la conjoncture est particulière : sur les "majors", deux (USA, Inde) vont changer de chefs dans les mois à venir, ce qui n'est pas le meilleur moment pour négocier les compromis "gagnant-gagnant" qui font les bons accords. L'étonnant, c'est que Pascal Lamy, avec sa "pêche", ait réussi à faire croire que le moment était favorable pour un accord. Ainsi se clôt le "cycle de Doha" entamé en 2001. Chacun a fait semblant d'y croire. Chacun était dans son rôle.
Mais ce cycle reprendra, sans doute dès qu'on y verra un peu plus clair sur les orientations de la nouvelle administration américaine, soit pas vant l'été 2009, au mieux.
Le "paquet" reste sur la table.
Les négociations ont achoppé sur l'agriculture. Mais derrière l'agriculture, il y avait d'autres sujets tout aussi importants, comme la libéralisation des services.
En fait les délégués travaillaient sur la base d'un document agréé datant du 1er aout 2004, et qu'on appelle l' "ensemble de résultats de 2004". Ce texte constitue un cadre méthodologique sur lequel chacun est tombé d'accord. Il concerne:
 -  les questions agricoles, avec un très long développement sur les subventions à l'exportation (ce long développement est déjà en soi une avancée majeure, les délégations en pointe comme les Etats-Unis ayant longtemps refusé toute définition trop contraignante- et l'avantage des "concessions" de la Communauté européenne -régulièrement dénoncées par les Français-, est de contraindre la délégation US à sortir de la position intenable qui consiste à ne rien vouloir changer, même en termes de méthode);
 - un accord partiel sur le coton, par lequel les Etats s'engagent à compter de 2006 à supprimer toute subvention à l'exportation du coton (preuve que l'OMC est capable de négocier des accords partiels, même si ce n'est pas dans sa philosophie);
-l' "AMPNA", c'est-à-dire l'accès aux marchés des produits non agricoles, avec l'adoption d'un cadre commun de référence et de négociation;
- rubrique sur le développement, qui fournit aussi un cadre de référence précieux, en officialisant la prise en compte du développement avec la confirmation du "traitement spécial et différencié" en faveur des pays les plus pauvres, mais qui doit respecter un cadre unique de référence pour tous les pays;
- d'autres éléments sont mentionnés, même s'ils ne font pas partie de la négociation proprement dite, comme l'accord sur les services, la propriété industrielle -rubrique très importante, surtout pour les pays développés, mais aussi dans l'esprit d'une régulation de la mondialisation, car derrière cette problématique, il y a toute la question de la contrefaçon, de la protection des droits. Une novation à signaler à ce sujet, parce qu'elle est méthodologiquement capitale, l'OMC a accepté de travailler sur la question, avec l'Organisation responsable de la question, l'OMPI l'organisation mondiale pour la propriété industrielle. Ca n'a l'air de rien, mais cela situe en rupture complète avec la philosophie libérale qui est le socle culturel sur lequel est assis le GATT, devenu OMC en 1994. C'est bien entendu le modèle à suivre, et on peut penser par exemple aux négociations agricoles qui se passent sans les organisations en charge comme la FAO, ou le programme Alimentaire Mondial. 
D'autres sujets commencent à poindre, comme l'environnement, dans le cadre d'un groupe de travail encore périphérique par rapport aux groupes "noyau dur" dans la négociation.
Il faut bien voir la contradiction : beaucoup (parmi les gens raisonnables) sont d'accord pour intégrer davantage de sujets dans le panier de négociation, comme l'environnement, les normes sociales (déjà beaucoup plus difficile à "faire avaler"), dans les négociations sur la "libéralisation" du commerce (au départ, il s'agissait de négociations purement tarifaires), et cela est de l'ordre du bon sens. Mais il faut bien voir que plus le nombre de sujets inclus dans la négociation est important, plus la négociation est complexe, difficile. Surtout avec 153 Etats à la table de négociation, et la règle de l'unanimité...
En fait, à l'OMC, on négocie en permanence, et la dramatisation des enjeux donne une impression fausse : on ne devrait pas parler d'échec, mais de poursuite des discussions. L'OMC est un acteur fondamental de la mondialisation. Aucun Etat n'a actuellement intérêt à voir le cadre multilatéral qui régule (bien imparfaitement, certes) la mondialisation, qui est avant tout une mondialisation des échanges commerciaux, être démantelé.
      
Acessoirement, "l'échec", ou plutôt l'interruption des négociations commerciales de Genève a évité une situation bien embarrassante : l'endossement de l'accord par le Commissaire Mandelson aurait entraîné la non signature par l'un des Etats-membres, la France, qui préside actuellement l'Union Européenne, à en croire des déclarations du Président Sarkozy. Mandeleson a vérifié qu'il disposait de la majorité qualifiée sur la base du mandat de négociation, et s'il y avait eu une nouvelle réunion des ministres des 27 à Genève, il est probable qu'il aurait eu une majorité pour l'appuyer. Le groupe des opposants à l'accord, qui s'était manifesté à la hâte, ne suffisait apparemment pas à constituer une minorité de blocage. une juste avant la pour  Et nous nous serions trouvés devant un imbroglio juridique, car, l'article 133 du Traité consolidé sur la Communauté Européenne , qui s'appliquait à la négociation en cours prévoit un accord à la majorité qualifiée et non à l'unanimité.   
Après l'échec, Mandelson a dit ; "il ne faut pas s’y tromper: l’échec de cette semaine a un prix, celui des occasions manquées. Certes, une issue positive n’aurait jamais résolu, à elle seule, la crise alimentaire ou celle du crédit. Mais un nouvel accord commercial international aurait apporté un peu de confiance à l’économie mondiale, à l’heure où règne une grande incertitude."  C'est du bon sens. Vous voulez suivre les derniers rounds de négociation comme si vous aviez été présent? Lisez le blog de Peter Mandelson, dans lequel il raconte par le menu les négociations. Un peu technique, mais passionnant.
http://ec.europa.eu/trade/issues/newround/doha_da/geneva08/update_en.htm
On nous a diabolisé M. Mandelson...
Sur la question de l'agriculture qui pose tant problème -et en posera encore l'an prochain, car on voit mal M.Obama, qui ne s'est pas signalé jusqu'à présent, par un "libre échangisme" farouche, renoncer aux subventions à l'exportation des produits agricoles, alors que les Etats-Unis sont le premier exportateur mondial de produits agricoles, et que le commerce extérieur des USA se porte si mal, il faudrait que l'UE profite de ce "répit" d'un an, dix-huit mois, pour renouveler la réflexion sur la thématique agricole à l'OMC, en travaillant sérieusement, sur la base du Sommet mondial contre la faim qui s'est tenu en juin dernier à Rome pour définir quelques principes nouveaux comme l'objectif de l'auto-suffisance alimentaire, concept tabou à l'OMC. Vaste et longue entreprise...
Il est un sujet dont doit prochaniement s'emparer l'OMC, celui des zones de libre échange régionales ou des Unions douanières. Traditionnellement, il existait une grande méfiance au GATT et à l'OMC vis à vis de ces ententes régionales, "obstacle à l'universalité". Mais c'est en train de changer. et voilà un sujet sur lequel l'UE (ou plutôt la CE, car ici ce n'est pas l'UE, mais la CE qui est en jeu) pourrait être encore plus militante qu'elle ne l'a été jusqu'à présent. La régionalisation peut être une réponse à la mondialisation, chaque entente régionale étant responsable du respect des normes agréées au plan universel. d'autre part, cela devrait permettre, du point de vue de l'UE, de clarifier en interne, la situation. Si le Traité de Lisbonne restait lettre morte, cela ouvrirait la voie à des "accords partiels" pour améliorer ce qui peut l'être dans le fonctionnement de l'UE en vue de la rendre plus efficace. A l'OMC, on ne devrait plus "voir qu'une seule tête", celle de la Commission, représentant l'Union. C'est déjà le cas, sans l'être tout à fait. la Communauté Européenne est membre de l'OMC, au même titre que les 27 Etats membres. elle a adhéré le même jour que les autres Etats membres (qui étaient Douze à l'époque), soit le 1/01/95
Dans les domaines de compétence exclusive, comme les négociations commerciales et notamment agricoles (hors certains sujets comme les négociations à caractère culturel, ou sur des sujets à compétence partagée), les Etats membres n'ont plus rien à dire, et on ne voit pas pourquoi ils devraient encore faire de la figuration et introduire la confusion par d'éventuels propos "prononcés à titre national". C'est au niveau du mandat de négociation, et des réunions en interne à "Vingt-Sept" que les arbitrages se font, et que le mandat donné à la Commission se négocie . Chacun y verrait beaucoup plus clair...et on ferait ainsi des économies. Il ne devrait y avoir à Genève, siège de l'OMC, qu'une seule réprésentation de l'UE, et non pas 28 : la Commission Européenne, avec à l'intérieur de la délégation, pour ceux qui des Etats qui y tiennent absolument, un ou deux représentants pour évoquer les questions spécifiques d'intérêt national. 

NB : allez voir le site de l'OMC: http://www.wto.org/indexfr.htm. C'est un des plus complets, des plus didactiques que je connaisse. Et pourtant la matière n'est pas d'un folichon exacerbé...mais le webmestre et son équipe parviennent à la rendre compréhensible et intéressante. La place du français est...à sa place, au même titre que les autres langues de l'Organisation. Bravo, M. Lamy! C'est là, dans ces détails (qui n'en sont pas),  qu'on voit un vrai patron, qui en plus, n'a pas mis son drapeau dans sa poche, tout en restant le haut fonctionnaire international dont tout le monde salue la compétence et l'impartialité. L'exact opposé de M. Trichet(je ne parle pas de la compétence, qui n'est pas en cause bien sûr!) qui a honte de ses origines, fait toutes ses conférences de presse en anglais, et dont le site web est d'un scandaleux unilinguisme.            

*=Destin Politique Futur Renforcé