le "couple" : constat de divorce?
Par naiko le lundi 16 février 2009, 07:07 - économie - Lien permanent
La multiplication des gestes d'amitié à portée symbolique,
comme celle, annoncée récemment, de faire stationner un élément de la
brigade franco-allemande à Altkich, en Alsace, n'y fait rien : le couple
franco-allemand bat de l'aile. Tantôt espérée, redoutée, selon l'angle de vue,
la fin du "pacte fondateur" est désormais une réalité. Le mariage il est vrai a
toujours été un mariage de raison, davantage que de passion, ou même de simple
attrait mutuel. Comme ces brillants médecins ayant épousé du temps de
leurs débuts l'infirmière du service où ils travaillaient comme interne, voient
de plus en plus dans l'épouse un peu fanée et avachie le souvenir de débuts
modestes qu'il souhaitent oublier, l'Allemagne de 2009 n'est pas celle de
1963-date officielle du mariage-, ni celle de 1989- date de la
réunification-.
Alors, plutôt que de refouler les frustrations en taisant les différends,et en
les masquant sous les fausses embrassades, il serait bon de
dresser un honnête et sévère bilan. Que veut-on faire ensemble? La
"construction européenne", jusqu'à présent la dot commune, est-elle toujours
un objectif? Il faut le dire bien clairement : l'attitude de l'Allemagne
en ce moment (et ce n'est pas nouveau, cela remonte à la fin des années
90, avec le redressement de la compétitivité allemande faite sans
concertation et aux frais des autres partenaires européens) qui consiste
à s'opposer à toute vraie politique européenne concertée de lutte contre la
crise économique actuelle, est grosse de conséquences extrêmement
graves, et pour tout dire suicidaire. On invoque à tort à et à travers
le précédent de 1930, mais nos dirigeants devraient alerter les opinions
publiques européennes sur les risques mortels pour l'Europe de la politique
actuelle de l'autruche. Le principal obstacle à une vraie
stratégie européenne de crise, c'est l'Allemagne, avec les seconds
couteaux qu'elle agite à sa main, comme les Tchèques. Alors, il faut le dire
nettement, lors de la prochaine réunion exceptionnelle du conseil
européen.
Ce qui se profile désormais, c'est le "décricotage" de tout le travail
patiemment accompli ces dernières décennies. Les périodes de crise sont des
moments d'accélération de l'histoire, et ceux qui ne bougent pas, ou trop peu
ou pas assez vite, sont laissés sur le bord du chemin, les acteurs, ceux qui
agissent, en sortent renforcés, les autres affaiblis, c'est une loi de la vie.
Or l'UE n'est pas équipée pour les périodes de gros temps, car elle n'a pas de
vraie gouvernance, et elle ne se résigne même pas à en faire la constatation :
de ce point de vue, si nous avions le traité de Lisbonne, cela ne changerait
pas grand-chose, et c'est d'une réforme beaucoup plus fondamentale que nous
avons besoin. Mais qui la préconise? Qui en parle?
Le plan de relance de l'automobile français est certes aussi
un très mauvais avertissement, et nous aurions dû avoir un plan européen, dont
tout le monde a parlé durant des semaines, mais que personne à Bruxelles n'a
vraiment préparé, car l'UE n'a pas non plus d'outils de défense pour lancer une
politique industrielle, et apparemment, elle n'en souhaite pas. Elle ne peut
même pas emprunter pour lancer un grand emprunt européen...
La BCE, qui ne peut intervenir que via les marchés, mais ne
peut aller à la rescousse des Etats, alors que ce sont eux qui s'endettent en
ce moment, avec des risques qui risquent bientôt de devenir systémiques, va
devenir non la solution, mais le problème. Après nous avoir préservés
d'une crise bancaire et monétaire sans précédent, durant la première phase
-financière- de la crise, la BCE a toutes les chances en effet de ne
pouvoir faire grand-chose dans la deuxième phase : la phase économique. Elle
n'a qu'un mandat : lutter contre l'inflation. Dans une phase de récession,
voire de dépression, ce n'est pas très utile...Et que fera-t-elle en cas de
défaillance véritable d'un Etat de la zone euro? On sait que certains
comme la Grèce et l'Irlande sont très bousculés en ce moment. Que fait-on
ensemble pour s'y préparer? L'Allemagne, toute à ses dogmes, s'oppose même
à ce que l'Eurogroupe se réunisse au niveau approprié, c'est à dire celui des
responsables politiques! Cette cécité absolue de Mme
Merkel doit être d'abord désignée puis condamnée pour ce qu'elle
est. L'Allemagne est en campagne électorale et la politique
européenne doit s'inviter dans le débat démocratique. En bilatéral, le
CFMA (conseil des ministres franco-allemand) du 12 mars doit nous
servir à exposer clairement des positions franches. A faire connaître les
solutions que nous préconisons. A définir aussi un code de
conduite pour éviter à l'avenir les mauvais coups comme celui de
Siemens par exemple (qui en dit long sur l'état d'esprit réel outre-Rhin) :
certes, Siemens c'est le secteur privé, mais on voit bien les conséquences
ravageuses d'une concurrence qui va s'établir sans frein désormais entre
Siemens- ancien associé minoritaire d'Areva qui a claqué la porte parce qu'il
voulait le pouvoir et ne l'a pas obtenu- et Areva, dans un secteur
stratégique, avec des alliances géopolitiques, alors même que l'Allemagne
continue, chez elle, à repousser le recours au
nucléaire!