Gaza
Par naiko le dimanche 25 janvier 2009, 20:39 - diplomatie - Lien permanent
L'opération "Plomb durci" n'a fait qu'empirer la situation à Gaza, sans résoudre le problème qu'elle était censée régler : le Hamas n'a pas été durablement affaibli.
faillite morale, régression mentale : un identique refus de
l'autre.
L'Etat d'Israël a, depuis l'intervention de l'été 2006 au sud-Liban, franchi
une étape dans l'affirmation sans retenue de sa suprématie militaire,
violant toutes les règles de la proportionnalité, qui doivent régir les
relations du fort au faible, y compris sur le plan militaire. L'opération
"plomb durci" en est un nouvel exemple. En même temps, son armée, dont on
voit désormais qu'elle fait la guerre à l'américaine, avec les armes
sophistiquées "dernière génération" que lui livrent, de manière totalement
irresponsable, les Américains, se gêne de moins en moins pour faire triompher
ses vues...en début de conflit en tout cas. Fondamentalement, ce qui
triomphe, derrière les postures tantôt jusqu'au-boutistes ( "ce sera un
combat au finish", "la guerre sera longue"...comme si Israël,
avec son armée de réservistes pouvait se permettre une guerre longue), tantôt
réalistes, en fonction des froncements de sourcil des Occidentaux et de
l'opinion publique mondiale -dont Israël ne peut s'affranchir totalement-,
c'est l'attitude de mépris du colon pour le colonisé, du
"civilisé" pour "l'esclave", le citoyen de seconde zone, que le citoyen
israëlien peut désormais ne plus avoir, grâce au mur, au recrutement
de travailleurs du monde entier (TPP = tout plutôt que le Palestinien) à
rencontrer dans sa vie quotidienne, qu'il a évacué de son champ mental
(croit-il...).
Sinon, le gouvernement de Tel-Aviv se serait soucié d'exploiter politiquement
le coup de boutoir lancé à Gaza contre le Hamas, en donnant quelques signes de
nature à renforcer la légitimité du régime de Ramallah, qu'il tient à bout
de bras, comme la suppression temporaire des check points internes, le
versement anticipé des reversements de taxes etc...Il n'en a rien été, parce
que fondamentalement, les Palestiniens sont en dehors du champ mental des
Israëliens. Le mur est entré dans les têtes, et c'est le pire.
La faillite morale précède toujours les échecs sur le terrain. Nous, coloniaux,
qui avions "gagné" la guerre d'Algérie, le savons bien : les
peuples pardonnent à la rigueur le sang versé, car comme disait de Gaulle,
"le sang sèche vite", ils peuvent, avec le temps, oublier les injustices, mais
ils ne pardonnent pas l'humiliation, le mépris. Jamais.
C'est ainsi.
De l'autre côté, c'est la haine qui l'emporte, et son cortège de violences
et de régression mentale, avec le repli sur l'identitaire et l'extrêmisme
religieux. Le Hamas prospère sur ce fumier. Les attentats contre les
civils, avec les kamikaze, vont très certainement reprendre. Et les
Palestiniens, pourtant jadis un des peuples avec un niveau
d'éducation les plus élevés au monde, s'enfoncent dans la
désespérance, l'ennui, le chomâge, l'inutilité. L'exil deviendra la seule
option pour les plus jeunes et les plus déterminés à ne pas pourrir sur
place.
Pour une "réconciliation" des deux peuples, il est trop tard.
Aussi la seule solution réside-t-elle dans un retour aux schémas donnant la
priorité aux arrangements régionaux, renforçant les Etats existants comme
acteurs de la solution: redonner à la Jordanie la Cisjordanie, ce qui ne serait
qu'un retour à la situation d'avant 1967, avec un statut d'autonomie pour
la partie palestinienne, rendre Gaza à l'Egypte, faire la paix avec la Syrie,
ce qui implique de solides garanties sur le Golan rendu à la Syrie et
démilitarisé. Ce qui implique aussi un statut pour les Lieux Saints
garantissant leur libre accès.
Tout cela ne se fera pas sans une forte implication
internationale. Celle-ci a quelques moyens d'action et de
pression, pour peu qu'elle parvienne à s'entendre sur les objectifs. On oublie
trop souvent que la Palestine est la région la plus aidée du monde. Les
Palestiniens se sont installés très inconfortablement, c'est un fait, dans la
situation d'assisté structurel et ce depuis 60 ans. Une organisation des
Nations Unies leur est spécialement consacrée, avec un budget d'environ 250M.
de $ par an, l'UNRWA. L'UE lui consacre chaque année un budget d'environ 100M.€
(bien moins c'est vrai que les 400 millions mis sur le Kosovo...), Le maintien
de ce statut d'assisté évite de poser toute une série de questions
gênantes, comme celle de la question de l'intégration des Palestiniens dans les
pays d'accueil, là aussi depuis 60 ans, la suppression des camps, foyers pour
le terrorisme. Quant à la pression sur Israël elle est possible aussi, dès lors
que les objectifs sont aussi clairement tracés : la paix, la reconnaissance
régionale. Paix qui passe par un arrangement régional, et non par des
négociations avec l'Autorité palestinienne. Avis à M. Obama : c'est un
Holbrooke, et non un aimable politicien comme George Mitchell (74
ans)*, qu'il faut pour mener, de la main de fer qu'on lui connait et avec
la dose suffisante de testostérone, ces
négociations...
*= dont la compétence sur le sujet n'est pas en cause (il connaît parfaitement le dossier, a été la cheville ouvrière du rapport du sénat sur les origines de l'Intifada). Mais dans une affaire comme celle-là, la compétence ne suffit pas.
Commentaires
Bonsoir,
Excusez la pollution de votre article par mon commentaire hors sujet, mais je voulais vous transmettre mes meilleurs vœux (oui, être en retard me caractérise parfaitement.) et vous remercier encore pour vos articles, qui m'offrent encore un relatif point d'ancrage dans la réalité actuelle, tandis que je m'éloigne dans les limbes tourmentées des névroses fondées dans la surconsommation de caféine !
Merci, donc ! Et bonne continuation.