J'étais, hier et avant-hier, à un savant colloque organisé  par la délégation de l'Union Européenne en Suisse, dans les murs de l'Université de Fribourg,
[http://www.unifr.ch/euroinstitut/n/pdf/shared/Prospekt%2013_2_08.pdf] avec le concours de l' Institut de droit européen de cette Université (modèle de campus, je le souligne en passant...exactement ce que Mme Pécresse, notre courageuse ministre, souhaiterait faire de nos Universités à nous... ).
Le thème en était : la politique régionale de l'UE et l'influence des régions (et des cantons) dans sa détermination.
Des intervenants de qualité s'étaient déplacés, parmi lesquels le directeur général de la DG politique régionale de la commission, M. Ahner, le secrétaire d'Etat (équivalent en Suisse d'un secrétaire général de ministère) du tout puissant- au sein de l'administration bernoise- SECO (secrétariat d'Etat au commerce), M. Gerber, et une série de professeurs de droit.
Certes l'essentiel des interventions portait sur l'aspect proprement suisse de la question. Car la Suisse, bien que non membre de l'UE, "émarge" à des nombreux programmes de l'UE, dont le programme de la politique régionale, et  se trouve constamment dans un problème de cohérence politique et insitutionnelle : le prix à payer pour se joindre à ce programme a été de participer à son financement, et elle a accepté, à la faveur de l'élargissement aux 10 pays de l'Europe centrale, de participer à hauteur d'un milliard de francs suisses (sur l'exercice financier de 7 ans) à financer des opérations destinées aux régions de ces pays...tout en précisant que c'était pour elle une coopération à caractère bilatéral avec chacun des pays bénéficiaires. Il y a eu un référendum sur le sujet, et la majorité des votants ont accepté ce paiement. 
C'est sans doute conforme à l'intérêt bien compris de chacun, que d'inclure "les Européens qui ne veulent pas de nous"*, les Suisses et les Norvégiens, dans nos programmes et de les faire bénéficier de nos financements, et ce n'est pas les régions limitrophes qui s'en plaindront. Mais au-delà des avantages immédiats, cela ne peut pas ne pas poser problème. Car la logique de la relation Suisse/Union Européenne est statique, et chaque fois qu'il y a développement dans une politique de l'UE, ce développement doit pouvoir être accepté par la partie suisse et par "le peuple suisse" à travers ses mécanismes internes de démocratie directe (réferendums). Cela introduit une insécurité juridique qui cadre mal avec les principes essentiels de notre Communauté.   
Il y a donc toute une série d'actions qui sont menées en "franco-suisse" et financées par le programme de l'UE qu'on appelle Interreg (on en est au quatrième exercice de programmation, appelé Interreg IV qui couvre la période de programmation budgétaire de l'UE 2007/13).
L'un des volets de la politique de coopération régionale couvre spécifiquement la coopération transfrontalière, et dans le cas qui nous intéresse ici, les projets présentés pour les 7 années à venir, par la Franche-Comté et Rhône-Alpes portent sur un montant de 90M€, dont 55 sont apportés par l'UE...et 13,5 par la Suisse (Confédération et cantons). 
Il y a un autre programme couvrant nos frontières nord (et qui intéresse aussi la Suisse, via la coopération exemplaire -en fait unique au monde je crois, qui se fait à Bâle, la "regio basilensis", entité trinationale qui gère l'agglomération bâloise qui couvre la Suisse) et au budget bien plus conséquent qui dépasse les 500M€.
Les responsables du SECO (fédéral Berne) sont venus nous parler de la nouvelle politique régionale suisse qui augmente pour cet exercice les crédits consacrés aux actions transfrontalières, mais envisage pour l'avenir de les supprimer, en en laissant la responsabilité de les financer aux cantons, et se concentre sur les actions à caractère économique visant à améliorer la compétitivités des régions.
L'exposé de M. Ahner était particulièrement intéressant, en ce qu'il ouvrait sur l'avenir, le prochain exercice de programmation 2013/17, en indiquant que comme tous les programmes de l'UE, il devrait s'adapter aux grandes évolutions en cours : l'évolution du climat (qui va modifier les équilibres entre régions à l'intérieur de l'espace européen), le vieillissement (avec la prise en compte parallèle des migrations nécessaires et leur impact en termes d'occupation des espaces), l'accent mis sur l'innovation...
La coopération transfrontalière est un vrai défi pour l'Europe du quotidien, car on voit, au-delà des proclamations de tribune, es signatures tonitruantes de conventions, comment l'espace continue à être structuré par les frontières, même dans des pays de l'Union Européenne, qui sont censés avoir aboli les frontières internes (c'est bien l'engagement pris il y a plus de vingt ans déjà avec la convention de Schengen). Dans tous les domaines les plus simples de la vie quotidienne, les communes ou régions qui se lancent, véritables pionnières, dans des actions de coopération transfrontalière avec leurs homologues de l'autre côté de la frontière, constatent la difficulté de l'entreprise.  Ceux qui parviennent à une véritable osmose sont peu nombreux en réalité.
Le cas de Bâle, dont le président du gouvernement du canton de Bâle ville, est venu décrire les grands traits, est assez rare pour être cité. C'est une success story, qui tient largement à une longue histoire de coopération : il n'est pas sans intérêt qu'elle ait pu s'écrire entre deux pays membres de l'UE et un pays non membre...L'exemple de son aéroport trinational, qui a le label (reconnu par aucune instance) d'euroaiport, a été créé il y a bien longtemps (l'accord date de 1949) et par une décision des Etats suisse et français : il est installé sur le territoire français, mais les contrôles douaniers sont communs aux deux Etats. Il doit tout à l'esprit de coopération franco-suisse et rien à l'Europe. 
L'Europe des régions est en marche..mais l'Europe des régions, ce n'est pas forcément l'Europe des coopérations trasfrontalières, qui se fait à un niveau plus humble, plus terre à terre, mais qui soulève bien souvent des problèmes qui dépassent à la fois la commune et la région, et concernent les Etats (réglementations de tous ordres). Et on peut souhaiter une implication plus forte des instances bruxelloises, et des gouvernement pour soutenir ceux qui veulent avancer dans ce domaine...Ce n'est pas qu'une question d'argent, de programmes à financer..C'est aussi un effort d'harmonisation dans tous les domaines à conduire. Les maires et initiateurs de projets sont souvent fort démunis devant l'ampleur des questions posées...La dimension fiscale de la question est aussi un problème. Or nous, Français, avons un problème général de perte de compétitivité de nos territoires transfrontaliers. Cela se manifeste par des nombres croissants de travailleurs frontaliers (qui résident dans un pays et vont travailler dans le pays voisin) français allant travailler dans le pays voisin ( à cause de salaire plus élevés comme en Suisse, où ils sont plus de 110.000, ou comme au Luxembourg, de meilleurs emplois...), l'inverse étant de moins en moins vérifié, une perte de substance, le fait aussi qu'à l'exception de Lille et Strasbourg, nous n'ayons pas de grosses agglomérations près de nos frontières, alors qu'"en face", il y a au sud Barcelone, au nord, Luxembourg..pour ne citer que ces deux cas. or comment faciliter la création d'tentreprises lorsqu'"en face", les conditions fiscales faites aux entreprises sont nettement plus favorables que chez nous (c'est le cas en Suisse, et au Luxembourg) ?  On n'échappe pas à un examen en bilatéral (et non pas séparément), des conditions globales du développement équilibré d'un territoire transfrontalier, si on veut vraiment jouer le jeu du transfrontalier. C'est une problématique à laquelle nous devrions songer. Car nous avons intérêt à jouer un rôle actif et pionnier dans une telle politique d'encouragement actif et sans tabous au transfrontalier. Je dis "sans tabous", car cela implique que, concrètement, on accepte le principe d'un traitement différencié de ces territoires par rapport au reste du pays...Et qu'on le fasse accepter dans le cadre de l'UE. Mais l'enjeu le jusitifie, car c'est l'Europe nouvelle que l'on contribue ainsi, bottom up, comme on dit en jargon bruxellois, à édifier...Ce chantier est encore largement à ouvrir... 
On doit saluer le travail fantastique de la Mission Opérationnelle Transfrontalière (la MOT), Association créee en 1997, qui se veut -et est- un outil au service ces collectivités territoriales désireuses d'agir en ce sens http://www.espaces-transfrontaliers.org/.     

*: c'est bien de cela qu'il s'agit, non?