La multiplication des gestes d'amitié à portée symbolique, comme celle, annoncée récemment, de faire stationner un élément de la brigade franco-allemande à Altkich, en Alsace, n'y fait rien : le couple franco-allemand bat de l'aile. Tantôt espérée, redoutée, selon l'angle de vue, la fin du "pacte fondateur" est désormais une réalité. Le mariage il est vrai a toujours été un mariage de raison, davantage que de passion, ou même de simple attrait mutuel. Comme ces brillants médecins ayant épousé du temps de leurs débuts l'infirmière du service où ils travaillaient comme interne, voient de plus en plus dans l'épouse un peu fanée et avachie le souvenir de débuts modestes qu'il souhaitent oublier, l'Allemagne de 2009 n'est pas celle de 1963-date officielle du mariage-, ni celle de 1989- date de la réunification-. 
Alors, plutôt que de refouler les frustrations en taisant les différends,et en les masquant sous les fausses embrassades, il serait bon de dresser un honnête et sévère bilan. Que veut-on faire ensemble? La "construction européenne", jusqu'à présent la dot commune, est-elle toujours  un objectif? Il faut le dire bien clairement : l'attitude de l'Allemagne en ce moment (et ce n'est pas nouveau, cela remonte à la fin des années 90, avec le redressement de la compétitivité allemande faite sans concertation et aux frais des autres partenaires européens)  qui consiste à s'opposer à toute vraie politique européenne concertée de lutte contre la crise économique actuelle, est grosse de conséquences extrêmement graves, et pour tout dire suicidaire. On invoque à tort à et à travers le précédent de 1930, mais nos dirigeants devraient alerter les opinions publiques européennes sur les risques mortels pour l'Europe de la politique actuelle de l'autruche. Le principal obstacle à une vraie stratégie européenne de crise, c'est l'Allemagne, avec les seconds couteaux qu'elle agite à sa main, comme les Tchèques. Alors, il faut le dire nettement, lors de la prochaine réunion exceptionnelle du conseil européen.  

Ce qui se profile désormais, c'est le "décricotage" de tout le travail patiemment accompli ces dernières décennies. Les périodes de crise sont des moments d'accélération de l'histoire, et ceux qui ne bougent pas, ou trop peu ou pas assez vite, sont laissés sur le bord du chemin, les acteurs, ceux qui agissent, en sortent renforcés, les autres affaiblis, c'est une loi de la vie. Or l'UE n'est pas équipée pour les périodes de gros temps, car elle n'a pas de vraie gouvernance, et elle ne se résigne même pas à en faire la constatation : de ce point de vue, si nous avions le traité de Lisbonne, cela ne changerait pas grand-chose, et c'est d'une réforme beaucoup plus fondamentale que nous avons besoin. Mais qui la préconise? Qui en parle?
Le plan de relance de l'automobile français est certes aussi un très mauvais avertissement, et nous aurions dû avoir un plan européen, dont tout le monde a parlé durant des semaines, mais que personne à Bruxelles n'a vraiment préparé, car l'UE n'a pas non plus d'outils de défense pour lancer une politique industrielle, et apparemment, elle n'en souhaite pas. Elle ne peut même pas emprunter pour lancer un grand emprunt européen...
La BCE, qui ne peut intervenir que via les marchés, mais ne peut aller à la rescousse des Etats, alors que ce sont eux qui s'endettent en ce moment, avec des risques qui risquent bientôt de devenir systémiques, va devenir non la solution, mais le problème. Après nous avoir préservés d'une crise bancaire et monétaire sans précédent, durant la première phase -financière- de la crise, la BCE a toutes les chances en effet de ne pouvoir faire grand-chose dans la deuxième phase : la phase économique. Elle n'a qu'un mandat : lutter contre l'inflation. Dans une phase de récession, voire de dépression, ce n'est pas très utile...Et que fera-t-elle en cas de défaillance véritable d'un Etat de la zone euro? On sait que certains comme la Grèce et l'Irlande sont très bousculés en ce moment.  Que fait-on ensemble pour s'y préparer? L'Allemagne, toute à ses dogmes, s'oppose même à ce que l'Eurogroupe se réunisse au niveau approprié, c'est à dire celui des responsables politiques!  Cette cécité absolue de Mme Merkel doit être d'abord désignée puis condamnée pour ce qu'elle est.  L'Allemagne est en campagne électorale et la politique européenne doit s'inviter dans le débat démocratique.  En bilatéral, le CFMA (conseil des ministres franco-allemand) du 12 mars doit nous servir à exposer clairement des positions franches. A faire connaître les solutions que nous préconisons. A définir aussi un code de conduite pour éviter à l'avenir les mauvais coups comme celui de Siemens par exemple (qui en dit long sur l'état d'esprit réel outre-Rhin) : certes, Siemens c'est le secteur privé, mais on voit bien les conséquences ravageuses d'une concurrence qui va s'établir sans frein désormais entre Siemens- ancien associé minoritaire d'Areva qui a claqué la porte parce qu'il voulait le pouvoir et ne l'a pas obtenu- et Areva, dans un secteur stratégique, avec des alliances géopolitiques, alors même que l'Allemagne continue, chez elle, à repousser le recours au nucléaire!