Extrait du discours du Président de la République slovène, M. Danilo Turk,  devant le Parlement européen, le 23/04:

"Encore à l'époque actuelle, l'Union européenne est confrontée à de nouveaux défis qui exigent une adaptation de nature pragmatique. Parmi eux, le futur élargissement est le plus important. À cet égard, il est clair que tous ceux qui aspirent à l'adhésion doivent remplir les critères exigés. Il est cependant inadmissible que l'on empêche leur entrée dans l'UE seulement du fait de difficultés politiques ou de préjugés culturels.
En s'efforçant d'assumer la position d'une puissance stratégique mondiale, l'Union européenne a, en effet, besoin de la Turquie. Il faut donc poursuivre les négociations d'adhésion. L'Union européenne ne doit pas lui refuser aujourd'hui la perspective d'adhésion puisque celle-ci a déjà été approuvée auparavant. Cela mettrait en question la crédibilité de l'Union européenne...
En ce qui concerne la politique en direction de ses voisins de l'Est et des autres régions, l'Union européenne doit recourir au même pragmatisme que celui sur lequel elle s'appuyait par le passé.  L'Ukraine et la Moldavie ont besoin, elles aussi, d'une perspective d'adhésion à l'Union européenne: il serait donc inadmissible de la leur refuser.
En outre, le pragmatisme est une caractéristique qui s'observe tant dans la pratique que dans l'état d'esprit. Il est évident que les pays candidats sont obligés, dans tous les domaines soumis à des exigences par le processus d'adhésion, de remplir l'ensemble des critères qui leur sont imposés. Il existe de bonnes raisons, pour l'Union européenne, de faire respecter scrupuleusement et strictement ces critères. Si beaucoup de temps est nécessaire à les remplir, il faudra le mettre. Une ou deux années de négociations (Ndr: sic....décennies plutôt!!) seraient un moindre coût pour préserver la crédibilité et les normes de l'Union européenne.
Enfin les pays qui ne sont pas en mesure de remplir ces critères ne doivent pas être, pour autant, exclus du processus d'élargissement. Le sentiment d'être exclu fait naître le mécontentement; le mécontentement fait naître l'instabilité. Il faut donc préserver un état d'esprit pragmatique et réfléchir au futur élargissement de manière à ce qu'il réponde aux besoins de l'Union européenne en tant qu'acteur mondial"
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On est confondu, with due respect pour la fonction de Président d'un Etat et de l'Union Européenne, par l'ingénuité des propos de M. Turk...Qui engagent toute l'Union. On est aussi saisi, accessoirement, par le silence de ce Président slovène, très prolixe sur la Turquie, sur un pays voisin de la Slovénie, la Croatie, elle aussi candidate (et qui a déjà rempli la plupart des critères d'admission...Mais mentionner la Croatie, ce n'est pas politiquement et bruxellement correct...)! On note les engagements pris en ce qui concerne l'Ukraine et la Moldavie...

En somme, il suffit de demander à adhérer à l'UE, pour y avoir droit. Nous voila sommés d'accepter l'Ukraine, et la Moldavie...Toutes les précautions prises ces dernières annés notamment par les Français pour inscrire parmi les critères de l'admission la "capacité d'absorption" (sans parler de l'acceptation des peuples de l'UE) de l'UE, n'auront servi à rien : la pensée dominante -pour ne pas dire unique- reste celle d'un processus d'élargissement indéfini. 
 
Je trouve inquiétant pour notre influence sur le processus de la construction européenne que nous ne soyons pas parvenus, en plus de trois ans, à inscrire dans la vulgate européenne, au moins cette précaution élémentaire. Que le moindre Président d'un pays membre de l'UE d'aussi fraîche date que la Slovénie ne prenne même pas soin, fût-ce par une allusion discrète, de refléter dans ses propos l'opinion d'une partie des Etats membres, et en particulier d'un membre "qui n'est pas le moins important", fondateur, et qui plus est qui lui succèdera dans deux mois à la Présidence de l'Union...

J'ai eu la même désagréable impression lorsque le Premier ministre suédois est venu présenter devant le Parlement européen les objectifs de la Présidence suédoise pour..2010. Avec une absence de nuances toute "suédoise", il a aussi égratigné ceux qui refusent l'élargissement à la Turquie. 
Il faudrait que nos partenaires sachent clairement que ces élargissements ne se feront  pas sans nous, qu'ils l'aiment ou pas. Et que chacun en tienne compte "dans ses actes et ses propos".