...de plus!
il est vrai que depuis, notamment, la date
fatidique du 15 septembre 2008* (ah décidément le mois de septembre ne réussit
pas aux Américains, et par conséquent au reste du monde condamné -jusqu'à
quand?- à essuyer les plâtres des "chutes de plafond" de ce carré de presqu'île
de Manhattan..), nous devons nous habituer aux nouvelles
extraordinaires.
Mais celle-là!
Oui, je me suis équarquillé les yeux quand j'ai lu, hier soir, en pleine page
deux du Monde, trôner si je puis dire, à la rubrique "débat" une libre opinion
de nulle autre qu'Aude de Kerros, sous le titre apparemment
neutre de "l'effondrement du financial art".
C'est un peu, toute proportions gardées, comme si Le Monde, avait
prêté ses colonnes en pleines années quatre-vingt, à Jean-Marie Le
Pen...
Peut-être que le nom d'Aude de Kerros ne dit pas grand-chose à "l'honnête homme
moyen"...et on aura beaucoup fait pour cela...Et notamment Le Monde (d'où ma
stupéfaction).
Alors Aude, qu'elle me permette la familiarité de l'usage du prénom,
c'est l'artiste qui a toujours été à la pointe du combat de l'"Art éternel", si
on veut, face à sa subversion, combat qu'on a longtemps pu croire désespéré.
C'est l'auteur indépassable de "l'art caché", la bible de ceux
qui n'ont pas cessé de croire que l'art ce n'était pas, ce ne pouvait pas
être, la caricature qu'une certaine fraction de l'élite
politico-intellectuelle a voulu imposer au reste du monde, (et elle y a réussi
en grande partie).
Quant au Monde, avec son critique d'art Philippe Dagen, ce fut le
media d'influence le plus engagé, en tout cas pour le public français, dans la
lutte pour imposer ce type d'art subverti qui a envahi nos musées depuis une
bonne quarantaine d'années.
Certes A. de Kerros aborde, dans cet article, l'ennemi par le biais,
c'est-à-dire par son côté le plus contestable avec un argument
relativement consensuel, en France en tout cas, c'est-à-dire le
détournement de la place de Paris comme capitale des arts, au profit de
New-Yok auquel le "financial art" a conduit. Mais, dans les derniers
paragraphes, elle fait le lien avec une politique qui a été délibérément
conduite chez nous par nos propres élites culturello-médiatiques, avec l'actif
concours des fonctionnaires, médiateurs conservateurs "d'art contemporain", de
tout poil pour étouffer la vraie création en France au nom de la
"modernité".
Donc, il y a là un vrai revirement qu'il faut saluer. car Le Monde,
toujours sur le fil du rasoir en termes de survie économique, est à l'affût de
ces combats culturels qui légitiment un parcours.
J'y vois comme un signe supplémentaire -un petit signe
certes- que nous sommes en train, avec la crise financière et
économique que l'Amérique nous a une fois de plus transmise, de connaître une
vraie révolution. Mais, le combat se mène par les idées, comme
dirait Gramsci, et dans le contexte français, la chute d'un des derniers
remparts d'une certaine idéologie qui a fleuri dans les années soixante dix,
quatre-vingt, et dont le personnage politique de Jack Lang* *a été une figure
emblématique, n'est pas dépourvu de signification. Des nullités
artistiques comme Buren -je prends ce nom parmi des centaines d'autres, parce
qu'il me semble le meilleur, le plus doué dans l'art qu'il a poussé à la
perfection, de culpabiliser le "pauvre pékin" d'amateur d'art, voire de
collectionneur- ont du souci à se faire...
Gageons que "les autres", qui sont après tout la majorité, qui tiennent encore,
mais pour combien de temps, les cordons de la bourse publique, ne vont pas
se rendre sans combattre....
N'empêche, c'est déjà une belle brèche qui vient de s'ouvrir.
Une pensée, au moment où le seuil critique commence à être atteint, le seuil
qui fait basculer les rapports de force, pour tous ces combattants de l'ombre,
de "l'Art caché", tous ces artistes vrais, qui, au long de toutes ces années,
ont maintenu leur foi dans ce qu'ils savaient eux, au fond de leur conviction,
de leur conscience, ce qu'est l'art, la perpétuelle exigence qu'il signifie.
Une pensée pour le choix de pauvreté, d'obscurité que cela a représenté. Une
pensée pour les militants d'une revue, et d'un site comme Artension (http://www.artension.fr/) qui ont défendu les
couleurs de l'art et des artistes.
Et un grand merci à Aude de Kerros!
* = date de la faillite de Lehman Brothers, qui sera pour l'histoire comme
le jeudi noir de 1929, le point de départ de la grande Dépression des années
2000..On attendait le Big bang, il est arrivé avec huit ans de retard.
**= qui lui aussi s'efface