VISITE D'ETAT A LONDRES ( suite)...
Par naiko le samedi 29 mars 2008, 11:53 - diplomatie - Lien permanent
La lecture de la longue déclaration commune qui a conclu les entretiens politiques entre le Président français et le Premier ministre ainsi que les ministres qui l'accompagnaient et leurs homologues aboutit plutôt à faire apparaître les éléments de continuité que de rupture. L'impact de la visite d'Etat du Président et de son épouse aura donc été surtout de nature psychologique et affectif ce qui est loin d'être insignifiant entre deux peuples que tant réunit et que tant sépare aussi....
Je reviens sur les suites de la visite d'Etat de notre Président à Londres, une fois examinées dans leur détail les 16 pages de la déclaration commune (c'est écrit en gros, et il y a beaucoup de blancs, rassurez-vous!).
Ce Sommet, qui est le 29ème du genre* - (au fait,
pourquoi n'avoir p
as accolé comme on le fait d'habitude, le chiffre du "cru"?
Serait-ce pour marquer son caractère "unique", "peerless" en quelque sorte?)-,
se situe plutôt dans la continuité des précédents.
Corrigeons une approximation que l'on trouve dans de nombreux commentaires
: les relations entre Chirac et Blair ont peut-être connu des hauts et des bas,
surtout vers la fin, mais les liens entre les deux pays se sont beaucoup
renforcés et diversifiés au cours de leurs mandats respectifs, et les deux
leaders y ont veillé personnellement.
Aucun des thèmes traités dans la déclaration du 27 mars ne constitue une
nouveauté dans l'agenda bilatéral, à l'exception de la proposition de
promouvoir ensemble au sein de l'Union Européenne un "small business
act", de faire avancer le projet de "forces civiles
d'intervention" destinées à aider les Etat "en difficulté" (le terme
employé dans les Organisations Internationale est "failed States", que nous
avons toujours beaucoup de mal à traduire, pour rendre compte de la situation
de pays où après une guerre civile, des catastrophes naturelles, les grandes
institutions de gestion et de régulation -services publics, réseaux
divers- ont largement ou totalement disparu); ce projet est actuellement
dans les tiroirs de la Commission. Le soutien à la
scolarisation de 16 millions d'enfants africains (pourquoi 16 et
pas un chiffre rond tant qu'on y est?) d'ici 2010 est aussi un projet concret
-et intéressant car il s'appuie sur des financements attendus de la FIFA de la
Fédération française de football et des ligues nationales de foot, à la faveur
de la tenue de la coupe du monde d foot en Afrique du sud en 2010. Mais il
n'est rien dit des modalités de réalisation. Et notamment une question très
importante : sera-t-ce via l'aide bilatérale( je ne pense pas, personnellement,
le Royaume-Uni a fait plus clairement le choix du passage par les canaux
multilatéraux de son aide) ou multilatérale, et dans ce cas avec quelle
Agence?
On peut relever l'insistance vertueuse sur la solution à la crise
financière, mais là-dessus les deux Etats ne se démarquent pas des
décisions prises au dernier Conseil européen des 13/14 mars.
Mais, au-delà, on ne lit dans la déclaration que la réaffirmation
d'engagements pris en commun antérieurement (sur le Darfour, il y a eu une
déclaration très précise et très ferme l'an dernier, et surtout la décision
européenne de créer la force européenne au Tchad (les Anglais nous soutiennent
là-dessus mais plutôt par solidarité que par conviction, car ils ont leurs
doutes sur l'efficacité d'un dispositif qui n'est pas installé au coeur de la
zone de conflit, mais à sa périphérie).
La déclaration vaut aussi par ses silences, comme sur les questions européennes du jour : rien sur la politique agricole par exemple. En revanche le président Sarkozy peut se flatter d'avoir fait bouger les lignes sur une politique européenne de l'immigration, sur laquelle il peut compter avec le soutien britannique..avec le caveat que la Grande-Bretagne ne fait pas partie de l'espace Schengen, et aura donc, au moins sur certains aspects d'une politique européenne sur le sujet, une position un peu distanciée.
On pourra être un peu déçu sur le volet de la coopération
militaire, qui depuis la déclaration de St Malo
de 1998, est un des points forts de lacoopération franco-britannique. Rien
n'est dit du projet qui mobilise les cellules de reflexion stratégique des
états-majors depuis plus de 4 ans maintenant et qui n'aboutit pas, le projet de
construction en commun de porte-avion. Sur l'A400, l'avion
transport de troupes qui accumule les retards (ce devait être 2007, puis 2008,
on parle de 2009 pour la livraison) et qui est indispensable, il y a un
paragraphe assez alambiqué d'où il ressort qu'il y aurait un seul contrat de
maintenance (?) des appareils pour les deux Etats. Sur les hélicoptères
(manque chronique en Afghanistan notamment) , la création d'un fonds fiduciaire
commun pour permettre l'achat et l'entretien d'hélicoptères pour le compte
d'autres pays de l'OTAN est annoncée (mais comment sera-t-il financé?). des
efforts communs dans la recherche pour des projets communs à hauteur de 50M
d'€/an sont prévus.
Au total, la déclaration paraît plutôt en retrait par rapport
aux propos "enflammés" tenus dans les autres enceintes lors de la visite
d'Etat. Or, les communiqués et les déclarations, qui sont négociés à deux,
c'est ce qui reste quand les lampions de la fête sont éteints...
Le souhait de replacer la Grande-Bretagne au centre du jeu politique européen
n'est pas nouveau, et il a maintes fois été exprimé tant par les dirigeants
français que par leurs pairs britanniques*** (c'était un des thèmes forts de
Tony Blair, relisons pour cela le discours -de grande qualité- qu'il
avait prononcé devant les parlementaires français en 1998:
http://www.assemblee-nationale.fr/international/reception-angleterre.asp),
mais il se heurte tôt ou tard à la dure réalité, et les "constantes"
demeurent.
Ces constantes font que l'Angleterre souhaitera toujours
garder une identité propre, un "statut particulier" qui fasse d'elle an
"in/outsider" dans l'Union Européenne. Au lieu de s'en offusquer, il
paraîtrait préférable de le reconnaître, et d'officialiser en quelque sorte ce
statut particulier, avec ses devoirs et ses droits
limités en proportion.
Ce qui n'empêche pas l'amitié, au contraire!
* La décision de tenir des Sommets annuels remonte à la présidence de
Giscard d'Estaing, le premier s'est tenu en France en 1976. Certaines
années, il n'y a pas eu de sommets..comme par exemple 2007 pour cause
d'élection présidentielle.
**: l'image montre une absence :celle du drapeau européen.
*** : si on excepte la parenthèse de Mme Thatcher