Preuve que les Russes veulent parler, et vite.
La proposition de l'ambassadeur russe auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozine, de tenir en urgence, soit demain mardi, une réunion consacrée à la situation en Géorgie. Le choix de l'enceinte proposée est intéressant, et pour tout dire surprenant.
L'OTAN...qui s'y serait attendu? 
Certes, il faut replacer la proposition dans son contexte: elle est une réponse à la demande géorgienne de réunion d'urgence de l'OTAN sur la guerre en Géorgie.
Mais on aurait pu aussi imaginer une non-réponse de la Russie, rejetant toute compétence de l'OTAN dans cette affaire.
Ceci nous confirme dans l'intuition que le fond de la question est, pour Moscou, celui de la relation Géorgie/OTAN, comme un des éléments clé du maintien de l'influence russe dans le Caucase
Il faut toujours se mettre dans la peau de la "personne en face" lorsqu'on veut examiner de manière raisonnable une situation, surtout lorsqu'il s'agit d'un conflit. Encore davantage lorsqu'il s'agit d'une guerre!
Que veulent les Russes? Quelles sont pour eux les lignes rouges?
Comment garantir le respect de l'intégrité territoriale et l'indépendance de la Géorgie? C'est cela que nous devons, nous Européens, qui  ne sommes pas impliqués directement dans le conflit, rechercher.
Dans la foulée de sa déclaration, Rogozine confirme des propos tenus antérieurement, mais qui n'avaient pas de valeur "officielle" : que, pour Moscou, M. Saakashvili n'est plus un interlocuteur valable. Il s'agit là d'une donnée qu'il conviendra de garder à l'esprit.
Car, au-delà du caractère inacceptable de propos tels que celui-ci (pratique condamnable, mais dont les Etats-Unis ont usé aussi dans le passé. On se souvient de l'ostracisme de Arafat dans les derniers temps), l'attitude invraisemblable du Président géorgien qui a lancé une guerre contre son peuple, guerre qu'il a perdue, le disqualifie effectivement pour toute négociation sur la suite et notamment le statut des deux provinces séparatistes.
Une transition en douceur associant des forces moins directement impliquées dans les solutions de force est à envisager. On peut d'ailleurs s'attendre à ce que, sur le plan politique intérieur, les conséquences soient tirées dans le cadre insitutionnel géorgien, sous une forme ou une autre qui ne regarde que les Géorgiens eux-mêmes.
Les membres occidentaux de l'OTAN seraient bien avisés de saisir l'occasion fournie par la proposition de l'Ambassadeur russe. 
Quant à l'Union Européenne, elle doit veiller à ne pas se laisser entraîner trop loin dans ce conflit, y compris dans des participations directes à des formules de garantie éventuelle d'un accord de cessez le feu, ou de paix. Elle doit se défier de sa tendance "ontologique" pourrait-on dire, à surestimer son pouvoir. Elle doit méditer la leçon des guerres balkaniques, où elle n'a pas pu jouer de vrai rôle "d'empêcheur de guerre", ni de  "faiseur de paix". car, il peut y avoir un intérêt mutuel des Russes, et des Américains à proposer à l'UE de prendre le fardeau du maintien de la paix dans la région. on l'a peut-être oublié mais il y a eu un moment, dans l'affaire de la Tchétchénie, où le négociateur russe, le général Lebed (c'était en 1996) avait proposé ou  laissé entrevoir à l'UE un rôle dans une mythique force de maintien de la paix...
Il faut de temps à autre savoir repousser les cadeaux (empoisonnés) que l'on vous fait.
Les deux organisations les plus à même de jouer un rôle sont, je le répète, les Nations Unies qui ont eu à se prononcer sur le conflit géorgie-Abkhazie dans le passé, et entretiennent une mission d'observation sur place(pour le Secrétaire général des Nations Unies, cette affaire est un test : il peut proposer l'envoi d'un envoyé spécial, ou même en se rendre directement en personne à Tbilissi et Moscou- ça rentre dans ses compétences sans avoir à obtenir un accord du Conseil de sécurité), et l'OSCE qui a aussi une mission sur place. L'OTAN pourrait-elle  aussi avoir un rôle à jouer? Sous la forme par exemple de la constitution d'une force de maintien de la paix mixte Russie/OTAN, appelée à remplacer la force existante de la CEI, qui n'a été qu'un "faux nez de la Russie", et dont on a bien pu constater l'échec?. La solution est -elle, toutes proportions gardées, dans un statut d'indépendance "à la Kosovo" pour les deux entités séparatistes, sous une résolution du conseil de sécurité maintenant une juridiction géorgienne nominale?
On referait, somme toute, en Géorgie, ce que les Occidentaux ont empêché à Pristina...Car il faut se souvenir de juin 1999 : l'accord de la communauté internationale avec Milosevic pour une présence internationale avec forces de l'OTAN au Kosovo n'avait été obtenu que sous la pression russe auprès du leader serbe et avec l'engagement que des troupes russes seraient également présentes dans cette force internationale. Les Américains (Mme Albright) s'y sont in fine vigoureusement opposés. Les Russes n'ont pas oublié ce "coup de Jarnac"...que les militaires "otaniens"rappellent parfois en se tapant les cuisses.