On peut se rassurer comme on veut, faire de l'incantatoire et du "wishful thinking", dire, comme il se doit, que le "processus de ratification doit continuer", faire les gros yeux aux Irlandais, mais la réalité est bien là : chaque fois que les peuples ont à se prononcer désormais, la réponse est sans appel, c'est un non clair et net.
C'est une vraie catastrophe. Une crise majeure.
Et il y a fort à parier, hélas, que cette fois encore, on se bouchera les yeux, en accusant l'ambiguïté fondamentale des référendums, la balourdise du PM irlandais, le beau ou le mauvais temps, ou l'ingratitude des Irlandais (là ce ne serait pas tout à fait déplacé...), et on refusera de voir la réalité en face.
On trouvera un replâtrage. 
Les gens - les peuples- n'aiment pas être pris pour des idiots.
Quand on leur vend un produit, même politique, ils aiment bien savoir ce qu'il en est vraiment. Ils lisent, ils s'informent. S'ils ne comprennent pas, ils flairent l'"arnaque".
Ils disent non ou s'abstiennent.
Il s'est passé en Irlande ce qui s'est passé en France et aux Pays-Bas, et entre-temps on était même passé au rayon "deuxième choix" (le Traité de Lisbonne n'est-il pas un deuxième choix par rapport au projet constitutionnel ?).
La réalité, c'est qu'il faut dire clairement ce que l'on veut faire ensemble.
L'Irlande est un pays neutre, qui n'a qu'une armée dont le but premier est de forunir des troupes pour les opérations de paix de l'ONU, qui déteste le nucléaire. Elle est profondément catholique, n'aime pas qu'on la pousse sur des questions comme l'avortement (qui fut l'un des thèmes de la campagne référendaire de 2000). Ce serait bien sûr beaucoup plus sexy et à la mode si elle était musulmane. Mais ce n'est pas le cas. Il faut en prendre son parti. Elle a subi pendant quatre siècles l'oppression britannique sans disparaître, ce n'est pas la volonté de tel ou tel dirigeant Européen qui va la faire changer. Elle ne transigera pas sur ces options fondamentales.
Il faut l'accepter.
Et accepter que ceux qui ne veulent pas prendre la même direction que vous ne prennent pas le même train. Au risque d'être moins nombreux.
Mais ces choix là doivent être clairs. Quand on entre dans un club, on s'engage. Et quand on n'est plus d'accord avec les règles du club, on s'en va. Mais les règles doivent être connues, ne pas changer en cours de route. Et en retour, celui qui abandonne la partie doit savoir à quoi il s'expose.   
Cette fois, l'Union Européenne façon Maastricht élargie à l'infini au gré non, comme on se complait à le dire, des réalités géostratégiques ou d'une solidarité continentale, mais des clientèles ( après la Turquie, que veulent les Etats-Unis et le Royaume Uni, il y a l'Ukraine que veut la Pologne), cette Europe là est bien morte.
Le mieux serait d'en tirer les conséquences, et d'arrêter les frais. 
Union économique, d'accord.
Pour le reste, il faut voir et savoir - et dès le départ- qui veut quoi et avec qui. Est vraiment condamnée cette fois la méthode Monnet dévoyée dite de l'engrenage, reposant sur la création d'une série de "solidarités de fait" censées enserrer les gouvernements et les peuples de telle sorte qu'ils n'aient plus le choix de revenir en arrière, vers les divisions d'antan.
L'ennui, c'est que dans une démocratie, un jour ou l'autre le peuple tranche.
Et que notre projet européen ne peut être que démocratique, sous peine de forfaiture. 
On peut redouter les prochaines élections européennes, qui vont encore battre des records d'abstention. 
Une autre voie existe, celle de la négation, du négationnisme : les peuples en fait ne distinguent pas clairement ce qui est bien pour eux ( c'est bien cela l'argument contre le principe du réferendum, où les raisons d'un oui ou d'un non sont trop complexes pour être décryptées dans un choix politique? ). Et je suis prêt à parier que l'une des conséquences du référendum irlandais, c'est qu'il n'y en aura plus sur des sujets européens, et que, sous une forme ou sous une autre, le Conseil européen s'arrangera pour en proscrire l'usage.
Entendons-nous bien. Cette crise là doit nous amener à choisir non moins d'Europe, mais davantage et mieux. Cette crise de plus pourrait être salutaire. Mais à un prix qu'aucun dirigeant européen actuel n'est, à mon avis, prêt à payer (sauf, peut-être, la chancelière?). 
En attendant, "il faut tenter de vivre"...Pas facile pour la Présidence française!   
Comment rassembler une majorité sur le renforcement de la politique de défense par exemple, une des priorités affichées par nous (bien imprudemment à mon avis) pour notre Présidence?  
Car, au nom de qui et de quoi parler désormais? Le déni des peuples, n'est-ce pas la pire sanction en démocratie?
Et ce serait naïf de penser que ce cancer peut être circonscrit.
Le discrédit va frapper l'ensemble des politiques, l'indiscipline va elle aussi se développer parmi les Vingt-Sept.
Un premier signe sera de voir combien parmi les Etats qui n'ont pas encore ratifié le texte, vont le faire.