faillite morale, régression mentale : un identique refus de l'autre.
L'Etat d'Israël a, depuis l'intervention de l'été 2006 au sud-Liban, franchi une étape dans l'affirmation sans retenue de sa suprématie militaire, violant toutes les règles de la proportionnalité, qui doivent régir les relations du fort au faible, y compris sur le plan militaire. L'opération "plomb durci" en est un nouvel exemple.  En même temps, son armée, dont on voit désormais qu'elle fait la guerre à l'américaine, avec les armes sophistiquées "dernière génération" que lui livrent, de manière totalement irresponsable, les Américains, se gêne de moins en moins pour faire triompher ses vues...en début de conflit en tout cas.  Fondamentalement, ce qui triomphe, derrière les postures tantôt jusqu'au-boutistes ( "ce sera un combat au finish", "la guerre sera longue"...comme si Israël, avec son armée de réservistes pouvait se permettre une guerre longue), tantôt réalistes, en fonction des froncements de sourcil des Occidentaux et de l'opinion publique mondiale -dont Israël ne peut s'affranchir totalement-, c'est l'attitude de mépris du colon pour le colonisé, du "civilisé" pour "l'esclave", le citoyen de seconde zone, que le citoyen israëlien peut désormais ne plus avoir, grâce au mur, au recrutement de travailleurs du monde entier (TPP = tout plutôt que le Palestinien) à rencontrer dans sa vie quotidienne, qu'il a évacué de son champ mental (croit-il...).
Sinon, le gouvernement de Tel-Aviv se serait soucié d'exploiter politiquement le coup de boutoir lancé à Gaza contre le Hamas, en donnant quelques signes de nature à renforcer la légitimité du régime de Ramallah, qu'il tient à bout de bras, comme la suppression temporaire des check points internes, le versement anticipé des reversements de taxes etc...Il n'en a rien été, parce que fondamentalement, les Palestiniens sont en dehors du champ mental des Israëliens. Le mur est entré dans les têtes, et c'est le pire. 
La faillite morale précède toujours les échecs sur le terrain. Nous, coloniaux, qui avions "gagné" la guerre d'Algérie, le savons bien : les peuples pardonnent à la rigueur le sang versé, car comme disait de Gaulle, "le sang sèche vite", ils peuvent, avec le temps, oublier les injustices, mais ils ne pardonnent pas l'humiliation, le mépris. Jamais. C'est ainsi.
De l'autre côté, c'est la haine qui l'emporte, et son cortège de violences et de régression mentale, avec le repli sur l'identitaire et l'extrêmisme religieux. Le Hamas prospère sur ce fumier. Les attentats contre les civils, avec les kamikaze, vont très certainement reprendre. Et les Palestiniens, pourtant jadis un des peuples avec un niveau d'éducation les plus élevés au monde,  s'enfoncent dans la désespérance, l'ennui, le chomâge, l'inutilité. L'exil deviendra la seule option pour les plus jeunes et les plus déterminés à ne pas pourrir sur place. 
Pour une "réconciliation" des deux peuples, il est trop tard. Aussi la seule solution réside-t-elle dans un retour aux schémas donnant la priorité aux arrangements régionaux, renforçant les Etats existants comme acteurs de la solution: redonner à la Jordanie la Cisjordanie, ce qui ne serait qu'un retour à la situation d'avant 1967, avec un statut d'autonomie pour la partie palestinienne, rendre Gaza à l'Egypte, faire la paix avec la Syrie, ce qui implique de solides garanties sur le Golan rendu à la Syrie et démilitarisé. Ce qui implique aussi un statut pour les Lieux Saints garantissant leur libre accès. 
 Tout cela ne se fera pas sans une forte implication internationale.  Celle-ci a quelques moyens d'action et de pression, pour peu qu'elle parvienne à s'entendre sur les objectifs. On oublie trop souvent que la Palestine est la région la plus aidée du monde. Les Palestiniens se sont installés très inconfortablement, c'est un fait, dans la situation d'assisté structurel et ce depuis 60 ans. Une organisation des Nations Unies leur est spécialement consacrée, avec un budget d'environ 250M. de $ par an, l'UNRWA. L'UE lui consacre chaque année un budget d'environ 100M.€ (bien moins c'est vrai que les 400 millions mis sur le Kosovo...), Le maintien de ce statut d'assisté évite de poser toute une série de questions gênantes, comme celle de la question de l'intégration des Palestiniens dans les pays d'accueil, là aussi depuis 60 ans, la suppression des camps, foyers pour le terrorisme. Quant à la pression sur Israël elle est possible aussi, dès lors que les objectifs sont aussi clairement tracés : la paix, la reconnaissance régionale. Paix qui passe par un arrangement régional, et non par des négociations avec l'Autorité palestinienne. Avis à M. Obama : c'est un Holbrooke, et non un aimable politicien comme George Mitchell (74 ans)*, qu'il faut pour mener, de la main de fer qu'on lui connait et avec la dose suffisante de testostérone, ces négociations...        
 

*= dont la compétence sur le sujet n'est pas en cause (il connaît parfaitement le dossier, a été la cheville ouvrière du rapport du sénat sur les origines de l'Intifada). Mais dans une affaire comme celle-là, la compétence ne suffit pas.