Une révélation (potentielle): les peintres de l'agonie
Par naiko le mardi 5 août 2008, 13:00 - notes de lecture - Lien permanent
Un livre à lire en ce mois d'août, qui n'a rien de caniculaire: "Les peintres de l'agonie", ou les nouveaux peintres français de la douleur. Une preuve de plus que les artistes se (re)mettent à faire des tableaux. Un signe de la vitalité de notre création. Mais cherchez les ces jeunes dans les expos des Musées d'Art Contremporain, vous ne les trouverez pas. Pas dans l'esprit du temps, dans la norme imposée de l'A.C....
J'ai trouvé par hasard, sur les rayons du libraire, un livre
passionnant et riche que je vous recommande, ami lecteur. Il s'agit de
"les peintres de l'agonie", ou les nouveaux peintres
français de la douleur. L'auteur? Guy Denis, un écrivain, poète, peintre,
galeriste, qui vit et travaille en Belgique.
http://www.decitre.fr/livres/Les-peintres-de-l-agonie.aspx/9782872691784
Oh, certes, ce n'est pas une galerie de portraits réjouissants, tout le
contraire même, et l'influence de Bacon s'y fait parfois lourdement sentir,
mais on sent une quête d'ailleurs chez les meilleurs. Une atmosphère de
vendredi saint parfois s'en dégage. En tout cas une recherche de
sens. Ce n'est pas de la provocation gratuite. Et ça, c'est une espèce
de révolution. C'est la preuve que ce qu'une critique appelait, dans un livre
récent, "l'Art caché"*, est en train de prendre petit à petit la place que
d'autres faiseurs, idéologues, despotes de la culture et de l'art officiel (ils
ne sont pas les premiers...) ont usurpée. Ils ont encombré les Musées de
leurs productions nulles (ils sont légion, je ne nommerai que Buren, Boltanski,
Sylvie Fleury etc...), les inventeurs de l'art conceptuel,
dont on ne dira jamais assez les ravages bien au-delà de la sphère
artistique, et ont usurpé les meilleures places durant une bonne trentaine
d'années. Mais ils ne cèderont pas sans combats...
Le texte qui accompagne les reproductions est d'une grande beauté, et cela
aide. Mais il ne sollicite pas les oeuvres, il en tire simplement l'essence, en
s'aidant de commentaires des artistes.
Parmi la quarantaine d'artistes, peintres, scultpeurs, "installateurs",
certains sont déjà assez connus, comme Olivier de Sagazan
(plus tout à fait un jeunot, puisqu'il frôle cap de la cinquantaine). Cf
ci-dessous
pas mal, hein? C'est le genre de peinture à l'estomac, qui ne se laisse pas
oublier.
Ou Anne-Marie Cuttolo, encore plus dans l'atmosphère de totale
déréliction, avec des couleurs qui font penser à certains tableaux de
Rembrandt...Ce que souligne Denis en effet, c'est le choix de ces peintres de
ne pas refuser les héritages, sans s'en réclamer expressément, ce qui veut dire
qu'on accepte la lignée.
Denis qualifie même cette peinture "d'ontologique"...Je n'irais pas jusque là.
Car l'horreur à l'état brut n'appelle pas l'être. Elle souligne son
absence sur le mode de la désespérance (et non plus de la révolte). Nous sommes
dans l'antichambre de l'être, piétinant dans le froid et l'obscurité du
narthex...
Avec Jack Hironimus, l'horrible se tiente d'amère dérision,
et l'on se situe dans le domaine plus habituel et classique de la dérision. On
salue le talent toutefois, et on espère de riches moissons.
Pour Christophe Miralles, c'est encore autre chose. Là
l'interrogation se fait moins violente, et l'arrachement est plus intérieur. Il
nous parle d'une certaine dépossession de soi bien contemporaine, par ces
personnages sans visage
http://www.art-insolite.com/pageinsolites/insomiralles.htm
Rallier des artistes aussi divers sous une même bannière est un jeu quelque peu
périlleux. Mais on l'accepte, grâce à l'habileté de l'auteur. et, en gros,
on y croit. N'est-ce pas l'essentiel?
*= Aude de Kerros. Ed. Eyrolles 2007