Le nouvel européen

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la citation du jour

"les peuples, comme les hommes, se mesurent à leurs rêves" 

Jean Guéhenno (lu sur la plaque posée sur l'immeuble qu'il habita)

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dimanche 15 mars 2009

L.C.D.J.

"Avec leurs expositions sans tableaux et leurs concerts de silence, les avant-gardes finissantes ont tourné l'art en dérision et préparé à leur insu l'éclectisme post-moderne. Sous prétexte de choquer ou de subvertir, les oeuvres d'art, sinon les artistes, sont devenues modestes. Les colones de Buren ne bouleversent plus : elles divertissent en suscitant des sentiments d'irritation ou d'acquiescement en vérité si fugitifs qu'ils confinent à l'indifférence".
                                                                                                                        Luc Ferry
                                                                                           Le Sens du Beau
NB : J'ai déjà eu recours à cet ouvrage majeur (mais très rarement cité par les "bons auteurs"...) pour rendre compte des cheminements de "l'esthétique" moderne. Il y manque toutefois un chapitre expliquant pourquoi, après plus de trois générations "d'art contemporain" destructeur des valeurs de l'art traditionnel, de furieuses dénégations d'artistes enragés à scier la branche sur laquelle ils reposent, le prestige de "l'Art" reste aussi fort dans le public...Si on compare avec la religion (chrétienne, catholique) par exemple, on ne saurait absolument en dire autant. Une telle résistance, "résilience" , bien éloignée de l'indifférence, interpelle. 

 

dimanche 1 mars 2009

L.C.D.J.

" La plus grande folie de Balthus a été d'avoir pensé que l'on pouvait de nouveau faire un chef d'oeuvre, avec tout ce que cela suppose de démesure et de patience. A une époque où l'oeuvre de l'artiste se distille en petits essais indéfiniment répétés qui n'aboutissent jamais, Balthus, lui, s'est donné comme but de faire un chef d'oeuvre qui lui demandera plusieurs années de travail, et il l'a fait".
                                                                                        Jean Clair sur Balthus

NB : Jean Clair a été le commissaire de l'exposition du 100ème anniversaire de Balthus, tenue cet automne à Martigny, lieu devenu  halte obligée des amateurs depuis que Gianadda en a fait un musée de référence. Une exposition phare. Balthus a été, comme Picasso, dit-on, sans postérité. Eh bien c'est faux! Je connais une jeune peintre qui a repris le flambeau de l'art balthusien et de son exigence prométhéenne, exigence si éloignée des standards actuels. Retenez bien son nom, car si les fruits tiennent la promesse des fleurs, et dans le cas dont je parle, les fleurs ont déjà commencé à fructifier, ce nom restera. J'ai nommé Celine Normant.  

samedi 21 février 2009

L.C.D.J.

" Le plus important dans un tableau, c'est ce qu'on ne peut pas dire". 
                                                                                                        Georges Braque

NB : cette phrase, citée par Malraux, donc sans doute apocryphe, car ce diable d'homme avait, entre autres talents, celui de faire parler les grandes figures qu'il convoquait dans ses soliloques, est dans le droit fil de la citation précédente sur le même sujet de Picasso. Chaque tableau est -ou en tout cas devrait être -une invitation au mystère, du même ordre que tout regard d'attention porté sur une vue de nature. Le pire dans certains Musées contemporains, est ce vide sidéral de grands murs blancs avec rien dessus...Je pense au Musée de Vitry sur seine, batisse assez belle dans le genre, immense et abyssal.  Un rêve (irraisonnable et peu aux normes esthétiques, je sais) : revoir ces murs surchargés de tableaux tels que les tableaux du XVIIème nous les montrent. Abondance et profusion...      

lundi 16 février 2009

L.C.D.J.

"L'art est la mise en oeuvre de la vérité...La mise en oeuvre de la vérité fait sauter les portes de l'énormité et du même coup rabat le familier ou ce que l'on croit tel"
                                                                                             Heidegger
                                                                                 L'origine de l'oeuvre d'art 
NB : Cette citation n'est pas d'une compréhension très facile. Un débat l'éclaire : celui, passionnant, entre Ferry et Sollers tenu en 1997, de ces "disputationes" philosophiques qui grandissent tous et qui sont à l'exact opposé des débats télévisés. On en a le compte rendu en épilogue de l'ouvrage de Luc Ferry , sur "le sens du beau". Heidegger semble ici reprendre à son compte certaines des intuitions de Nieztsche selon qui l'art est plus dans l'individu, dans une certaine façon de se mettre en jeu, que dans ses productions elles-mêmes...
                                                                                                                                   

samedi 14 février 2009

L.C.D.J.

"Je peins contre les tableaux qui comptent pour moi, mais aussi avec ce qui leur manque"
                                                                                                      Picasso
NB : C'est avec une citation comme celle-là que je voudrais entamer une ode vibrante au tableau, ce morceau d'espace enfermé par la volonté de l'homme dans la contrainte d'un cadre, confronté au vide qui l'entoure, et voué à dire la totalité. On l'a cru déclassé par de nouvelles formes, relégué aux  musées anciens, et le voila qui resurgit, plus fort, plus riche que jamais de son ambition démesurée, plus attachant par la modestie de ses moyens. Que faire avec une "installation"? La regarder, une fois deux fois, et puis? Où la mettre, où la "fourrer", qu'en faire? Au mieux, elle nous a donné à voir un moment d'objets savamment ordonnés, mais après? Les objets sont là, pesants, dans leur matérialité. Ils nous ennuient à la longue, ils se défraîchissent, s'empoussièrent...Et on ne parlera pas des tas de sable, de gravats, de détritus plus ou moins immondes que certains "artistes" osent infliger à leur public. Une fois passée la provocation, le geste "à la Duchamp" avec son urinoir, l'intérêt fait d'étonnement s'émousse. Et on passe. Aucun rapport avec la relation qui s'établit entre un "regardant", (un collectionneur encore davantage), et la toile, le tableau, qui nous parle aussi de l'homme qui l'a fait, pour reprendre une autre citation de Picasso: "ce n'est pas ce que fait l'artiste qui compte, mais ce qu'il est...ce qui nous intéresse c'est le drame de l'homme. Le reste est faux". .  Cette relation s'inscrit dans la durée, a un vécu, un début, une fin.

Et puis le tableau n'est-il pas la figure immobile de l'écran de télévision? Alors il est plus contemporain, plus moderne que jamais...  

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