J'ai trouvé par hasard, sur les rayons du libraire, un livre passionnant et riche que je vous recommande, ami lecteur. Il s'agit de "les peintres de l'agonie", ou les nouveaux peintres français de la douleur. L'auteur? Guy Denis, un écrivain, poète, peintre, galeriste, qui vit et travaille en Belgique.
http://www.decitre.fr/livres/Les-peintres-de-l-agonie.aspx/9782872691784
Oh, certes, ce n'est pas une galerie de portraits réjouissants, tout le contraire même, et l'influence de Bacon s'y fait parfois lourdement sentir, mais on sent une quête d'ailleurs chez les meilleurs. Une atmosphère de vendredi saint parfois s'en dégage. En tout cas une recherche de sens. Ce n'est pas de la provocation gratuite. Et ça, c'est une espèce de révolution. C'est la preuve que ce qu'une critique appelait, dans un livre récent, "l'Art caché"*, est en train de prendre petit à petit la place que d'autres faiseurs, idéologues, despotes de la culture et de l'art officiel (ils ne sont pas les premiers...) ont usurpée. Ils ont encombré les Musées de leurs productions nulles (ils sont légion, je ne nommerai que Buren, Boltanski, Sylvie Fleury etc...), les inventeurs de l'art conceptuel, dont on ne dira jamais assez les ravages bien au-delà de la sphère artistique, et ont usurpé les meilleures places durant une bonne trentaine d'années. Mais ils ne cèderont pas sans combats... 
Le texte qui accompagne les reproductions est d'une grande beauté, et cela aide. Mais il ne sollicite pas les oeuvres, il en tire simplement l'essence, en s'aidant de commentaires des artistes.
Parmi la quarantaine d'artistes, peintres, scultpeurs, "installateurs", certains sont déjà assez connus, comme Olivier de Sagazan (plus tout à fait un jeunot, puisqu'il frôle cap de la cinquantaine). Cf ci-dessous
  

pas mal, hein? C'est le genre de peinture à l'estomac, qui ne se laisse pas oublier.
Ou Anne-Marie Cuttolo, encore plus dans l'atmosphère de totale déréliction, avec des couleurs qui font penser à certains tableaux de Rembrandt...Ce que souligne Denis en effet, c'est le choix de ces peintres de ne pas refuser les héritages, sans s'en réclamer expressément, ce qui veut dire qu'on accepte la lignée.
Denis qualifie même cette peinture "d'ontologique"...Je n'irais pas jusque là. Car l'horreur à l'état brut n'appelle pas l'être. Elle souligne  son absence sur le mode de la désespérance (et non plus de la révolte). Nous sommes dans l'antichambre de l'être, piétinant dans le froid et l'obscurité du narthex... 

Avec Jack Hironimus, l'horrible se tiente d'amère dérision, et l'on se situe dans le domaine plus habituel et classique de la dérision. On salue le talent toutefois, et on espère de riches moissons.
Pour Christophe Miralles, c'est encore autre chose. Là l'interrogation se fait moins violente, et l'arrachement est plus intérieur. Il nous parle d'une certaine dépossession de soi bien contemporaine, par ces personnages sans visage
http://www.art-insolite.com/pageinsolites/insomiralles.htm
Rallier des artistes aussi divers sous une même bannière est un jeu quelque peu périlleux. Mais on l'accepte, grâce à l'habileté de l'auteur. et, en gros, on y croit. N'est-ce pas l'essentiel?

*= Aude de Kerros. Ed. Eyrolles 2007