Mme Lenoir, sur son blog, est pour une fois, sévère sur les résultats du "MSPHF" (mini-sommet pour happy few) de Berlin, en concluant que la montagne a accouché d'une souris.
On peut voir plusieurs problèmes dans cette réunion.
Sa configuration hasardeuse d'abord. Qui a été invité? A quel titre? Jusqu'à plus ample informé, les Vingt-Sept sont Vingt-Sept et pas Six. La réunion des Quatre membres européens du G8, organisée par la France, le 4 octobre, en anticipation de la réunion du G7 finances du 10 octobre, qui devait précéder celle du G-20 avait fait grincer de nombreuses dents de partenaires, dont particulièrement celles de Zapatero, qui avait obtenu un sommet des pays de l'eurogroupe, tenu le 12 octobre. La réunion des "Quatre" de G8 était injuste du point de vue de la solidarité communautaire, mais logique. Désormais, on navigue dans l'arbitraire. Pourquoi l'Espagne et ensuite les Pays-Bas? Mais alors pourquoi pas la Pologne et les autres aussi? N'oublions pas qu'en diplomatie, comme dans la vie personnelle, c'est la liste des invités et surtout de ceux qui ne le sont qui donne à une réunion, ou à un dîner, tout son sel. Rien ne vaut de bonnes règles bien connues à l'avance, et justifiables ensuite, faute de quoi on crée de durables frustrations.
Son contenu incertain
Que se sont dit les Six et leurs commensaux - le président de l'UE, l'ineffable Topolanek, les Présidents de la commission, de l'eurogroupe-? On ne sait pas très bien. En effet il n'y a pas eu de communiqué final. C'est donc un consensus mou et chancelant que lors de la confence de presse, les intervenants ont exprimé chacun à leur manière. M. Topolanek, retour de Berlin, ne s'est d'ailleurs pas privé d'ironiser devant les journalistes sur le manque d'entente chez les "grands"européens.
Nous voila donc obligés de nous fier au compte rendu dressé par le porte-parole allemand, compte rendu qui à ma connaissance n'existe qu'en allemand...Ce qui veut dire qu'il n' y a pas eu de texte agréé, et qu'"ils" étaient si peu d'accord que leurs sherpas n'ont même pas été capables de mitonner de texte à l'avance. Certes il s'agissait d'une réunion informelle, qui ne pouvait aboutir à des décisions. Il n'empêche qu'un accord des Six sur certaines mesures phare aurait été bien utile. Ce qui signifie que M. Gordon Brown a les mains à peu près libres pour préparer le sommet de Londres sans être par trop embarrassé par des engagements précis venant des partenaires de l'UE.
Les Six se sont entendus sur :
- le fait de confier au FMI et au Forum pour la
Stabilité financière -mis curieusement sur le même plan, ce qui
correspond à la philosophie américaine, mais pas en principe à celle des
Européens qui jusqu'à présent avaient privilégié le FMI, instance officielle et
universelle, à la différence du FSF, instance informelle, le soin de superviser
le plan d'action arrêté à Washnigton,
- la nécessité de disposer de mesures de régulation pour tous
les marchés financiers, qu'il s'agisse des produits ou des participants, y
compris les hedge funds et les sociétés de capital risque à potentialité de
risque systémique,
- l'intention de développer des mécanismes de sanction
afin d'être mieux protégés contre les risques émanant de juridictions non
coopératives, et particulièrement des paradis fiscaux. C'est sur ce point que
les Six ont apparemment été les plus "durs", comme le relève la presse, sur les
instances conjointes de la France et de l'Allemagne,
-de doter les banques de matelas de capitaux propres en mesure de
les protéger en cas de difficultés
- de soutenir au sommet de Londres le projet d'une charte de
l'économie durable (comme il y a le développement durable, il y aurait
une économie durable), qui empêcherait les excès des marchés tout en soutenant
les forces de l'économie de marché. C'est une grande et féconde idée, due à
Angela Merckel. Il faudra voir le contenu,
- de ne pas prendre de mesures durant la période de crise aigüe, qui
nuiraient en rien à la concurrence, ou qui seraient à caractère
protectionniste, et de mener à bien les négociations du cycle de Doha,
- de doubler les moyens d'intervention du FMI, afin de le mettre en mesure
d'aider de manière rapide et flexible, les Etats membres ayant des
difficultés de paiement.
Ces principes sont tous bons. Il reste à leur apposer un contenu...Et le tout en moins d'un mois! Le Président Sarkozy, sans doute déçu du peu de résultats concrets, a mis la barre très haut dans son intervention lors de la conférence de presse, et l'on pouvait deviner la moue désapprobatrice de certains, dont par exemple M. Juncker .
Mon commentaire sur l'article de Mme Lenoir:
Bravo Mme Lenoir! Le langage fort de la déclaration de Berlin, masque mal
en effet l'absence de propositions concrètes -à un mois du rendez-vous de
Londres. Si on veut à tout prix être optimiste, on retiendra peut-être les
engagements sur les paradis fiscaux, avec la promesse de sanctions
(lesquelles?). Mais, c'est un fait que l'UE est mal partie pour une "réforme de
fond en comble"..Le plus affligeant? L'attitude de la Commission qui devrait
fédérer, unifier les intiatives des Etats et qui trottine doucettement à la
traîne.