Le projet de nouvel accord UE-Israël : Il faut le lire
Par naiko le mercredi 24 décembre 2008, 18:12 - diplomatie - Lien permanent
L'UE vient, dans une certaine discrétion, de décider de hausser le niveau de ses relations avec Israël, dans le domaine de la politique de sécurité, sans réelles contreparties, autres que rhétoriques.
...Pour y croire!
Le Monde, dans sa livraison du week-end du 20, met l'accent sur un événement
passé quelque peu inaperçu : la décision prise dans son principe lors de la
dernière session du conseil d'association UE/Israël en août, et précisée dans
ses modalités au conseil des affaires générales et des relations
extéireures (conseil qui réunit les ministres des affaires étrangères des
Vingt-Sept) le 8 décembre dernier d'élever substantiellement le niveau des
relations entre l'UE et Israël.
L'accord agréée (sous forme d'orientations générales, qui ne nécessite pas de
signature formelle ni d'approbation des parlements) mérite d'être lu, car il va
très loin. C'est un accord essentiellement politique, qui
rapproche Israël des instances de décision de l'Union.
http://www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/gena/104570.pdf
Israel obtient ainsi un traitement particulier, avec des consultations séparées
bilatérales avec l'UE avant toute réunion politique de niveau ministériel
et tout sommet dans le cadre des consultations prévues au titre de
l'UPM (Union pour la Méditerranée). Certes, la précaution oratoire de la
base ad hoc ( ces consultations ne sont pas prévues comme une
obligation, mais comme une possibilité) est là, mais connaissant la
pugnacité des diplomates israéliens (et la mollesse des diplomates européens,
dont la figure de Solana représente comme une caricature, toujours gênés par la
nécessité de s'entendre à Vingt-Sept), on peut être quasi assurés que ces
consultations auront lieu de manière systématique. Au grand dam des "autres"
partenaires méditerranéens, qui demanderont, à juste titre, le même
traitement.
Plus intrusif, la possibilité d'entendre des représentants israéliens au
Comité politique et de sécurité (cops), soit l'organe où les
questions de sécurité et de défense sont discutées, le "noyau dur" de la PESD.
Ca n'a l'air de rien, mais pratiquement, cela signifie que chaque fois que les
Vingt-Sept voudront discuter de la situation au Proche-Orient, ils devront
accepter d'entendre avant et peut-être pendant, la version israélienne des
choses. Car les Israéliens seront bien sûr informés de l'agenda des points
discutés, il y a parmi les Vingt-Sept suffisamment de pays prêts à beaucoup
pour complaire au Grand Allié, qui saura lui aussi utiliser ce canal de
communication et d'influence.
L'Ue ouvrira aux Israéliens la possibilité de participer aux missions
civiles qu'elle monte dans le cadre de la PESD. Au plan des relations
internationales, et de la participation d'Israël aux Organisation
Internationales; elle s'engage à favoriser la présence d'Israél dans ces
Organisations (on sait que cette présence pose très souvent problème); elle
cède enfin, dans les enceintes onusiennes, à une ancienne revendication
d'Israël de sièger au groupe dit du WEOG (qui regroupe des pays
"occidentaux").
On le voit, cet accord aboutit à conférer un statut particulier à
Israël dans les domaines de la politique de sécurité de l'UE.
Par ailleurs le texte agréé lors du Conseil affaires générales
et politique extérieure prévoit une participation d'Israél aux programmes
communautaires existants et donne mandat à la Commssion d'oeuvrer en ce
sens.
Israël est lié à l'UE par un accord d'association datant de
1995. Cet accord institue pratiquement une zone de libre échange entre
Israël et les pays de l'UE ainsi que des consulations régulières
dans le cadre d'un Conseil d'association (qui a tenu sa dernière réunion
sous présidence française en août dernier). Un Plan d'action a
été adopté en 2007 qui fixe la feuille de route des progrès à accomplir dans
tous les domaines de la relation. Un accord aérien vient d'être conclu qui
étend à Israël le régime de liberté et de dérégulation relative déjà en vigueur
dans l'espace transatlantique. Un autre prévoit la possibilité d'ouvrir les
marchés publics des télécoms aux deux marchés (les Israéliens ont des PME très
performantes dans les domaines de l'informatique -logiciels, préiphériques de
systèmes complexes- avec très souvent, des tarifs très compétitifs).
Qui se plaindrait d'un renforcement des relations avec un partenaire commercial
aussi actif, et que, comme l'indique le communiqué de presse cité plus haut,
les relations de l'UE avec Israël soient hissées au niveau de celui que chacun
des Etats membres entretient avec ce pays? Mais jusqu'où veut-on aller avec
Israël? Et d'autre part, et surtout, tout ce que l'on fait comme pas en avant
avec ce pays, doit être mesuré à l'aune que l'on souhaite jouer dans la
contribution au règlement du conflit
Israël-Palestine.
Or, on le voit, la relation UE/Israël se poursuit
désormais indépendamment des fluctuations sur le terrain du
conflit. Pour Israël, avoir réussi ce "tour de force" est une grande
victoire. Après cela, le langage adopté par les Vingt-Sept sur le conflit peut
être très dur, notamment sur le chapitre des colonisations, et c'est le cas
comme on peut le lire dans le compte rendu du conseil affaires générales cité
plus haut, cette vigueur verbale ne trompe personne, chacun jugeant l'autre à
ses actes.
Il est dommage que l'un des épisodes marquants de cette évolution se soit
déroulé sous la présidence française.
Notons que l'Ue adopte une attitude symétrique vis à vis du
Hamas : condamnation en paroles, soutien dans les faits -au nom de
l'impératif humanitaire-, alors que le Hamas, porteur d'une idéologie
destructrice et objectivement "fasciste", devrait être combattu comme le
principal obstacle, du côté palestinien, à une paix véritable, et récusé en
tout état de cause comme un partenaire possible pour quoi que ce soit (y
compris la distribution de l'aide humanitaire). Or, tant que l'argent du
contribuable européen* continuera de servir de "planche de survie" au régime
dictatorial qui opprime les populations de Gaza, une fois de plus prises en
otage, dans un combat qui les dépasse, les faucons israëliens auront beau jeu
de soutenir que décidément rien n'est possible avec les Palestiniens.
Ce qui est fondamentalement à revoir, du côté de l'UE, est l'attitude vis à vis
des protagonistes du conflit. L'UE se contente trop souvent d'être le "tiroir
caisse "des uns et des autres, et de suivre passivement les orientations des
Etats-Unis. Alors qu'elle pourrait, en usant de vrais contreparties, (pas
d'argent, pas de rapprochement politique, si vous ne faites pas une vraie
politique de paix -avec, du côté israélien arrêt des colonisations,
démantèlement du mur, et du côté palestinien, arrêt des violences et
renonciation au thème du droit au retour intégral), jouer un rôle
moteur.
Depuis vingt-cinq ans que les Etats-Unis ont prétendu, avec l'appui
intéressé d'Israël, être la seule solution possible dans ce conflit, on
voit désormais que la carte aaméricaine n'est pas en mesure,avec toute la force
de la première puissance militaire de la planète, d'intervenir de manière
efficace -c'est-à-dire équilibrée- dans ce conflit.
M. Obama ne changera rien à cette donnée de fait. Seule l'UE peut, si
elle le veut, car elle n'a pas avec Israël les liens que les Etats-Unis ont
avec ce pays, pousser les partenaires à s'entendre sur la base minimale
d'un accord (déjà aux trois quarts formalisé). Encore faut-il qu'elle ose
assumer ses responsabilités, et que les Etats-Unis, reconnaissant
l'impossibilité pour eux de jouer le rôle d'arbitre unique, l'acceptent.
Et nous n'en sommes pas encore là...
Disons à ce stade, que le dernier accord passé avec les Israéliens ne contribue
pas à une telle avancée...Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il a été l'un des
éléments de l'aggravation dramatique récente de la situation sur place, mais au
moins il n'a pas réussi à l'empêcher...
* = celui des pays arabes est beaucoup plus chichement -et sagement-
distribué. Eux connaissent ce qu'est le Hamas, la biographie de ses dirigeants,
ses buts, ses soutiens cachés.
les "faucons" israéliens auront beau jeu de