...Vous avez gagné! Ou plutôt le peuple serbe a gagné, dans un sursaut de bon sens. Certes le résultat en faveur de Boris Tadic est très serré (51%) , mais la victoire est là, et la forte participation en donne un signe clair.

La voie d'une pleine réintégration de la Serbie dans la communauté internationale, et en particulier le rapprochement avec l'Union européenne est donc ouverte. Le premier défi du Président Tadic sera de retrouver une majorité crédible pour son gouvernement, car il y avait en Serbie une cohabitation plutôt conflictuelle ces derniers mois : M. Kostunica, le chef du gouvernement, qui a joué durant la campagne électorale présidentielle un rôle peu clair, ou plutôt trop clair, en faveur des "nationalistes" devra en tirer les conséquences.

Le problème urgent à régler pour M. Tadic est évidemment celui du Kossovo. Personne de responsable en Serbie n'est prêt à accepter une indépendance auto-proclamée du gouvernement albanais du Kossovo. Mais tout le monde (de responsable) est bien conscient qu'il faudra en venir à un statut de cette ancienne (et relevant toujours juridiquement du territoire serbe) province de la fédération yougoslave, statut qui ressemblera furieusement à cela. Les dernières propositions serbes sont très proches d'un statut d'indépendance, donc il faut encore laisser la place à la négociation. Très clairement, un Kossovo enclavé, en hostilité avec la Serbie n'est pas viable. Et pas acceptable pour les Européens. Cela ne suffit pas de dire, comme les chefs de gouvernment européens l'ont fait au dernier Conseil européen de décembre 2007, que le cas du Kossovo "ne peut servir de précédent".

L'U.E., qui a fait le choix de s'impliquer directement au Kossovo, en envisageant une forte présence de mission civilo-policière, sous le contrôle militaire de la force de l'OTAN, toujours sur place, a donc un rôle tout à fait déterminant à jouer.

Il faut reprendre les discussions, d'une manière ou d'une autre, en partant de cette réalité nouvelle que constitue le "choix européen" du peuple serbe.

Indépendance du Kossovo, oui, mais dans le cadre d'un accord négocié avec la Serbie. (style "accords d'Evian"). Comme ce fut le cas volens nolens, il n'y a pas si longtemps avec le Montenegro.

C'est là que les inteférences américaines, il faut le dire, sont particulièrement gênantes. Car les Etats-Unis sont prêts à reconnaître une indépendance unilatérale du Kossovo, ce qui évidemment, ne pousse las le gouvernement kossovar aux accommodements. En retour, la Russie s'arque-boute sur une position diamétralement opposée. M. Ahtisaari, qui avait été désigné pour promouvoir des "négociations de la dernière chance" dans le cadre des Nations Unies, et qui a rendu son tablier, en décembre dernier, en sait quelque chose.

C'est maintenant à Barroso, et à quelques major players européens (la France?) , de bouger et reprendre les discussions. On ne peut en rester là.