question d'affirmer qu'ils passeront indéniablement à la postérité, ni de chercher à dénicher les Jeff Koons et Damien Hirst de demain. Simplement, ils sont, selon nous, les plus talentueux de leur génération"...Ce qui n'est déjà pas rien comme annonce!
Quels sont les winners? Et qu'en penser?  Quand on fait de la prévision, le problème c'est qu'on prolonge forcément dans l'avenir les tendances du présent...Résultat : les prévisionnistes se trompent toujours. Car la vie étant une perpétuelle invention, les déteminismes asolus ne se vérifient pas. Mais il arrive qu'avec de l'intuition, de la préscience, on puisse dépasser les tendances du présent et faire des prédictions qui tombent juste...Au milieu d'autres qui sont erronées.

Dans le domaine artistique, domaine, où le facteur humain prédomine à l'évidence, ces précautions se révélent encore plus nécessaires, et plus spécifiquement encore en ce moment charnière que nous vivons, au milieu d'une crise qui peut bien se révéler être une crise de civilisation. Or les mouvements artistiques sont particulièrement sensibles aux grandes lames de fond qui agitent nos sociétés.

La rédaction a choisi l'ecléctisme : elle ouvre une petite porte en direction des peintres "traditionnels" (2 sur 10); l'aurait-elle fait il y a seulement dix ans? Aurait-elle osé? Elle reste fidèle toutefois aux tendances qui sont actuellement les plus en vogue, comme les utopies narratives, avec une artiste intéressante Mai-Thu Perret, originale, qui nous raconte l'histoire d'une communauté mythique de femmes dans le Nouveau Mexique, et que je comparerais, plus près de chez nous, à cette excellente et prometteuse artiste Bertille Bak, mais on peut citer une bonne dizaine d'artistes comme elle qui nous racontent de belles histoires avec un peu moins de prétention, si je puis me permettre. Mais je la garderais moi aussi dans la liste, s'il fallait en garder.    
Le problème, avec ce nouveau genre d'"interventions", c'est qu'on lui accole le nom d'une fonction, d'un "métier" en quelque sorte, différent. Elle "donne à voir", c'est vrai; elle prétend aspirer à donner à réfléchir aussi (c'est plus discutable, mais acceptons en le principe). Elle raconte...Cela suffit-il pour satisfaire un public qui cherche dans l'art,- la peinture, la sculpture dans le cas d'espèce-une série d'impressions, de nourritures spirituelles, que tout un passé de culture lui a appris à attendre. C'est peut-être dommage, mais c'est ainsi.   Le genre nouveau (quel que soit le terme qu'on lui accole)  postule de la part du spectateur une "ingénuité" (j'emploie un mot gentil, une litote, par rapport à d'autres qui me viennent à l'esprit...) qui n'est pas forcément celle du public exigeant qui cherche davantage. Parler de "public" évite de poser les questions fondamentales, et de classifier ces oeuvres en termes de valeurs.
Le souci de la rédaction de M.B-A de ne pas exclure la conduit à inclure un plasticien emblématique de l'école conceptuelle, Yann Sérandour. Nous ne la suivrons pas dans ce scrupule. Oublions donc. L'école conceptuelle est comme le nouveau roman : elle fera une ou deux lignes dans les rétrospectives des tendances des années 80/90, mais on sera bien en peine d'exhumer une oeuvre marquante,et on se rabattra sur les colonnes de Buren (ce en quoi on fera sans doute un léger contresens car Buren ce n'est pas exactement et tout à fait l'art conceptuel).

On oublie aussi les représentants de l'école de la transgression,  comme le brésilien Marcelo Cidade, ou celle de "l'interrogation" (sur l'image ou sur autre chose) comme Seth Price, ou un bon dessinateur BD, le chinois Wu Xiaohai (il faudrait en voir davantage, il y a quelque chose dans l'idée...). On en garde deux autres : Benoît Maire, assez neuf dans sa façon de donner à penser (pour de vrai cette fois, et on reviendra sur ce Monsieur), et Oscar Tuazon  dans la catégorie "architectes utopistes", constructeur de Meccano...  
Finalement, celui qui a le plus de chances d'émerger dans les dix ans, avec Miss Perret (qui a un excellent sens de l'auto-promotion, et pas mal de culot apparemment, et ça compte beaucoup), c'est le peintre allemand Benedikt Hipp, à la facture très classique qu'on dirait sortie de Ernst, ou Topor (chez nous). Il y a un sentiment très curieux qui émerge de ses toiles : l'attente de quelque chose qui doit arriver, de quelqu'un qui doit venir, l'incertitude, et au fond la pureté des formes et leur équilibre sur l'espace de la toile...   

Il est évident que si j'avais à dresser une telle liste, je ne choisirais, personnellement, aucun de ceux-ci. Mais c'est une autre histoire.  Et les critiques de Beaux Arts Magazines sont en meilleure position que moi pour la dresser. Alors...

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