Le débat sur le retour de la France dans l'OTAN s'est enrichi ces derniers temps de l' intervention du Président Sarkozy et de celle d'autres leaders comme le vice-président des Etats-Unis Joe Biden, Angela Merkel, et de bien d'autres  à la Werkunde de Münich, sorte de Davos politico-militaire. Sarkozy y a confirmé le plein retour de la France dans l'ensemble des structures de l'OTAN, y compris le commandement intégré. Parallèlement, comme on sait, le président français et la chancelière ont co-signé un article substantiel dans le Monde, consacré aux questions de sécurité, centré sur la relation entre l'UE et l'OTAN, l'importance d'en concrétiser la complémentarité, en installant ainsi le "couple" franco-allemand comme garant du développement futur de cette relation, et annonçant comme symbole de l'amitié franco-allemande, l'installation d'un élément de la brigade franco-allemande en France (à quelques kilomètres de la frontière...). On retiendra de l'article, ainis que des allocutions des deux leaders à Munich,  avant tout la réponse positive à l'offre de la Russie d'un dialogue de fond sur l'architecture de sécurité en Europe (et de l'Europe?), dialogue auquel l'UE en tant que telle est invitée par la France et l'Allemagne, à participer dès la reprise du dialogue stratégique entre entre les Etats-Unis et la Russie (une telle invite semble aller de soi, mais on peut mesurer le chemin parcouru en quinze ans, car des tels propos dans la bouche d'un dirigeant allemand, même "coaché" par un Français eût été impensable il y a quinze ans : les questions de sécurité, la relation avec la Russie étaient des sujets à traiter sous le couvert de l'OTAN, ou en bilatéral dans un langage pré-arrangé avec les Etats-Unis). On regrettera aussi de ce discours trois omissions :
-l'absence d'engagements concrets sur le renforcements des moyens consacrés à la défense, sur le rapprochement des concepts de défense des deux nations encore extrêmement différents -en attendant d'avoir un seul concept (ou noyau de concept) pour l'ensemble de l'UE-,
- le vague des modalités concrètes de la relation entre l'OTAN et l'UE, qui passerait pour devenir une réalité tangible, par l'institutionnalisation du double pilier, au sein de l'organisation, seule manière de résoudre la dualité des missions de l'OTAN et de la "PESD" (politique européenne de sécurité et de défense) de l'UE. Le coup de sonde en ce sens, lancé par le chancelier Schroeder, à Munich en 2005, est resté sans écho -il faut dire que, là dessus, l'engagement en Afghanistan a changé les priorités au sein de l'OTAN.   Sur les blocages qui empêchent jusqu'à présent un accord entre l'OTAN et l'UE (indispensable, car lorsqu'on parle des membres européens de l'OTAN et de l'UE et de leurs forces armées, on parle des mêmes qui pour l'instant, et de manière tout à fait schizophrénique, "servent deux fois" si on peut dire, par exemple lorque l'OTAN crée sa force de réaction rapide, et l'UE les groupements tactiques interarmées ), "Sarko" et "Angela" restent restent généraux dans leur papier commun, alors que Mme Merkel n'hésite pas, dans son intervention, à citer nommément Chypre, et la Turquie. De quoi s'agit-il?  Depuis l'entrée de Chypre et Malte dans l'Union européenne en 2004, la Turquie invoque l'absence d'accord de sécurité sur l'échanges de données classifiées entre les deux pays et l'OTAN pour refuser leur participation aux réunions sur les opérations « Berlin plus », la conclusion d'un tel accord avec Chypre étant hypothétique compte tenu de l'absence de règlement du différend entre Ankara et Nicosie. Mais en réalité, Chypre n'est pas membre de l'OTAN, et c'est donc la Turquie qui est en cause, et on rappellera à ce sujet que la Turquie n'a toujours pas signé l'accord qui reconnait -indirectement-  l'existence de Chypre en tant qu'Etat, un Etat dont il faut encore une fois rappeler que l'armée turque occupe plus de 30% du territoire en toute illégalité internationale;
- le silence pudique sur l'arsenal nucléaire. Il est étrange que le Président français se soit contenté sur ce sujet extrêmement délicat, mais extrêmement fondamental, d'une simple référence au dialogue entre les Etats-Unis et la Russie sur la réduction des arsenaux nucléaires stratégiques,  sans mention de la dissuasion nucléaire française, comme élément "pivotal" de la sécurité de l'Europe.

Quant aux conditions posées par le Président Sarkozy pour compléter le retour de la France dans l'OTAN, on se demande en quoi elles ont été satisfaites : on l'a vu, dans les précédents billets, la rénovation de l'OTAN, est pour demain ou après demain avec l'élaboration du nouveau concept stratégique -et sur ce que nous souhaitons vraiment, nous sommes restés dans le vague. La presse indique que la France obtiendrait deux commandements : un à Norfolk (dans l'état-major général en charge plus spécifiquement de la "transformation" de l'OTAN..contrairement à ce qu'estime le journaliste du Monde, il s'agit d'un poste très important, à moyen terme en tout cas) et celui du commandemement du "flanc atlantique sud" -à Lisbonne-. Il n'est pas question de lui attribuer par exemple le poste du SACEUR, confié à un Européen que les Britanniques se sont de tout temps réservé (et qui est très important, car en cas d'opération ménée par l'UE avec les moyens de l'OTAN, c'est ce commandant qui en vertu des accords de "Berlin plus" prend la direction d'une opération "UE", et c'est ce qui s'est passé les deux fois où "B+" a été utilisé : en Bosnie, et en Macédoine). Mais, c'est  bien mal analyser la demande française de "rénovation" que de la réduire à une demande de postes...Ce fut une d'ailleurs des causes l'échec de la tentative de réintégration de Chirac en 1997.  
Tout cela est très compliqué, et la vérité, c'est que l'OTAN en tant qu'organisation, est très mal connue en France, et même de la part des responsables politiques. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle gagne à être connue...Si on en a la patience, on lira avec intérêt le remarquable rapport de synthèse établi par la parlementaire islandaise Raghneidur Arnadotty (oui l'Islande est membre de l'OTAN, et ce depuis les tout débuts...à cause de sa base à l'époque vitale pour les bombardiers lourds américains) qui fait un point très précis sur la situation capacitaire de l'OTAN, ses manques, ses besoins les plus pressants  http://www.nato-pa.int/Default.asp?SHORTCUT=1474.