Le Kosovo indépendant a maintenant deux semaines, et la situation sur place paraît sous contrôle.
24 Etats ont jusqu'à présent reconnu le Kosovo : c'est sans doute moins que ce à quoi les nouveaux leaders et leurs protecteurs internationaux s'attendaient. La majorité des pays de l'Union Européenne l'ont fait, un nombre significatif de pays d'Amérique latine, plusieurs pays africians... Mais, et ce n'est pas une surprise, aucun des grands pays émergents, et c'est plus étonnant, aucun grand pays musulman (en exceptant la Turquie, ancien colonisateur, et qui compte une peitite minorité turque localement). La carte des reconnaissances suit à peu près exactement la carte des "clients" des Etats-Unis et des Européens (pour autant qu'on puisse les identifier aussi aisément- il faudrait plutôt parler de clients de certains pays européens comme la France ou le Royaume-Uni).
On remarque toutefois un mouvement progressif de retrait des Serbes des institutions du pays. Plusieurs signes montrent que la partie du nord du pays où les Serbes sont  majoritaires tend à se rapprocher de la Serbie voisine : rétablissement d'une ligne ferroviaire fermée depuis huit ans  dont les chemins de fer serbes ont pris le contrôle.
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Le clergé orthodoxe des monastères du Kosovo a été instruit par l'archevêque serbe dont il dépend, de cesser toute relation avec la MINUK, l'administration onusienne (ce qui est paradoxal, on pourrait imaginer le contraire de leur part...) 

A noter plusieurs voix discordantes -et influentes- y compris aux Etats-Unis sur le choix de l'indépendance. Par exemple, John Bolton, l'ancien ambassadeur auprès des Nations Unies, un "néo-conservateur", a mis en garde, dans une conférence prononcée deux jours avant l'indépendance, sur les risques de soutenir, contrairement au droit international,  un pays corrompu, non viable économiquement, donc chroniquement instable, pouvant "servir de porte d'entrée au radicalisme islamique en Europe". C'était, selon lui, "un dossier fondamentalement européen, mal géré depuis le début" et "dont la solution incombait désormais à l'Union Européenne." Et il a lancé aux Européens : ne vous avisez plus désormais de critiquer une intervention américaine qui ne repose pas sur une résolution du Conseil de sécurité!" (allusion à l'intervention en Iraq bien sûr!). Le même a co-signé, avec notamment l'ancien secrétaire d'Etat Eagleburger,  un article dans le Washington Times (du 31/01/08) :"warning light on Kosovo".

Je hasarde un pronostic (et j'aimerais bien me tromper) : le dossier kosovar va s'inviter à l'ordre du jour déjà très chargé des dossiers "chauds" de la présidence française... 

Tout cela ne m'empêche pas de saluer notre sympathique compatriote Delphine Borione, ancien conseiller culturel à Rome, depuis quelques mois cheffe du bureau français de Pristina, et désormais à la tête, en tant que chargée d'affaires, de ce qui est maintenant notre Ambassade.