L'essentiel, c'est que nous avons décidé : tout en nous inscrivant dans un tissu d'alliances, ( dans le domaine de la défense et de la sécurité, on s'allie avec d'autres puissances pour se défendre ou pour attaquer, c'est une situation assez simple et binaire), d'assurer notre sécurité par nous-mêmes. Celui qui, en pleine guerre froide, dans un contexte qui ne s'y prêtait pourtant absolument pas, en a pris la responsabilité devant l'histoire est le général de Gaulle.
Cette décision a un prix et un coût.
Ce prix et ce coût seraient d'autant plus élevés que nous élargirions le périmètre de ce "nous". Et notre ambition, proclamée depuis plus de deux générations, de construire une "Europe politique" doit aussi entraîner cette conséquence là. A terme (et à quelles conditions?).
Prétendre que nous répondons à cette obligation (pas ardente, obligation sans adjectif) par le maintien de notre outil nucléaire seul n'a pas de sens. Nous continuons, avec la dissuasion nucléaire dans sa configuration actuelle, à "préparer la guerre d'avant" (la doctrine de la dissuasion était un concept de la guerre froide).
L'affaire du deuxième porte-avion est un triste exemple du délabrement conceptuel actuel.
Que diriez-vous d'un vendeur qui installerait (à grands frais) un système de sécurité pour votre pavillon et qui, une fois le chèque payé, vous dirait avec un petit sourire..."ah oui j'oubliais..le système ne fonctionne que dix mois sur 12, mais ce n'est pas grave, c'est durant l'été, il y a beaucoup moins de monde partout, les gens sont en vacances..."
Nous qui nous vantons à longueur de discours électoraux d'avoir le deuxième espace maritime du monde en superficie, sommes incapables de le défendre sérieusement. Le principal outil de notre capacité de projection sur mer, est un porte-avions , le Charles-de-Gaulle, magnifique outil, qui n'a qu'un défaut : il est indisponible pour révision huit mois tous les deux ans...pendant les périodes de radoub, la situation internationale a intérêt à bien se comporter...Quand rectifierons-nous cette erreur, ce péché contre l'esprit?
Un temps, les esprits malins se sont égarés sur la piste d'un porte-avions "co-produit" sinon co-construit avec les Anglais...Un bon quinquennat a ainsi été perdu. On ne peut être co-locataire d'un porte-avions...
Toute décision prise maintenant (le contexte ne s'y prête absolument pas, mais...voir plus haut) aurait sa concrétisation aux alentours de 2018/20 au mieux...