Le nouvel européen

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samedi 9 mai 2009

Salon de Montrouge 2009 d'art contemporain: la cata!

Le Salon de Montrouge était un rendez-vous intéressant, par la diversité qu'il offrait. On pouvait, en le visitant, avoir une idée assez exacte de la variété des diverses tendances de l'art d'aujourd'hui, chez les jeunes créateurs.
Ces temps sont révolus.
L'affiche (à gauche) dit tout sur l'ambition "prométhéenne" du salon nouveau.
Avec la cuvée 2009, les organisateurs, grisés ou mal conseillés, ont choisi leur camp, sous la houlette de "nouveaux guides", dont le journaliste/galeriste/curateur* multicartes Stéphane Corréard, promu commissaire du salon.
Et, comme il arrive souvent, ils ont fait exactement le contraire de ce qu'ils annoncent, qui est, à lire le programme, :" fidèle à sa tradition d’ouverture, le Salon 2009 présentera des artistes représentatifs de l’ensemble des tendances actuelles, tous matériaux et styles confondus". Ce n'est pas "l'ensemble", mais les fruits d'une certaine coterie, qui sont ici donnés à voir à un public un peu interloqué (même si, comme toujours en pareil cas, il n'ose pas vraiment dire ce qu'il pense, et c'est là l'aspect "terroriste" de l'A.C. que personne n'a jusqu'à présent vraiment réussi à démasquer efficacement : si vous le critiquez, vous êtes un pauvre type, un réactionnaire fini pour ainsi dire fasciste...le communisme et les fascismes sont morts, mais pas leurs méthodes d'agit-prop). 
Nous entrons avec eux dans le monde douteux, glauque de l'"A.C." dans ses formes les plus violentes, et les plus agressives. Très loin du "vent frais et joyeux", annoncé dans le programme.
Une vision de l'AC qui avait cours dans les années 90, mais déjà rétro, dépassée (heureusement) par de nouvelles tendances dont la nouvelle "Force de l'art 02" peut donner quelque idée (bien imparfaite et partielle).
Dieu merci, la création en France est bien plus riche, joyeuse dans sa profusion et la diversité de ses composantes, que ce qui nous est donné à voir dans "la Fabrique".
De ce catalogue de travaux bâclés et pervertis, on n'a pas grand-chose à dire, sinon que les jeunes artistes(dont beaucoup ne sont d'ailleurs pas si jeunes que cela, à lire les biographies) qui suivent de telles voies sont bien mal inspirés.
Je ne vois que quelques noms pour émerger de cet océan d'immondices, de poncifs pornographiques et surtout de médiocrité, étalé dans ce lieu (au demeurant pas mal, anciens ateliers de Thomson puis Areva) : Fabrice Parizy, et ses curieuses constructions telluriques et débordantes (mais il est déjà connu, ce n'est donc pas une découverte, mission première du salon de Montrouge jusqu'à présent). Ci-dessous un des deux panneaux monumentaux qui encadrent l'expo, et qui donnent une bonne idée de l'ensemble. 
On signale aussi Laurent Ajina, créateur d'espaces plans inspiré par les dessins d'architecte sa grande toile blanche constellée de signes, et de traits  tracés au marqueur dénotent un dessinateur au trait sûr (image tout en bas à gauche).
Un autre, relégué au fond d'une salle, n'a droit qu'à un accrochage de fortune, dessine des sortes de calligrammes qui font penser à des peintures sur manuscrits chinoises d'une grande finesse donnant l'impression d'un foisonnement végétal mais très contrôlé, Benjamin Hochart. Et puis c'est à peu près tout.
On signale une oeuvre particulièrement violente et dégradante, une vidéo manifestement inspirée des rituels sordides de la prison d'Abou Grahib (Irak) : elle fait partie des oeuvres venues directement de la villa Arson célèbre école d'art contemporain niçoise, qui nous avait habitués à plus de rigueur dans le travail.
Car le plus effrayant dans tout cela, est bien l'impression de  travail mal fait, bâclé que laisse la visite d'un tel lieu. De mauvais maîtres ne donnent pas de bons élèves, lequels ne livrent pas de bon travail...

Une victime collatérale de cet impitoyable étalage, le tableau, qui a à peu près disparu au profit de vidéos (souvent de piètre qualité technique), de photos (trop souvent d'amateurs, la photo est un métier à part enière et ne s'y risque pas qui veut), d'installations, de constructions, d'amas étranges et informes...Trop dur de faire un tableau, cela demande trop de concentration...  
Un conseil pour le Maire, qui a ainsi imprudemment jeté sa gourme : il faudra qu'il revienne à des formules plus classiques et fécondes, sinon il risque de se faire refuser à l'avenir les crédits nécessaires par son conseil municipal...  

Je connais une jeune artiste qui s'était montrée navrée il y a quelques mois d'avoir vu ses oeuvres retoquées par le jury de sélection du Salon. Eh bien rassurez vous, chère Céline Normant, vous y eussiez été en bien mauvaise compagnie. Il est de certaines assemblées, de certains clubs morbides par lesquels il vaut mieux ne pas avoir été coopté.

Gardons l'espoir. Oui le "grand art", avec ses exigences immuables, existe encore chez nous. Hélas, il reste encore honni des cercles des prescripteurs qui ne sont pas des "bien pensants", mais leur exact contraire, thuriféraires du détournement (mot dont ils usent et abusent) et de la perversion, ce qui ne les rend pas plus tolérants à la diversité, ni moins nocifs pour autant...             

*: dans le jargon A.C. le curateur (curator en anglais, pour désigner les conservateurs d'institutions culturelles) désigne indifféremment l'organisateur d'une exposition, le conservateur de musée, le visteur occasionnel étranger, à bien distinguer du médiateur qui se situe un plusieurs niveaux en dessous. Mais en voulant faire américain, les "acétocrates" ont commis un acte manqué, car  en français un curateur est, en droit, la personne qui décide à la place du mineur ou de la personne qui n'a pas ou plus la totalité de ses droits. Et cette position leur va bien. Les mineurs, les "infans", ce sont tous ceux qui n'ont rien compris à l'art contemporain, et à qui il faut "ouvrir les yeux".  

dimanche 26 avril 2009

élections européennes : un peu plus d'un mois.

Le 7 juin, c'est dans à peine plus d'un mois. Le débat national va commencer. Espérons qu'il se développe et permette, quatre ans après le grand débat référendaire sur le traité constitutionnel,  d'aborder avec un minimum de sérieux de la part des candidats, de vraies questions de fond sur la construction européenne, sa nature, son avenir, ce que nous Français pouvons en attendre, comment "la crise" peut et doit (ou pas) modifier le cap suivi jusqu'à présent.

Avec de solides doutes, hélas confortés par l'expérience de cette dernière mandature parlementaire européenne de cinq ans, qui n'ont pas été loin s'en faut de grandes années pour les progrès de l'Europe, si on excepte la "digestion" de l'élargissement aux douze pays d'Europe centrale (ce qui n'est pas une mince affaire). On salue généralement le succès, globalement, de cet élargissement, et d'un point de vue technique et sur le long terme, sans doute a-t-on raison, mais on oublie chemin faisant l'impact politique considérable - lui pas du tout positif- et le changement de nature dans le projet européen provoqués par l'arrivée de ces nouveaux acteurs. On peut dire, et on reviendra là-dessus, car c'est un point qui me semble important, que l'élargissement a donné raison à ceux de nos partenaires qui en étaient les plus ardents défenseurs, soit parmi les grands joueurs, l' Allemagne et le Royaume-Uni (et dans une moindre mesure l'Italie), et aussi raison à ceux qui s'en défiaient le plus, et avant tout la France.   

Mais aussi avec une foi qui doit rester intacte dans les atouts d'une Europe unie, entité politique nouvelle, dans ce monde si incertain du XXIème siècle. Mais cette foi doit rester lucide. Elle doit nous éclairer sur les conditions fondamentales pour réussir ce projet, sur le rôle unique et irremplaçable de la France pour le faire advenir (cette affirmation n'est pas une proclamation nationaliste mais la simple constatation d'une réalité géographique et historique). 

 

  

 

lundi 13 avril 2009

M. Sarkozy, prenez donc la Turquie au sérieux!

Vous avez, courageusement (témérairement?), répété de manière claire et nette, votre avis sur l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Ceci dans une occasion particulièrement solennelle, lors d'une réunion au Sommet entre l'Union Européenne et les Etats-Unis, alors que le "grand frère" américain avait, sans guère de précautions oratoires, réaffirmé le soutien de l'Amérique à la candidature de la Turquie à l'UE.
  "J'ai toujours été opposé à l'entrée de la Turquie et je le reste. ..Comme l'immense majorité des pays de l'Union. Ma position n'a pas changé et ne changera pas».
Mais, ces propos, vous les avez tenus devant les micros, hors séance, tandis que, dans la salle, au moment où Obama a prononcé ces paroles, sur un sujet qui n'était pas à l'ordre du jour, aucun des Vingt-Sept n'a pipé mot, et les applaudissements qui ont ponctué l'intervention présidentielle, qui s'adressaient à l'ensemble du discours, ont pu passer pour une approbation aussi de ce dernier point. 
Une intervention de votre part, après le discours d'Obama qui concluait la réunion, aurait créé ce qu'on appelle un incident diplomatique. Je suppose que vous avez quelques secondes eu l'intention, ou la tentation, de demander la parole (ou de la prendre), puis que vous vous êtes ravisé. Par correction sans doute. Mais surtout, sans doute, pour ne pas donner l'image de la division, car un mot de votre part eût entrainé trois ou quatre interventions en sens contraire de collègues européens, trop heureux de s'aligner sur le Président américain.
Maintenant, chacun connait votre position. Il ne sert plus à rien de "finasser", pour parler comme ce bon Stresemann. Mais il est clair que cela ne suffit pas. Il faut être conscient des conséquences de ce geste, qui est un défi aux Turcs, aux Etats-Unis, à la majorité des Etats européens

Car il est évident que cette position vous engage triplement, et avec vous la France:

 -vis à vis du partenaire turc, qui est comme vous l'avez dit, "un très grand pays", un pays ami, un allié. Il faut donc proposer à ce partenaire un statut clair et sans ambiguïté, qui serait une déclinaison précise de ce que l'on appelle dans les discours le "partenariat privilégié". C'est-à-dire quelque chose qui serait davantage que l'Union douanière actuelle-c'est déjà beaucoup-, avec le droit de participer à certains programmes de l'UE, mais pas à tous (ce qui veut dire déjà un recul par rapport à la situation actuelle, où le statut de candidat à l'adhésion entraîne la présence de la Turquie dans à peu près toutes les réunions de l'UE, et sa participation à de très nombreux programmes). Ne serait pas envisagée, notamment, l'adhésion à "l'espace de sécurité de liberté et de justice", soit la suppression des frontières intérieures. Ni la participation à la politique européenne de sécurité et de défense. Ni bien sûr l'adhésion. Mais qui incluerait un programme de développement économique et de cohésion sociale (donc la poursuite, voire l'accroissement des aides financières déjà importantes que la Turquie reçoit, mais ces aides n'auraient plus le caractère quasi automatique actuel, et seraient négociées). Ce partenariat pourrait continuer à avoir pour objectif à terme une adhésion future. Mais il la subordonnerait, non seulement aux "progrès" du partenaire turc, situation exigeante et humiliante dans laquelle les gouvernements turcs se sont engagés depuis plus de dix ans maintenant (non sans courage), mais aussi et surtout aux réformes fondamentales dans le fonctionnement de l'Union. Il doit être clairement affirmé et démontré que l'adhésion de la Turquie, dans l'état actuel d'absence de gouvernance et d'indétermination stratégique de l'Union, signifierait la mort de l'UE, comme projet d'intégration politique, et accessoirement la fin des politiques communes -notamment la politique agricole. C'est d'ailleurs exactement le but que poursuivent ceux de nos partenaires qui sont les plus ardents défenseurs de l'entrée de la Turquie. Ce n'est pas un non à la Turquie, c'est un non à l'Europe telle qu'elle survit cahin caha aujourd'hui que la décision française signifie. L'enterrement prévisible du Traité de Lisbonne d'ici la fin de l'année facilitera les choses de ce point de vue. Il obligera à rechercher de nouvelles voies pour  définir les règles de fonctionnement de l'UE, et offrir des perspectives dans l'avancée vers l'Union politique. Pour la France, c'est la reprise de notre politique de toujours : pas d'élargissement sans approfondissement. Ce discours ne sera pas accepté par le partenaire turc, il faut le savoir. Il faut donc se résigner à devoir gérer une relation politique tempêtueuse, à ce que nos entreprises, nos intérêts en subissent les contrecoups. Mais n'oublions pas que nous sommes en régime d'Union douanière, et que les rétorsions commerciales turques devront être enfermées dans certaines limites. C'est donc à de nouvelles négociations sur ce nouveau statut de partenariat privilégié qu'il faut inviter dès à présent la Turquie, et en attendant que le rapport de forces s'inverse à l'intérieur de l'UE en notre faveur, bloquer systémtiquement toute nouvelle étape dans les négociations d'adhésion. Le petit jeu auquel la France s'est livré durant sa Présidence, qui consiste à faire "comme si", c'est-à-dire à continuer les négociations d'adhésion en acceptant l'ouverture de "chapitres" (les négociations pour l'adhésion consistent en la reprise par le pays candidat de "l'acquis communautaire" -divisé en autant de chapitres )  qui ne touchent pas au "coeur du réacteur" de l'Unio, ne peut durer très longtemps. Comme on le sait, l'ouverture de nouveaux chapitres à la négociation, est prise à l'unanimité des Etats membres : il faut en même temps désormais s'opposer systématiquement à l'ouverture de tout nouveau chapitre, et définir les contours du nouveau partenariat qui sera offert au partenaire turc. Le non à la poursuite des négociations d'adhésion avec la Turquie doit faire partie d'un changement stratégique de l'Union Européenne, et d'une pause dans la dynamique de l'élargissement, se conjuguant avec la poursuite et l'approfondissement de la politique de voisinage.   

- vis à vis des partenaires de l'Union. Il faut s'attendre là aussi à de fortes et négatives réactions d'un certain nombre de pays de l'Union, menés par le Royaume-Uni. Cela suppose impérativement la définition d'une position commune sur le sujet avec l'Allemagne. Ce ne sera pas facile, car l'Allemagne a son propre agenda dans la relation bilatérale avec la Turquie, dont la forte minorité turque en Allemagne n'est pas l'un des moindres aspects (environ 5 millions de Turcs de la première, seconde ou troisième génération) et les élections fédérales de l'automne imposent la retenue au moins jusqu'au début 2010. Une victoire du SPD (peu probable) rendrait la situation plus difficile. Avec l'Allemagne, la conséquence en sera la reprise de négociations sérieuses sur la construction politique, et l'établissement, au sein de l'UE, d'un noyau dur de pays prêts à bâtir une entité politique digne de ce nom, c'est-à-dire avec un éxécutif européen démocratiquement élu, et de nouveaux pouvoirs pour le Parlement, des compétences plus précisément définies.      

- vis à vis des Etats-Unis. Ce sera sans doute l'objection la plus facile à lever. Il y faudra beaucoup de pédagogie, et l'affirmation d'une sollidarité "occidentale"sur d'autres sujets, moins fondamentaux.

Cette voie, ne nous le cachons pas, est celle de la difficulté. Elle nécessite une mobilisation sans faille de notre appareil diplomatique autour de cet objectif stratégique, qui n'est pas "le non à tel ou tel pays", mais l'exigence d'une réorientation de la construction européenne, avec l'émergence d'un pouvoir économique communautaire qui, tout en respectant l'indépendance de la Banque centrale européenne, permette de disposer, face à la BCE, d'un exécutif responsable pour la gestion économique, financière, avec un programme clair d'harmonisation y compris fiscale , pour les pays qui accepteront de franchir avec nous ce nouveau pas, dont la crise a révélé la nécessité. C'est un programme pour le moyen terme. La première phase en sera la formulation d'offres nouvelles pour faire repartir l'Europe.   

 Faute de quoi, votre position restera un acte d'insubordination sans lendemain, bientôt débordé par la dynamique propre aux actions bruxelloises. Tôt ou tard, nous serons isolés, montrés du doigt (c'est déjà le cas) face à un partenaire turc qui usera de tous les moyens pour saper notre position. L'appui américain qu'il vient de se faire confirmer  déclatante manière, sera pour le gouvernement de M. Erdogan un puissant soutien dont il ne tardera pas à mesurer l'efficacité. Vous n'avez guère le choix, Monsieur le Président, votre prise de position vous contraint à être innovant et offensif sur le dossier de la construction européenne. Il est impératif de constituer autour de vous une équipe en mesure d'abord de lancer des idées, puis de définir, à côté de la stratégie, les outils et parades tactiques, bref de concevoir et piloter une telle politique, à côté des outils traditionnels de notre politique extérieure. C'est rien moins qu'à l'esquisse d'une nouvelle Europe, ramassée autour d'un nooyau dur disposant d'un gouvernement économique que la position vis à vis de la Turquie vous pousse. Mais d'autres facteurs, tout aussi importants, comme la crise actuelle, contribuent aussi à un tel changement de cap stratégique. Le résultat des élections européennes risque aussi d'être un de ces signes d'avertissement qu'il est temps de changer profondément les objectifs et la gouvernance de l'Union.           


 

dimanche 12 avril 2009

LCDJ

-"Tu aimes ton cheval?
-Beaucoup.
-Il est vieux?
-Assez.
-Et tu le gardes?
-Oui.
...
-Qu'est-ce que tu dis de cette nuit?
- Je n'ai jamais vu la même.
- Moi non plus, dit l'homme. Orion ressemble à une fleur de carotte.
- Pardon? demanda Jourdan.
- Orion est deux fois plus grand que d'habitude. ..
Tu ne vois pas Orion?
- Non, mais j'ai bien vu la fleur de carotte. 
- C'est le coeur pur, dit l'homme, et la bonne volonté.
-Tu n'as jamais soigné les lépreux?demanda Jourdan.
-Jamais dit l'homme.
Mais il eut l'air de trouver ça tout naturel.
Puis il se mit à siffler. Vraiment, il y a des proverbes qui ont été faits par les hommes de la terre, les hommes qui ont vu cent forêts, cent lacs, cent montagnes et cent fois le ciel renversé. Il faut quand même croire qu'ils y connaissaient quelque chose. Un de ces proverbes dit que d'une chose mauvaise une belle ne peut pas sortir." 
                                                                                   Jean Giono
                                                                        Que ma joie demeure
NB : En ce jour de Pâques, c'est le bon moment pour écouter les messages d'espérance, d'où qu'ils viennent. Celui de "Bobi", le héros de Giono, en vaut d'autres. Un coeur pur...Un homme qui vient, et qui fait renaître la joie, là où il passe... Une certaine chaleur dans le coeur, celle qui brûle les pèlerins d'Emmaus, après LA rencontre. La mort ne saurait triompher.    

samedi 11 avril 2009

oui, l'Algérie mérite mieux que cela

Le peuple algérien a tranché. Et il l'a fait en masse. 90,5% des voix pour Bouteflika, avec près de 74% de participation.  Bouteflika tient sa revanche sur les résultats en demi-teinte précédents.
Avec, en 1999, pour son retour sur la scène politique, un taux de 73% certes majoritaire, mais peu enthousiasmant, les autres candidats s'étant retirés avant la course, et un fort taux d'abstentions (estimé à plus de 40%).
Avec, en 2004, un taux de 82%, plus encourageant, mais encore une fois, un taux trop élevé d'abstentions (plus de 40%, beaucoup plus en Kabylie). Et, humiliation suprême,  un vrai challenger en face de lui, son ancien Premier ministre, Ali Benflis, qui incarnait alors une sorte de modernité. 

Le peuple algérien est gentil, légitimiste et unanimiste. On lui demande de voter pour le Président, il le fait, en espérant en tirer profit sur le plan personnel, familial, clanique (on ne parle pas assez de la structure par clans encore très prégnante dans ce pays, et notamment en Kabylie, ou dans l'Ouest et le Sud algérien,où s'ajoute le rôle des confréries ). Or le pouvoir a mis à disposition du Président tous les moyens dont il dispose, qui sont nombreux, car si les Algériens sont plutôt pauvres, l'Etat, lui, est riche, grâce à la ressource pétrolière et gazière et à une gestion plutôt prudente du trésor de guerre.

Abdelaziz Bouteflika est un vieux Monsieur de 72 ans, assez fatigué, malade ( mais ne vous y fiez pas, il est de ces malades qui survivent à tous), marinant dans son egocentrisme, et son histrionisme, s'imaginant diriger ce pays à coups de discours, et d'initiatives à l'emporte-pièce. Il a quelque temps fait illusion auprès des chancelleries occidentales, car il est intelligent, comprend le monde, et s'exprime bien. Il s'est ainsi fait passer, dans les premiers temps, pour "l'homme des réformes", et comme devant se tailler une autonomie face à l'armée, dans ses diverses composantes. Et il a ainsi bénéficié d'une certaine mansuétude de la part de l'Europe et des Etats-Unis. Mais le vernis s'est désormais écaillé. La logique d'appareil du vieux FLN reste pour lui le logiciel basique. Il a aussi réussi, moyennant une politique de "réconciliation", qui a abouti en fait à blanchir les maquisards islamistes de la guerre civile des années 90, à se faire accepter ou tolérer par les milieux islamistes, de plus en plus influents en Algérie. 

Et pendant ce temps, l'Algérie s'enfonce dans une affligeante et désespérante torpeur, elle regarde passer les trains. Rien ne change, même si les chantiers, grâce à l'argent du pétrole, se mutltiplient. Les vieux couvercles bureaucratiques demeurent, ou même se referment, toujours plus pesants. Les quelques espaces de liberté, d'ouverture, d'initiative individuelle que les "événements" du début des années quatre-vingt dix avaient arrachés, sont désormais clos. L'inidividu se réfugie dans l'oisiveté pour certains, la poursuite du "business" plus ou moins légal pour les plus actifs, dans la vie familiale, la religion pour les autres.           
Quand ce peuple jeune, plein de promesses et de potentialités prendra-t-il son destin en mains? Quand se donnera-t-il les dirigeants, jeunes ouverts et dynamiques seuls en mesure de faire accéder l'Algérie à la maturité économique, sociale et culturelle qu'elle mérite, pour en faire la première puissance du Maghreb, et un partenaire fiable et  respecté pour l'Europe? Nul ne le sait, mais ce qui est sûr, c'est que la perennité d'un Bouteflika au pouvoir et potentiellement Président à vie n'accélère en rien cette échéance nécessaire. L'Europe a une responsabilité spéciale pour faire advenir aussi pacifiquement que possible, les évolutions nécessaires. Aussi le communiqué publié par la Présidence de l'UE pour saluer la victoire de Bouteflika, est-il particulièrement inadapté et faible : il salue la victoire du Président (c'est normal), et "son rôle dans le combat mutuel contre le terrorisme et l'immigration illégale".Point à la ligne..Comment peut-on être aussi nul? Il n' y a pas eu un Français quelque part pour souffler au Tchèque de service dans les services bruxellois quelque chose d'un peu plus structuré? Un rappel des réformes nécessaires? Une évocation des défis qui restent à surmonter? L'expression d'une attente de l'Europe?

L'Algérie, en ce moment, ne s'aide pas elle-même pour faire parler d'elle. Mais les Français ne font pas grand-chose non plus pour cela. On sait que Sarkozy connait bien le Maghreb, et l'Algérie. Mais on sait aussi qu'entre Bouteflika et lui, le courant n'est pas aussi bien passé que du temps de Chirac. Au delà des relations de Chefs d'Etat, vitales pour la relation dans des régimes de monocratie (notez cher lecteur le "des"), ce qui m'afflige le plus est la distanciation progressive (mais assez rapide pour être visible d'un voyage à l'autre) qui s'établit entre la rive nord et sud de la Méditerranée. Et la marginalisation, à l'intérieur de cette fracture, de la présence et de l'influence de la France. Qui s'intéresse encore chez nous à l'Algérie? Sur tous les plans, le tableau est identique. On pourrait parler de l'économie, mais je préfère insister sur le domaine universitaire, de la recherche, gage des liens d'avenir. Combien de centres de recherches maghrébines en France?  Combien de programmes de partenariat avec les institutitons existantes là-bas (d'un très piètre niveau, il faut le reconnaître)? Avec l'histoire "qui nous lie" (de la manière ambigüe que l'on sait), avec chez nous, plus d'un million d'Algériens d'origine* (dont la plupart ont la double nationalité), qui sont maintenant, après deux générations, un peu partout dans l'échelle sociale, il faut avouer que c'est un comble. Mais c'est ainsi, et c'est plus que navrant.

* =sans parler des Français d'origine, les pieds noirs...Vrais fils d'Algérie eux aussi. A quand un grand Musée de la mémoire française en Algérie, pour colliger tous ces témoignages d'une civilisation engloutie dans le sang et les larmes, et dont les témoins disparaissent maintenant  un à un?               

 

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