Là j'exagère...Mais franchement, dites-moi, aimez-vous Noël et ses débauches d'achats obligatoires? Son répugnant étalage de matérialisme? Sa pléthore, chaque année croissante, de victuailles, dont une bonne partie finira dans les poubelles( quelle part, à propos, voilà une question intéressante). Oui, je sais, je réagirais différemment si j'étais commerçant. Noël, c'est aussi une manne attendue pour ceux qui vendent tous ces produits...

A quoi reconnaît-on l'arrivée de Noël de nos jours? A la prolifération, dès la deuxième moitié d'octobre, des publicités de parfum (et leur érotisme péniblement fabriqué) et de chocolat. A l'envahissement, quinze jours plus tard, des décorations noëlières, des bonnets de Père Noël sur les têtes des vendeuses (nouveau cela, cette prolifération des bonnets de Père Noêl dans l'espace public), des jouets sur les rayons, dans les grandes surfaces. Et cela va crescendo jusqu'à l'écoeurement final des derniers jours. Qu'est-ce qu'on célèbre à Noêl? Interrogez les enfants. Ils vous répondront tous : "le Père Noêl bien sûr"! Ce fameux personnage rougeaud, bouffi, (ré)inventé pour diffusion mondiale par les Américains d'après-guerre, est désormais le vrai personnage central de Noël. La grande question est alors pour les "zenfants", nos vrais maîtres : faut-il croire au Père Noël ou non? Existe-t-il? Et je pense qu'un sondage donnerait à ce sujet des résultats étonnants, l'âge de la révision fondamentale ne cessant de reculer. C'est à peu près la seule question métaphysique que nos chères têtes (ex) blondes sont invitées à se poser.

On dit alors, pour se dédouaner : Noël, c'est la fête des familles, des enfants, de l'innocence..Mais qu'est-ce qu'un enfant de nos jours, dans notre société? Qu'est-ce que l'innocence d'un petit être qui a déjà visionné, à l'âge de 6 ans, plus de deux mille meurtres sous toutes leurs formes, vu toutes les misères du monde à la télé aux nouvelles du soir, et tout le reste? On peut se poser la question. Trop souvent, de petits rois, durs, égoistes, tout à la satisfaction immédiate de leurs envies et désirs, désirs cultivés par les marketeurs et publicitaires, nos vrais maîtres? Et ne sommes nous pas, pour ces derniers, tous un peu des enfants? L'adulte, être responsable, espèce de plus en plus rare, tend à devenir un vieil enfant...Et ne parlons pas des seniors et ultra seniors...Tel reportage télé nous invitait hier à fêter le Père Noël dans une maison de retraite : on y voyait la dstribution de jouets à des grabataires nonagénaires et, après la part de bûche, la chanson "petit papa Noël" entonnée par tous les vieux...Sortez vos Kleenex...

La laïcité est un fantastique alibi chez nous, en France, (ailleurs c'est une autre problématique, celle de l'hypocrisie qui domine) pour évacuer toute préoccupation spirituelle de l'espace public, et social. Or, ce que devrait exprimer Noël comme message, c'est que "l'Homme ne vit pas que de pain"'. Que la société n'est pas qu'un amas de satisafactions individuelles, et personnelles. Que ce qui nous tient ensemble, nous empêche de nous entre-tuer, c'est autre chose, et pas seulement les "droits de l'Homme" ou l'accumulation des lois pondues comme des oeufs de Pâques par des Messieurs Dames dans des Hémicycles.

Un principe de Noêl a été sauvé du désastre, celui du partage. Mais c'est un peu comme l'inévitable avertissement que l'on lit partout désormais sur les publicités vantant tel ou tel nouveau dessert "bougez, évitez de manger sucré ou salé, mangez cinq fruits ou légumes par jour", soit le contraire de ce qui s'étale dans l'affiche ou sur l'écran. Une hypocrisie de plus. Notre société est riche, beaucoup plus riche en tout cas qu'il y a cinquante ans, mais dans les années cinquante on ne voyait pas tant de mendiants dans les rues...Le sdf n'était qu'un clochard, il n'avait pas vingt-cinq ans...Alors? L'explosion de la mendicité actuelle, (en dehors de mafias organisées de Roms ou Bosniaques qui relèvent d'une tout autre problématique) n'est-ce pas plutôt un révélateur des maladies de notre société, le signe d'une autre pauvreté plus essentielle, d'une misère ( la pauvreté ne s'étale pas, elle se dissimule, on la voit aux distributions de nourriture des restos du coeur, du secours populaire), affective, mentale, spirituelle?

Parlez de préoccupations de ce type à un politique, il ouvrira des yeux ronds (même s'il est, au fond, d'accord avec vous, car les hommes et femmes politiques sont dans leur grande majorité des gens plutôt plus dévoués et altruistes que les autres). Cela fait partie des tabous de notre époque. Surtout, ne jamais essayer d'élever le débat! Tapez, frappez, caressez, au-dessous de la ceinture, c'est là que se niche la vérité de notre condition de citoyens post-modernes. C'est ce qui permet à notre première chaine de télévision de programmer pour Noël, en soirée, désormais de manière habituelle et quasi rituelle, son "bêtisier". Quel aveu! Ce qu'on célèbre, c'est la bêtise générale, et il faut rire de tout, si possible avec vulgarité. Et Noël est le jour pour cela. Tout le monde a oublié l'évidence, qu'un Socrate rapelait aux citoyens d'Athènes pour leur plus grand déplaisir, que la démocratie est porteuse d'exigences plus fortes encoe que tout autre régime de vie en commun, sous peine, faute de quoi, de devenir la plus répugnante des tyrannies, celle de la démagogie, flattant l'Homme en ses plus bas instincts...Oui, nous avons des "bas instincts". Ils portent des noms répertoriés par une nuée de moralistes : gourmandise, paresse, luxure, égoïsme...J'utilise de tels mots, à dessein, car plus personne ne les emploie... Nous ne ferons pas l'économie de réflexions nouvelles - et collectives- sur les moyens à trouver pour que Noël redevienne un temps fort de notre vie en commun. Dans le respect de la diversité des croyances et opinions de chacun. Mais aussi dans celui de notre héritage. A chacun de s'y mettre!

Noël Le vrai Père du Père : Coca-Cola