dispersée...Celle de Bergé-Saint-Laurent. Le petit Landernau du marché de l'art ne parle plus que de cela. La collection sera donc vendue, et la vente, conduite par Chrisitie's, aura lieu au Grand Palais...Un événement..Une catastrophe pour l'art et pour le pays. Quel dommage! Quelle perte!


Une collection, ce n'est pas simplement l'accumulation d'oeuvres, aussi intéressantes, uniques et belles soient-elles chacune séparément. C'est le choix, le rapprochement des oeuvres, l' écho qu'elles se renvoient les unes aux autres, et le langage qu'elles portent sur le(s) collectionneur(s) qui les a achetés. Comme le dit si bien M. Bergé lui-même:"nos choix se sont complétés. Nous avons ainsi construit une oeuvre partagée, tant il est vrai qu'une collection est véritablement une oeuvre".*
Aussi fallait-il tout faire, faut-il tout faire, (car il n'en n'est pas encore trop tard), d'un point de vue patrimonial, pour qu'elle demeure un ensemble uni, et qu'elle reste en France. L'Etat, par l'entremise de Mme Albanel, a-t-il cherché une transaction avec M. Bergé?  Il est vrai que ce grand Français s'est dédouané de ce point de vue, en faisant don au Musée du Louvre d'un splendide Goya, lePortrait de Don Luis Maria de Cistué ...Etait-ce assez? Etait-il impossible de lui offrir un lieu prestigieux pour héberger une telle collection?  Pouvait-on, peut-on encore, faire jouer la préemption? Rappelons qu'aux termes de la loi de 1922 modifié 2000, "L'État peut exercer, sur toute vente publique d'oeuvres d'art ou sur toute vente de gré à gré d'oeuvres d'art réalisée dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article 9 de la loi no 2000-642 du 10 juillet 2000 portant réglementation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques, un droit de préemption par l'effet duquel il se trouve subrogé à l'adjudicataire ou à l'acheteur". Le coût estimé de la vente tourne aux alentours de 300 Millions d'€, et c'est donc le prix que devrait débourser l'Etat pour acheter le tout. Mais, franchement ça les vaut. Pensons-y : à propos d'une collection comme celle de Bergé- Saint Laurent (personnalité géniale dont on parlera encore dans deux siècles), nos descendants nous reprocheront notre attentisme. C'est un devoir que nous avons aussi vis à vis d'eux. M. Sarkozy, prenez en charge de grâce, cette affaire! Usez de votre "droit de grâce" artistique..au nom de la France, et de l'Art!   

* = livraison de février de Connaissance des Arts.