Le Salon de Montrouge était un rendez-vous intéressant, par
la diversité qu'il offrait. On pouvait, en le visitant, avoir une idée assez
exacte de la variété des diverses tendances de l'art d'aujourd'hui, chez les
jeunes créateurs.
Ces temps sont révolus.
L'affiche (à
gauche) dit tout sur l'ambition "prométhéenne" du salon nouveau.
Avec la cuvée 2009, les organisateurs, grisés ou mal conseillés, ont choisi
leur camp, sous la houlette de "nouveaux guides", dont le
journaliste/galeriste/curateur* multicartes Stéphane Corréard,
promu commissaire du salon.
Et, comme il arrive souvent, ils ont fait exactement le contraire de ce qu'ils
annoncent, qui est, à lire le programme, :" fidèle à sa tradition d’ouverture, le Salon
2009 présentera des artistes représentatifs de l’ensemble des tendances
actuelles, tous matériaux et styles confondus". Ce n'est pas "l'ensemble", mais
les fruits d'une certaine coterie, qui sont ici donnés à voir à un public un
peu interloqué (même si, comme toujours en pareil cas, il n'ose pas vraiment
dire ce qu'il pense, et c'est là l'aspect "terroriste" de l'A.C. que personne
n'a jusqu'à présent vraiment réussi à démasquer efficacement : si vous le
critiquez, vous êtes un pauvre type, un réactionnaire fini pour ainsi dire
fasciste...le communisme et les fascismes sont morts, mais pas leurs
méthodes d'agit-prop).
Nous entrons avec eux dans le monde douteux, glauque de l'"A.C." dans ses
formes les plus violentes, et les plus agressives. Très loin du "vent frais et
joyeux", annoncé dans le programme.
Une vision de l'AC qui avait cours dans les années 90, mais déjà rétro,
dépassée (heureusement) par de nouvelles tendances dont la nouvelle
"Force de l'art 02" peut donner quelque idée (bien imparfaite
et partielle).
Dieu merci, la création en France est bien plus riche, joyeuse dans sa
profusion et la diversité de ses composantes, que ce qui nous est donné à voir
dans "la Fabrique".
De ce catalogue de travaux bâclés et pervertis, on n'a pas grand-chose à dire,
sinon que les jeunes artistes(dont beaucoup ne sont d'ailleurs pas si jeunes
que cela, à lire les biographies) qui suivent de telles voies sont bien mal
inspirés.
Je ne vois que quelques noms pour émerger de cet océan d'immondices, de poncifs
pornographiques et surtout de médiocrité, étalé dans ce lieu (au demeurant pas
mal, anciens ateliers de Thomson puis Areva) : Fabrice Parizy,
et ses curieuses constructions telluriques et débordantes (mais il est déjà
connu, ce n'est donc pas une découverte, mission première du salon de Montrouge
jusqu'à présent). Ci-dessous un des deux panneaux monumentaux qui encadrent
l'expo, et qui donnent une bonne idée de l'ensemble.
On
signale aussi Laurent Ajina, créateur d'espaces plans inspiré
par les dessins d'architecte sa grande toile blanche constellée de signes, et
de traits tracés au marqueur dénotent un dessinateur au trait sûr (image
tout en bas à gauche).
Un
autre, relégué au fond d'une salle, n'a droit qu'à un accrochage de fortune,
dessine des sortes de calligrammes qui font penser à des peintures sur
manuscrits chinoises d'une grande finesse donnant l'impression d'un
foisonnement végétal mais très contrôlé, Benjamin Hochart. Et
puis c'est à peu près tout.
On signale une oeuvre particulièrement violente et dégradante, une vidéo
manifestement inspirée des rituels sordides de la prison d'Abou Grahib (Irak) :
elle fait partie des oeuvres venues directement de la villa
Arson célèbre école d'art contemporain niçoise, qui nous avait
habitués à plus de rigueur dans le travail.
Car le plus effrayant dans tout cela, est bien l'impression de travail
mal fait, bâclé que laisse la visite d'un tel lieu. De mauvais maîtres ne
donnent pas de bons élèves, lequels ne livrent pas de bon travail...
Une victime collatérale de cet impitoyable étalage, le
tableau, qui a à peu près disparu au profit de vidéos
(souvent de piètre qualité technique), de photos (trop souvent d'amateurs, la
photo est un métier à part enière et ne s'y risque pas qui veut),
d'installations, de constructions, d'amas étranges et informes...Trop dur de
faire un tableau, cela demande trop de concentration...
Un conseil pour le Maire, qui a ainsi imprudemment jeté sa gourme : il faudra
qu'il revienne à des formules plus classiques et fécondes, sinon il risque de
se faire refuser à l'avenir les crédits nécessaires par son conseil
municipal...
Je connais une jeune artiste qui s'était montrée navrée il y a quelques mois d'avoir vu ses oeuvres retoquées par le jury de sélection du Salon. Eh bien rassurez vous, chère Céline Normant, vous y eussiez été en bien mauvaise compagnie. Il est de certaines assemblées, de certains clubs morbides par lesquels il vaut mieux ne pas avoir été coopté.
Gardons l'espoir. Oui le "grand art", avec ses exigences immuables, existe encore chez nous. Hélas, il reste encore honni des cercles des prescripteurs qui ne sont pas des "bien pensants", mais leur exact contraire, thuriféraires du détournement (mot dont ils usent et abusent) et de la perversion, ce qui ne les rend pas plus tolérants à la diversité, ni moins nocifs pour autant...
*: dans le jargon A.C. le curateur (curator en anglais, pour désigner les conservateurs d'institutions culturelles) désigne indifféremment l'organisateur d'une exposition, le conservateur de musée, le visteur occasionnel étranger, à bien distinguer du médiateur qui se situe un plusieurs niveaux en dessous. Mais en voulant faire américain, les "acétocrates" ont commis un acte manqué, car en français un curateur est, en droit, la personne qui décide à la place du mineur ou de la personne qui n'a pas ou plus la totalité de ses droits. Et cette position leur va bien. Les mineurs, les "infans", ce sont tous ceux qui n'ont rien compris à l'art contemporain, et à qui il faut "ouvrir les yeux".