Je la dédie à Alexandre Jardin.
Il a compris le film, lui! Il a compris que le grand mal dont souffre notre pays, et auquel les dix-huit premiers mois de la Présidence Sarkozy n'ont pas vraiment touché, en dépit des vélléités, c'est l'incapacité à agir de la puissance publique, puissance publique comprise dans la totalité de ses expressions (gouvernement - à tous les niveaux, administration, législatif -là aussi à tous les niveaux) .
La période de crise fondamentale économique dans laquelle nous entrons, va-t-elle nous fournir l'occasion d'une remise en cause elle aussi fondamentale des nos méthodes d'action? Nous sortir de l'amateurisme dans lequel nous nous complaisons? et il va de soi que cette critique s'applique aussi bien à des régimes "de droite", que "de gauche".
Jardin dit une chose très juste : que, dans le privé, on fait le travail
plus sérieusement. Peugeot, je le cite, pour lancer un modèle, poursuit
des études durant dix ans, modifie sa stratégie d'ensemble en
conséquence...Pas besoin de filer davantage la comparaison. Il est
effrayé, toujours lui qui parle, par le peu de moyens consacrés à la
réflexion avant la décision, dans la sphère politique notamment, par la
faible utilisation des moyens modernes comme internet pour rassembler les
compétences, qui sont, dans un pays archi-développé comme le nôtre, énormes et
multiformes.
J'ajouterais à cela, le peu de temps, d'efforts, consacré à la création de
consensus sur des sujets centraux, consensus ou majorités d'idées tout à fait
indispensables pour être acceptés, et transformés ensuite en action
politique. Il est évident que le temps d'un mandat de Président ou plus
encore de Premier ministre, ne se prête pas à ce travail de longue haleine, ni
le tempo particulièrement pressé de notre société médiatique. Mais, sans cela,
on ne travaille que dans l'instant, on ne récolte que des succès
d'apparence. Or nous avons la chance en France d'avoir un système
qui favoriserait plutôt le long terme par rapport à des systèmes
parlementaires où énormément de temps se perd en querelles de partis, en
rapports de force minuscules, en batailles d'égos dont nos querelles
politiciennes ne donnent qu'une très faible idée, et même par rapport à des
systèmes fédéraux où les compétences sont tellement tranchées que chacun des
niveaux de gouvernement est tenté, et en mesure, de travailler dans son
coin, en conflit avec le niveau du dessus ou du dessous. Notre système, avec un
chef bien légitime, aux pouvoirs étendus -un peu trop aux yeux de certains,
mais surtout de ceux qui aspirent à occuper la place tant convoitée- , en
principe au-dessus des partis, avec un Parlement "rationalisé" -un peu trop,
sans doute- , avec des collectivités territoriales obligées de s'entendre
entre elles pour faire fonctionner la machine tellement les compétences sont
enchevêtrées, est un système bâti pour être efficace, et il offre à maints
égards une souplesse que nos voisins peuvent nous envier.
Quand on songe aux archaismes d'un système politique comme le système
américain, et à l'incapacité d'en changer, quand on songe aux conséquences
gravissimes d'un système comme le système istraélien avec son système à la
proportionnelle intégrale qui fait des gouvernements composés de majorités de
rencontre, les otages perpétuels de petites formations exrêmistes, et empêche
de rendre le peuple arbitre de la solution aux problèmes de fond (avec
réferendum par exemple), on se dit qu'on n'est pas logés à si mauvaise
enseigne que cela en France.
En principe, avec la force et le respect de l'Etat que les siècles de notre histoire chaotique nous ont légués, nous devrions pouvoir échapper, au moins davantage que les autres, aux vertiges de l'action de court terme, vraie plaie de notre société. Mais c'est tout le contraire.
Alors, en partant du constat d'Alexandre Jardin, mon voeu est, pour cette année qui offre, grâce si je puis dire à la crise, une chance de changer nos méthodes, les modes de fonctionnement de notre société, que le vrai changement, celui des mentalités, des modes de travail de l'action publique commence à opérer. En France, mais aussi bien sûr en Europe. Car il doit être bien clair pour tous que "la France et l'Europe c'est désormais une même entreprise". Si la France commence à se prendre au sérieux, elle rependra aussi l'oeuvre de la construction européenne au sérieux, et se remettra au centre du jeu. Et je le dis tout net : on peut pas faire l'économie d'un projet pour l'Europe, ce projet ne pouvant être que démocratique, et reposant sur le consentement explicite des peuples, et par conséquent d'une Constitution, avec des règles claires compréhensibles par le citoyen, un vrai exécutif avec des chefs élus, bien identifiés comme tels, (et non des "politburos" ne pouvant décider qu'en groupe, et donc qui ne décident rien, sinon d'ergoter et de ne rien faire) aux compétences limitées certes mais connues, qui se situe au dessus des gouvernements nationaux. L'échec de Lisbonne, s'il était avéré, ne rendrait la tâche que plus facile, car il obligerait à reconstruire l'ensemble (sans détruire l'existant) avec ceux des pays et des peuples, directement et simultanément consultés, partants pour une telle expérience. C'est naturellement à la France de reprendre ce flambeau-là. Donc, soyons nets, mon voeu pour 2009 est que, d'une manière ou d'une autre, l'occasion du débat sur le fond du projet européen soit réactivé. Un passage en catimini du mauvais compromis de Lisbonne ne ferait que repousser ce débat nécessaire. D'autant que le dernier conseil européen, en donnant satisfaction aux revendications irréalistes de l'Irlande, a ouvert une boite de Pandore, avec la promesse faite aux Irlandais "s'ils votent bien", de modifier certaines des dispositions centrales du traité (comme le nombre des commissaires européens), et en a fait un "chiffon de papier" modifiable au gré des caprices des uns et des autres.