...Pour y croire!
Le Monde, dans sa livraison du week-end du 20, met l'accent sur un événement passé quelque peu inaperçu : la décision prise dans son principe lors de la dernière session du conseil d'association UE/Israël en août, et précisée dans ses modalités au conseil des affaires générales et des relations extéireures (conseil qui réunit les ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept) le 8 décembre dernier d'élever substantiellement le niveau des relations entre l'UE et Israël.
L'accord agréée (sous forme d'orientations générales, qui ne nécessite pas de signature formelle ni d'approbation des parlements) mérite d'être lu, car il va très loin. C'est un accord essentiellement politique, qui rapproche Israël des instances de décision de l'Union.
http://www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/gena/104570.pdf
Israel obtient ainsi un traitement particulier, avec des consultations séparées bilatérales avec l'UE avant toute réunion politique de niveau ministériel et  tout sommet dans le cadre des  consultations prévues au titre de l'UPM (Union pour la Méditerranée). Certes, la précaution oratoire de la base ad hoc ( ces consultations ne sont pas prévues comme une obligation, mais comme une possibilité) est là, mais connaissant la pugnacité des diplomates israéliens (et la mollesse des diplomates européens, dont la figure de Solana représente comme une caricature, toujours gênés par la nécessité de s'entendre à Vingt-Sept), on peut être quasi assurés que ces consultations auront lieu de manière systématique. Au grand dam des "autres" partenaires méditerranéens, qui demanderont, à juste titre,  le même traitement.
Plus intrusif, la possibilité d'entendre des représentants israéliens au Comité politique et de sécurité (cops), soit l'organe où les questions de sécurité et de défense sont discutées, le "noyau dur" de la PESD. Ca n'a l'air de rien, mais pratiquement, cela signifie que chaque fois que les Vingt-Sept voudront discuter de la situation au Proche-Orient, ils devront accepter d'entendre avant et peut-être pendant, la version israélienne des choses. Car les Israéliens seront bien sûr informés de l'agenda des points discutés, il y a parmi les Vingt-Sept suffisamment de pays prêts à beaucoup pour complaire au Grand Allié, qui saura lui aussi utiliser ce canal de communication et d'influence.
L'Ue ouvrira aux Israéliens la possibilité de participer aux missions civiles qu'elle monte dans le cadre de la PESD. Au plan des relations internationales, et de la participation d'Israël aux Organisation Internationales; elle s'engage à favoriser la présence d'Israél dans ces Organisations (on sait que cette présence pose très souvent problème); elle cède enfin, dans les enceintes onusiennes, à une ancienne revendication d'Israël de sièger au groupe dit du WEOG (qui regroupe des pays "occidentaux"). 
On le voit, cet accord aboutit à conférer un statut particulier à Israël dans les domaines de la politique de sécurité de l'UE.
Par ailleurs le texte agréé lors du Conseil affaires générales et politique extérieure prévoit une participation d'Israél aux programmes communautaires existants et donne mandat à la Commssion d'oeuvrer en ce sens.

Israël est lié à l'UE par un accord d'association datant de 1995. Cet accord institue pratiquement une zone de libre échange entre Israël et les pays de l'UE ainsi que des consulations régulières dans le cadre d'un Conseil d'association (qui a tenu sa dernière réunion sous présidence française en août dernier). Un Plan d'action a été adopté en 2007 qui fixe la feuille de route des progrès à accomplir dans tous les domaines de la relation. Un accord aérien vient d'être conclu qui étend à Israël le régime de liberté et de dérégulation relative déjà en vigueur dans l'espace transatlantique. Un autre prévoit la possibilité d'ouvrir les marchés publics des télécoms aux deux marchés (les Israéliens ont des PME très performantes dans les domaines de l'informatique -logiciels, préiphériques de systèmes complexes- avec très souvent, des tarifs très compétitifs).
Qui se plaindrait d'un renforcement des relations avec un partenaire commercial aussi actif, et que, comme l'indique le communiqué de presse cité plus haut, les relations de l'UE avec Israël soient hissées au niveau de celui que chacun des Etats membres entretient avec ce pays? Mais jusqu'où veut-on aller avec Israël? Et d'autre part, et surtout, tout ce que l'on fait comme pas en avant avec ce pays, doit être mesuré à l'aune que l'on souhaite jouer dans la contribution au règlement du conflit Israël-Palestine.      

Or, on le voit, la relation UE/Israël se poursuit désormais indépendamment des fluctuations sur le terrain du conflit. Pour Israël, avoir réussi ce "tour de force" est une grande victoire. Après cela, le langage adopté par les Vingt-Sept sur le conflit peut être très dur, notamment sur le chapitre des colonisations, et c'est le cas comme on peut le lire dans le compte rendu du conseil affaires générales cité plus haut, cette vigueur verbale ne trompe personne, chacun jugeant l'autre à ses actes.
Il est dommage que l'un des épisodes marquants de cette évolution se soit déroulé sous la présidence française.  

Notons que l'Ue adopte une attitude symétrique vis à vis du Hamas : condamnation en paroles, soutien dans les faits -au nom de l'impératif humanitaire-, alors que le Hamas, porteur d'une idéologie destructrice et objectivement "fasciste", devrait être combattu comme le principal obstacle, du côté palestinien, à une paix véritable, et récusé en tout état de cause comme un partenaire possible pour quoi que ce soit (y compris la distribution de l'aide humanitaire). Or, tant que l'argent du contribuable européen* continuera de servir de "planche de survie" au régime dictatorial qui opprime les populations de Gaza, une fois de plus prises en otage, dans un combat qui les dépasse, les faucons israëliens auront beau jeu de soutenir que décidément rien n'est possible avec les Palestiniens.
Ce qui est fondamentalement à revoir, du côté de l'UE, est l'attitude vis à vis des protagonistes du conflit. L'UE se contente trop souvent d'être le "tiroir caisse "des uns et des autres, et de suivre passivement les orientations des Etats-Unis. Alors qu'elle pourrait, en usant de vrais contreparties, (pas d'argent, pas de rapprochement politique, si vous ne faites pas une vraie politique de paix -avec, du côté israélien arrêt des colonisations, démantèlement du mur, et du côté palestinien, arrêt des violences et renonciation au thème du droit au retour intégral), jouer un rôle moteur.  
Depuis vingt-cinq ans que les Etats-Unis ont prétendu, avec l'appui intéressé d'Israël, être la seule solution possible dans ce conflit, on voit désormais que la carte aaméricaine n'est pas en mesure,avec toute la force de la première puissance militaire de la planète, d'intervenir de manière efficace -c'est-à-dire équilibrée- dans ce conflit.
M. Obama ne changera rien à cette donnée de fait.  Seule l'UE peut, si elle le veut, car elle n'a pas avec Israël les liens que les Etats-Unis ont avec ce pays, pousser les partenaires à s'entendre sur la base minimale d'un accord (déjà aux trois quarts formalisé). Encore faut-il qu'elle ose assumer ses responsabilités, et que les Etats-Unis, reconnaissant l'impossibilité pour eux de jouer le rôle d'arbitre unique, l'acceptent. Et nous n'en sommes pas encore là...  
Disons à ce stade, que le dernier accord passé avec les Israéliens ne contribue pas à une telle avancée...Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il a été l'un des éléments de l'aggravation dramatique récente de la situation sur place, mais au moins  il n'a pas réussi à l'empêcher...

* = celui des pays arabes est beaucoup plus chichement -et sagement- distribué. Eux connaissent ce qu'est le Hamas, la biographie de ses dirigeants, ses buts, ses soutiens cachés.   
les "faucons" israéliens auront beau jeu de