Pour changer, et sortir du quotidien, tout en restant en Europe, et en son coeur même!, je vous signale un livre des plus intéressants: "Bruxelles en Europe, 50 ans de convergence". Ses auteurs? Ouvrage collectif, donc une pléiade de témoins vivant à Bruxelles. L'éditeur (au sens anglais)? Jérôme Charyn. L'éditeur, selon le sens français? "le castor astral" (un éditeur bordelais).

Vous apprendrez tout ce que vous devez savoir sur Bruxelles, et la présence des institutions européennes. tout sur la "non-capitale" de l'Europe.

L' installation progressive de ces institutions repose surtout sur une suite de décisions provisoires, de hasards, de ruses parfois (on pense au Parlement dont le nouvel édifice a été construit par des capitaux privés officiellement pour construire un Palais des congrès..ceci afin de contourner l'opposition des Français qui voulaient respecter la décision relative à Strasbourg), aucun accord des Etats membres n'étant possible pour officialiser la situation. Le résultat a été, jusqu'à il y a peu (2007 : schéma d'aménagement du quartier de l'Europe de la Région , faisant suite à l'accord Etat/région/ville) une absence à peu près totale de planification Il se trouve que les bâtiments européens sont relativement concentrés dans le centre de Bruxelles, dans le quatrier Léopold. L'ensemble n'est guère enthousiasmant. La Commission est logée depuis 1967 dans le "Berlaymont", vaste construction en forme de Y, un peu comme l'UNESCO à Paris: on y a découvert fin 1980, des tonnes d'amiante, et on a dû refaire à peu près tout. Il vient d'être réouvert. Juste à côté on trouve le "Charlemagne" que tous les fonctionnaires abonnés du Paris-Bruxelles de 7h05 connaissent (trop) bien car c'est ici que se tiennent les réunions. En face, trône le monumental "Juste Lipse" qui abrite les réunions du Conseil des ministres et donc les services du Conseil. enfin, le siège du Parlement "l'espace Léoplod", lui aussi massif et peu grâcieux. Les europhobes peuvent trouver dans cet arrangement sans grâce et sans esprit, matière à se gausser. C'est bien dommage. Comparons par exemple les sièges du Parlement à Strasbourg et à Bruxelles. Les deux sont récents. L'un est beau, et exprime une idée, même si on lui reproche de manquer de fonctionnalité, d'avoir des couloirs qui n'en finissent pas. Pour l'autre-Bruxelles-, le seul avantage qu'on peut lui reconnaître est sa fonctionnalité. Et encore! je cite.... : " L'hémicycle par exemple: quand on préside, on est coincé dos au mur, comme dans un amphi de fac, alors qu'à Strasbourg, quand j'entre, je suis pris par l'émotion. Je suis dans un oeuf, un lieu qui a du souffle, qui vibre. Ici, c'est du bureau". Combien sont les agents travaillant pour les institutions euroépennes? 30.565 agents, dont 22.657 fonctionnaires, ce qui fait environ 100.000 personnes familles comprises, qui vivent de l'Europe à Bruxelles. Se mêlent-ils au reste de la population? Pas beaucoup, pas assez, leur reprochent les Bruxellois. Chacun mène sa propre vie. "Ils" auraient plutôt tendance à se considérer comme des fonctionnaires internationaux tels qu'on peut les trouver à Genève, Vienne, ou New York, davantage que dans la capitale de "leur" pays. L'élargissement de 2004 a certes introduit encore davantage de diversité, mais cet apport de nouveaux fonctionnaires reste encore marginal, sachant que les fonctionnaires européens et leur famille ne composent au total que 55% des effectifs des étrangers européens de Bruxelles.

On a bien l'impression que l'Europe (ou plutôt ses institutions) est à Bruxelles, mais que l'inverse reste encore à venir. On n'y trouve "d'Européens" que des bâtiments, mais pas monuments à forte valeur symbolique. Une forte attente à ce sujet repose sur le futur "Musée de l'Europe". La Commission - et les Etats membres! -devraient aller plus loin et prendre une initiative : acheter un terrain (cher le m2 c'est vrai!) dans le centre dans le quartier de l'Europe, et édifier un monument qui symbolise l'Europe... beau thème de concours d'architecte, non?

La vie à Bruxelles est, de l'avis de tous les témoins interrogés, agréable, la vie culturelle intense, même si les institutions européennes ne semblent pas y être pour grand-chose. L'offre immobilière reste relativement abondante et bon marché, les espaces verts nombreux. Quant aux parents d'élèves s'ils se plaignent des rigueurs du communautarisme qui empêche si vous résidez dans une commune flamande de scolariser dans l'enseignement public votre enfant ailleurs que dans le système flamand, ils ont le choix entre de nombreux établissements privés internationaux ou européens. On rappelle (avec fierté!) qu'il existe à Bruxelles un Lycée français qui compte actuellement plus de 2.000 élèves.

Pour l'heure, les problèmes communautaires de la Belgique n'ont pas trop eu de conséquences sur la vie à Bruxelles et sur celle des institutions européennes. Les instances de la Commission sont toujours restées d'une discrétion exemplaire sur le sujet. Et d'ailleurs si elle avaient agi différemment, nul doute que les autorités bleges les auraient rappelées à l'ordre, car juridiquement, les institutions européennes à bruxelles jouissent des même privilèges, droits et devoirs que toute autre organisation internationale.

Mais que se passerait-il si, d'aventure un jour il en allait différemment? Si la Belgique suivait le sort de la Tchécoslovaquie? Qu'en serait-il alors de Bruxelles, actuellement la troisième Région de la Fédération belge (et où, curieusement, siègent les instances administratives et politiques de la Région flamande) qui serait l'enjeu fondamental du partage? Ne devrait-on pas alors se préoccuper davantage de trouver un statut particulier aux institutions européennes? ne serait-ce pas là une façon de "sauver" Bruxelles? En tout état de cause, le caractère français (ou francophone si l'on préfère), est, lui, non négociable. Longtemps "l'affaire du Parlement" a créé pour les Français une espèce de malaise sur la vocation de Bruxelles à être la "capitale de l'Europe".

Voila un riche sujet de réflexion! Sujet plutôt en friche pour l'instant, semble-t-il...

En tout cas, on en sait beaucoup plus sur Bruxelles et les Bruxellois après avoir lu le livre! (j'ajoute qu'il n'aborde pas du tout la question que je traite in fine...).