A quelques heures du début de la "conférence du siècle", du G20 à Londres, la presse, internet, fournissent tous les élements de compréhension, et il n'est pas besoin d'en rajouter.  Quelles seront les conditions d'un travail réussi des Chefs d'Etat et de leurs sherpas?

Jean-Pierre Jouyet, dans une interview à la Fondation Schuman, plante d'utiles repères.
"A Londres, les politiques doivent se mettre d'accord sur des principes et un calendrier. C'est leur responsabilité. Aux régulateurs, ensuite, de négocier leur mise en œuvre. Plus le mandat sera clair, plus les régulateurs pourront avancer vite. Ce sera un travail de longue haleine, ne nous le cachons pas. Nous serons aidés pour le conduire à l'échelon européen par le nouvel état d'esprit dans lequel la Commission compte traiter ces sujets, et ce sans attendre son renouvellement, dans la foulée des recommandations du groupe Larosière".

Principes et calendrier. Serait-il irréaliste d'espérer aussi l'adoption de premières mesures? Après tout, à Washington, le 15 novembre, il y avait bien eu l'affirmation d'une suite de principes, et la déclaration, qui se déclinait en deux volets, comportait aussi un plan d'action. J'imagine- j'espère- que le document de Londres, partira d'une relecture du texte washngtonien. Le Président Sarkozy a placé la barre assez haut : il s'agit, ni plus ni moins, de changer les règles du jeu. Il a même fait dire, par la voix de sa ministre des finances, Mme Lagarde, qu'il ne signerait pas la déclaration si elle ne contenait pas de dispositions prévoyant la fin des paradis fiscaux... C'est en effet le test : jamais les circonstances ne seront plus favorables pour s'attaquer à ce trou noir de la finance. C'est aussi un moyen pour les Etats, qui en ont bien besoin en ce moment, de récupérer de l'argent.

Ce que l'histoire risque de surtout retenir de la Confrence de Londres, c'est l'entrée officielle de la Chine dans la cour des Grands de l'économie. Les Etats-Unis et son poisson pilote, la Grande-Bretagne, dont les méthodes financières de casino ont plongé le monde dans la crise, ne peuvent pas ne pas être les perdants de la crise. Contrairement à ce que souhaite et prétend son aimable Président, pour les Etats-Unis, Londres ne marquera pas le signal du retour du leadership américain, mais exactement son contraire. Car tôt ou tard, il faudra que les citoyens américains payent leurs excès "de table" , ce qui signifie pour le pays un appauvrissement global de plusieurs dizaines de milliards de dollars. L'Europe n'est pas à la table, il y a six leaders européens, chacun s'efforçant de jouer sa petite partition. L'Europe n'a pas de contre-modèle à proposer au capitalisme sauvage en procès demain. La "construction européenne", avec son marché unique, et son ouverture tous azimuts, son refus d'intégrer l'action publique de l'Etat, faute d'oser imaginer un Etat européen, n'est qu'une version "light" et un peu plus civilisée  de la version dégradée du capitalisme qui dirige le monde depuis une trentaine d'années.

La Chine apparait en pleine lumière : ses représentants, nombreux à Londres, parlent peu, mais s'efforcent à la responsabilité. Ils sont les seuls à avoir mentionné l'aspect monétaire de la question, oubliée, omise par tous les autres, alors que la condition d'un retour à la stabilité des échanges passe aussi par un retour à un équilibre monétaire global, et donc par la fin du dollar-roi (un roi sans contreparties, ni obligations). 
Les dénonciations incantatoires du "protectionnisme" dans lesquels vont se complaire les Anglo-Saxons  (et les Européens) vont aussi dans le sens de la Chine, devenue en vingt ans l'atelier du monde. Dénoncer le protectionisme c'est bien, mais de quel protectionnisme parle-t-on? Exiger une régulation écologique, sociale, à côté d'une régulation financière, est ce du protectionnisme? Le projet de Mme Merkel d'incrire à l'agenda de Londres la "croissance soutenue" (au sens anglais de sustainable) et d'en tirer les conséquences sur tous les plans, est-ce du protectionnisme?      

C'est là sans doute le principal danger couru à Londres : que les leaders, intoxiqués par l'habileté d'un Gordon Brown, comptable de la pérennité de la City, qui saura lâcher du lest sur l'accessoire, par le charme de Barack Obama, s'imaginent que, moyennant quelques accommodements visant à ajouter des garde-fous régulateurs ici et là, la machine va repartir "comme avant", et pourquoi pas, "encore mieux plus loin, plus fort".

Il y a trop de signes concomitants, dans tous les domaines, faisant apparaître cette crise pour ce qu'elle est vraiment, une crise de civilisation faisant éclater au grand jour les contradictions du système économique et social prédateur dominant, pour pouvoir s'imaginer faire l'économie d'une refondation en profondeur de la non-gouvernance mondiale actuelle.