...D'abord, le président Tadic a fait baisser la tension d'un cran en reconnaissant avoir été trop loin en faisant revenir ses Ambassadeurs dans les capitales des pays qui avaient reconnu l'indépendance du Kosovo. Ensuite, son gouvernement a assez finement joué, en réaffirmant en toutes occasions son double objectif stratégique: négocier l'accession de son pays à l'UE, maintenir une position de principe ferme sur la question du Kosovo, tout en faisant mouvement sur place. Son ministre en charge du Kosovo dans le gouvernement s'est engagé en faveur d'un programme de retour des Serbes réfugiés du Kosovo. Ils sont 235.000 réfugiés en Serbie dans des camps de fortune, à la charge du budget de la Serbie, et mettre l'accent sur leur retour n'est pas inhabile car c'est un moyen de prendre la communauté internationale au mot. C'est aussi une façon de parler d'autres choses que du "statut"...Même si la probabilité d'un retour effectif est à peu près égale à zéro (hélas..).    
Sur place, le représentant spécial du SG des Nations Unies, patron de l'UNMIK, l'Italien Lamberto Zannier, un diplomate actif et fin comme la Farnesina sait en offrir (il a aussi la confiance des Américains en tant qu'ancien "otanien"..Les Américains font très attention aux biographies, il faut le savoir) fait aussi mouvement. Intéressant.
 Il s'agit de sortir du guêpier où la communauté internationale s'est elle-même placée, en conférant de manière prématurée l'indépendance unilatérale au Kosovo. On l'a écrit souvent ici : la "communauté internationale" a surestimé son pouvoir dans cette affaire.  Et on peut légitimement en vouloir à M. Ahtisaari, le "grand négociateur", de n'avoir pas su ménager le temps au temps, car aujourd'hui, s'il fallait recommencer, on jouerait certainement un autre scénario qu'en 2006. 
C'est que, pour les Nations Unies, la situation est plus qu'embarrassante : le plan de désengagement de la Mission ONU au profit de la Mission de l'UE, concocté par les "majors", pour permettre une supervision "light" compatible avec l'indépendance -très nominale en fait- du nouveau pouvoir kosovar, ne fonctionne pas. La discussion au Conseil de Sécurité, tenue le 20 juillet, n'a pas permis de faire apparaître une majorité suffisante pour autoriser légalement un tel transfert de pouvoir. La Russie s'y est opposée, mais pas seulement : la Chine aussi- sur le mode mineur-, et plusieurs autres, dont le Vietnam, l'Indonésie, ont tenu à réaffirmer la validité de la Mission des Nations Unies et de la Résolution 1244. De sorte que le SG n'a pas de mandat clair pour effectuer un tel passage de témoin.
Il faut donc bouger, reprendre les discussions entre parties. Tel est le sens de l'offre qu'a faite M. Lamberto Zannier aux autorités serbes, en leur rendant visite à Belgrade. Les Serbes n'ont pas dit non.
Les discussions porteraient sur 6 points : douanes, patrimoine serbe, justice, transports, police, "infrastructures"...On ne parlera pas du statut, mais de tous les sujets de substance, ce qui revient à peu près au même. La clé est de faire retrouver au nord les voies d'un compromis qui sauve les apparences de la légalité. On sait que, sur place, dans les communes du nord à majorité serbe, les autorités communales issues de l'élection serbe  de mai dernier, élections auxquelles les électeurs serbes ont participé, se sont maintenant installées aux commandes, et que l'on a en fait une double administration (les Serbes ont refait "le coup" qu'avaient fait les Kosovars à l'administration yougoslave à la fin des années quatre-vingts, en installant des services publics parallèles). C'est une situation très dangereuse, et pour l'administration onusienne, il faut en sortir. En tout cas, Zannier, fort intelligemment, se cherche des interlocuteurs, y compris parmi les "gens du nord", dès lors qu'ils sont de bonne volonté. Et, en attendant, c'est l'UNMIK qui reste l'interlocuteur des Serbes au nord, et pas les Kosovars, ni Eu-Lex (la mission européenne qui n'a toujours pas obtenu des Nations Unies un mandat clair). Zannier l'a réaffirmé pas plus tard qu'aujourd'hui lors du point de presse hebdomadaire de l'UNMIK. D'ailleurs, on ne parle plus de remplacement d'une Mission par une autre, mais de "rôle complémentaire", le "mentoring" de la Mission Eu-lex est oublié dans la phraséologie officielle (en tout cas des Nations Unies), et la Mission des Nations Unies reste à peu près à effectifs constants, contrairement à ce qui était annoncé.
L'important est de ne pas se "brûler" dans cet exercice délicat, où il faut donner des gages aux deux parties. Mais on sent que désormais les Serbes de Belgrade sont rentrés dans le jeu. et, dans un monde redevenu normal (ou à peu près), la Serbie compte objectivement plus que le Kosovo. 
Pas étonnant, dans ces conditions, que M. Thaci, le Premier ministre kosovar, ait annoncé, sèchement, son refus de la proposition de M. zannier de toute négociation avec les Serbes sur les points évoqués plus haut. Ce refus est à la fois un signe d'impatience, et un aveu de faiblesse.