Kosovo : quoi de neuf?
Par naiko le mercredi 6 août 2008, 19:12 - Kosovo - Lien permanent
Au Kosovo, apparemment, rien ne bouge, et chacun campe sur ses positions.
Dans le jeu d'échec à plusieurs joueurs, la Serbie, profitant de la marge de
manoeuvre offerte par l'arrestation de Karadjik, et de la "nouvelle donne" de
l'équipe gouvernementale récemment constituée, vient d'avancer quelques
pions.
La situation dans les communes du nord qui sont dans un état de sécession
de fait vis à vis des autorités de Pristina, reste toujours volatile.
...D'abord, le président Tadic a fait baisser la tension d'un cran en
reconnaissant avoir été trop loin en faisant revenir ses Ambassadeurs dans les
capitales des pays qui avaient reconnu l'indépendance du Kosovo. Ensuite, son
gouvernement a assez finement joué, en réaffirmant en toutes occasions son
double objectif stratégique: négocier l'accession de son pays à l'UE, maintenir
une position de principe ferme sur la question du Kosovo, tout en faisant
mouvement sur place. Son ministre en charge du Kosovo dans le gouvernement
s'est engagé en faveur d'un programme de retour des Serbes réfugiés du Kosovo.
Ils sont 235.000 réfugiés en Serbie dans des camps de fortune, à la
charge du budget de la Serbie, et mettre l'accent sur leur retour n'est pas
inhabile car c'est un moyen de prendre la communauté internationale au
mot. C'est aussi une façon de parler d'autres choses que du
"statut"...Même si la probabilité d'un retour effectif est à peu près égale à
zéro (hélas..).
Sur place, le représentant spécial du SG des Nations Unies, patron de l'UNMIK,
l'Italien Lamberto Zannier, un diplomate actif et fin comme la
Farnesina sait en offrir (il a aussi la confiance des Américains en tant
qu'ancien "otanien"..Les Américains font très attention aux biographies, il
faut le savoir) fait aussi mouvement. Intéressant.
Il s'agit de sortir du guêpier où la communauté internationale s'est
elle-même placée, en conférant de manière prématurée l'indépendance
unilatérale au Kosovo. On l'a écrit souvent ici : la "communauté
internationale" a surestimé son pouvoir dans cette affaire. Et on peut
légitimement en vouloir à M. Ahtisaari, le "grand négociateur", de n'avoir
pas su ménager le temps au temps, car aujourd'hui, s'il fallait recommencer, on
jouerait certainement un autre scénario qu'en 2006.
C'est que, pour les Nations Unies, la situation est plus qu'embarrassante : le
plan de désengagement de la Mission ONU au profit de la Mission de l'UE,
concocté par les "majors", pour permettre une supervision "light" compatible
avec l'indépendance -très nominale en fait- du nouveau pouvoir kosovar, ne
fonctionne pas. La discussion au Conseil de Sécurité, tenue le 20 juillet, n'a
pas permis de faire apparaître une majorité suffisante pour autoriser
légalement un tel transfert de pouvoir. La Russie s'y est opposée, mais pas
seulement : la Chine aussi- sur le mode mineur-, et plusieurs autres, dont le
Vietnam, l'Indonésie, ont tenu à réaffirmer la validité de la Mission des
Nations Unies et de la Résolution 1244. De sorte que le SG n'a pas de mandat
clair pour effectuer un tel passage de témoin.
Il faut donc bouger, reprendre les discussions entre parties. Tel est le sens
de l'offre qu'a faite M. Lamberto Zannier aux autorités serbes, en leur rendant
visite à Belgrade. Les Serbes n'ont pas dit non.
Les discussions porteraient sur 6 points : douanes, patrimoine serbe, justice,
transports, police, "infrastructures"...On ne parlera pas du statut, mais de
tous les sujets de substance, ce qui revient à peu près au même. La clé
est de faire retrouver au nord les voies d'un compromis qui sauve les
apparences de la légalité. On sait que, sur place, dans les communes du nord à
majorité serbe, les autorités communales issues de l'élection serbe
de mai dernier, élections auxquelles les électeurs serbes ont
participé, se sont maintenant installées aux commandes, et que l'on a en
fait une double administration (les Serbes ont refait "le coup" qu'avaient fait
les Kosovars à l'administration yougoslave à la fin des années
quatre-vingts, en installant des services publics parallèles). C'est une
situation très dangereuse, et pour l'administration onusienne, il faut en
sortir. En tout cas, Zannier, fort intelligemment, se cherche des
interlocuteurs, y compris parmi les "gens du nord", dès lors qu'ils sont de
bonne volonté. Et, en attendant, c'est l'UNMIK qui reste l'interlocuteur des
Serbes au nord, et pas les Kosovars, ni Eu-Lex (la mission européenne qui n'a
toujours pas obtenu des Nations Unies un mandat clair). Zannier l'a réaffirmé
pas plus tard qu'aujourd'hui lors du point de presse hebdomadaire de l'UNMIK.
D'ailleurs, on ne parle plus de remplacement d'une Mission par une autre, mais
de "rôle complémentaire", le "mentoring" de la Mission Eu-lex
est oublié dans la phraséologie officielle (en tout cas des Nations Unies), et
la Mission des Nations Unies reste à peu près à effectifs constants,
contrairement à ce qui était annoncé.
L'important est de ne pas se "brûler" dans cet exercice délicat, où il faut
donner des gages aux deux parties. Mais on sent que désormais les
Serbes de Belgrade sont rentrés dans le jeu. et, dans un monde
redevenu normal (ou à peu près), la Serbie compte objectivement plus que le
Kosovo.
Pas étonnant, dans ces conditions, que M. Thaci, le Premier ministre kosovar,
ait annoncé, sèchement, son refus de la proposition de M. zannier de toute
négociation avec les Serbes sur les points évoqués plus haut. Ce refus est à la
fois un signe d'impatience, et un aveu de
faiblesse.