"retour" plénier de la France dans l'OTAN (suite)
Par naiko le dimanche 15 février 2009, 18:51 - diplomatie - Lien permanent
Le débat sur le retour de la France dans l'OTAN s'est enrichi ces derniers
temps de l' intervention du Président Sarkozy et de celle d'autres
leaders comme le vice-président des Etats-Unis Joe Biden, Angela
Merkel, et de bien d'autres à la Werkunde de Münich, sorte de
Davos politico-militaire. Sarkozy y a confirmé le plein retour de la
France dans l'ensemble des structures de l'OTAN, y compris le
commandement intégré. Parallèlement, comme on sait, le président français
et la chancelière ont co-signé un article substantiel dans le Monde, consacré
aux questions de sécurité, centré sur la relation entre l'UE et l'OTAN,
l'importance d'en concrétiser la complémentarité, en installant ainsi le
"couple" franco-allemand comme garant du développement futur de cette
relation, et annonçant comme symbole de l'amitié franco-allemande,
l'installation d'un élément de la brigade franco-allemande en France (à
quelques kilomètres de la frontière...). On retiendra de l'article,
ainis que des allocutions des deux leaders à Munich, avant tout la
réponse positive à l'offre de la Russie d'un dialogue de fond sur
l'architecture de sécurité en Europe (et de l'Europe?), dialogue
auquel l'UE en tant que telle est invitée par la France et l'Allemagne,
à participer dès la reprise du dialogue stratégique entre entre les
Etats-Unis et la Russie (une telle invite semble aller de soi, mais on peut
mesurer le chemin parcouru en quinze ans, car des tels propos dans la bouche
d'un dirigeant allemand, même "coaché" par un Français eût été impensable il y
a quinze ans : les questions de sécurité, la relation avec la Russie étaient
des sujets à traiter sous le couvert de l'OTAN, ou en bilatéral dans un langage
pré-arrangé avec les Etats-Unis). On regrettera aussi de ce discours trois
omissions :
-l'absence d'engagements concrets sur le renforcements des
moyens consacrés à la défense, sur le rapprochement des concepts de défense des
deux nations encore extrêmement différents -en attendant d'avoir un seul
concept (ou noyau de concept) pour l'ensemble de l'UE-,
- le vague des modalités concrètes de la relation entre l'OTAN et
l'UE, qui passerait pour devenir une réalité tangible, par
l'institutionnalisation du double pilier, au sein de l'organisation, seule
manière de résoudre la dualité des missions de l'OTAN et de la "PESD"
(politique européenne de sécurité et de défense) de l'UE. Le coup de sonde
en ce sens, lancé par le chancelier Schroeder, à Munich en 2005, est resté sans
écho -il faut dire que, là dessus, l'engagement en Afghanistan a changé les
priorités au sein de l'OTAN. Sur les blocages qui
empêchent jusqu'à présent un accord entre l'OTAN et l'UE
(indispensable, car lorsqu'on parle des membres européens de l'OTAN et de l'UE
et de leurs forces armées, on parle des mêmes qui pour l'instant, et de
manière tout à fait schizophrénique, "servent deux fois" si on peut dire, par
exemple lorque l'OTAN crée sa force de réaction rapide, et l'UE les groupements
tactiques interarmées ), "Sarko" et "Angela" restent restent généraux dans
leur papier commun, alors que Mme Merkel n'hésite pas, dans son intervention, à
citer nommément Chypre, et la Turquie. De quoi s'agit-il? Depuis l'entrée
de Chypre et Malte dans l'Union européenne en 2004, la Turquie invoque
l'absence d'accord de sécurité sur l'échanges de données classifiées entre les
deux pays et l'OTAN pour refuser leur participation aux réunions sur les
opérations « Berlin plus », la conclusion d'un tel accord avec Chypre
étant hypothétique compte tenu de l'absence de règlement du différend entre
Ankara et Nicosie. Mais en réalité, Chypre n'est pas membre de l'OTAN, et c'est
donc la Turquie qui est en cause, et on rappellera à ce sujet que la Turquie
n'a toujours pas signé l'accord qui reconnait
-indirectement- l'existence de Chypre en tant qu'Etat, un Etat dont
il faut encore une fois rappeler que l'armée turque occupe plus de 30% du
territoire en toute illégalité internationale;
- le silence pudique sur l'arsenal nucléaire. Il est étrange
que le Président français se soit contenté sur ce sujet extrêmement délicat,
mais extrêmement fondamental, d'une simple référence au dialogue
entre les Etats-Unis et la Russie sur la réduction des arsenaux nucléaires
stratégiques, sans mention de la dissuasion nucléaire française, comme
élément "pivotal" de la sécurité de l'Europe.
Quant aux conditions posées par le Président Sarkozy pour compléter le
retour de la France dans l'OTAN, on se demande en quoi elles ont été
satisfaites : on l'a vu, dans les précédents billets, la rénovation de
l'OTAN, est pour demain ou après demain avec l'élaboration du nouveau
concept stratégique -et sur ce que nous souhaitons vraiment, nous sommes restés
dans le vague. La presse indique que la France obtiendrait
deux commandements : un à Norfolk (dans l'état-major
général en charge plus spécifiquement de la "transformation" de
l'OTAN..contrairement à ce qu'estime le journaliste du Monde, il s'agit d'un
poste très important, à moyen terme en tout cas) et celui du commandemement du
"flanc atlantique sud" -à Lisbonne-. Il n'est pas question de
lui attribuer par exemple le poste du SACEUR, confié à un Européen que les
Britanniques se sont de tout temps réservé (et qui est très important, car en
cas d'opération ménée par l'UE avec les moyens de l'OTAN, c'est ce commandant
qui en vertu des accords de "Berlin plus" prend la direction
d'une opération "UE", et c'est ce qui s'est passé les deux fois où "B+" a
été utilisé : en Bosnie, et en Macédoine). Mais, c'est bien mal
analyser la demande française de "rénovation" que de la réduire à une demande
de postes...Ce fut une d'ailleurs des causes l'échec de la tentative de
réintégration de Chirac en 1997.
Tout cela est très compliqué, et la vérité, c'est que l'OTAN en tant
qu'organisation, est très mal connue en France, et même de la part des
responsables politiques. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle gagne à
être connue...Si on en a la patience, on lira avec intérêt le remarquable
rapport de synthèse établi par la parlementaire islandaise Raghneidur Arnadotty
(oui l'Islande est membre de l'OTAN, et ce depuis les tout débuts...à cause de
sa base à l'époque vitale pour les bombardiers lourds américains) qui fait
un point très précis sur la situation capacitaire de l'OTAN, ses manques, ses
besoins les plus pressants http://www.nato-pa.int/Default.asp?SHORTCUT=1474.