"Avec leurs expositions sans tableaux et leurs concerts de
silence, les avant-gardes finissantes ont tourné l'art en dérision et préparé à
leur insu l'éclectisme post-moderne. Sous prétexte de choquer ou de subvertir,
les oeuvres d'art, sinon les artistes, sont devenues modestes. Les colones de
Buren ne bouleversent plus : elles divertissent en suscitant des sentiments
d'irritation ou d'acquiescement en vérité si fugitifs qu'ils confinent à
l'indifférence".
Luc Ferry
Le Sens du Beau
NB : J'ai déjà eu recours à cet ouvrage majeur
(mais très rarement cité par les "bons auteurs"...) pour rendre compte des
cheminements de "l'esthétique" moderne. Il y manque toutefois un chapitre
expliquant pourquoi, après plus de trois générations "d'art contemporain"
destructeur des valeurs de l'art traditionnel, de furieuses dénégations
d'artistes enragés à scier la branche sur laquelle ils reposent, le prestige de
"l'Art" reste aussi fort dans le public...Si on compare avec la religion
(chrétienne, catholique) par exemple, on ne saurait absolument en dire autant.
Une telle résistance, "résilience" , bien éloignée de l'indifférence,
interpelle.