On ne parle guère -sauf sur le site de M. Quatremer, qui en couvre très en détail les péripéties- du drame qui se noue tout près de chez nous.
Oh, ça ne fait pas couler le sang, cela se passe entre gens civilisés.
Mais, il n'empêche, c'est tout de même l'histoire d'une rupture à laquelle nous sommes en train d'assister. Du "détricotage" d'un pays selon un processus, graduel, mais qui semble désormais irréversible.
D'un pays proche, lié intimement à notre propre histoire, plus récemment Allié de deux guerres mondiales, avec lequel nous avons écrit depuis le début des années cinquante des pages de l'histoire de la construction européenne.
"Non assistance à pays en danger". Comme il y n'a pas de code pénal de la vie internationale*, même entre pays de l'Union, cette conduite n'est pas considérée comme répréhensible. Ce serait plutôt le contraire, l'ingérence dans les affaires intérieures d'un pays tiers qui serait mal vu. Surtout s'agissant de la France, toujours soupçonnée d'arrière-pensées (on ne prête qu'aux riches, nous avons une longue histoire d'intervention dans les affaires belges)...Mais la "communauté de destin" si souvent évoquée dans les discours de nos politiques pour les pays de l'Union doit bien de temps à autre s'exprimer, sinon...     
En tout cas, il faut se préparer, discrètement, à l'éventualité de la fin de la Belgique telle que nous la connaissons. Une fin, et des solutions qui ne peuvent nous laisser indifférent. 
Je ne sache pas que nous, Français, ayons poussé la réflexion très loin sur les scénarios possibles et nos réactions éventuelles.
La fin de la Belgique ne peut nous laisser indifférents en tant que Français.
 D'abord en se souvenant des conditions dans lesquelles la Belgique moderne est née. En 1830, dans le sillage de la révolution de juillet qui avait, à Paris, débarrassé notre pays de CharlesX, et installé sur le trône un "roi-citoyen", Louis-Philippe, les patriotes belges s'étaient soulevés contre l'occupation nérlandaise de leur pays. Un gouvernement provisoire s'était constitué, qui avait appelé la France à l'aide. La France avai répondu en envoyant "l'armée du Nord". Des élections s'étaient déroulées à l'automne, élisant un Conseil national. Le Conseil avait élu (oui élu!) pour son Roi, le fils de Louis-Philippe, le Duc de Nemours, et en attendant, Erasme-Louis Surlet de Chokier - (une "figure" qui attend chez nous son biographe, tant sa vie est un roman) avait été choisi comme Régent. Mais c'était compter sans l'Angleterre qui ne voulait pas d'une Belgique trop liée à la France, et qui, sous menace de guerre maritime, se mit en travers de ce dessein. "On" proposa alors le rejeton d'une dynastie proche de la couronne britannique, les Saxe-Cobourg, dont le Prince Lépold, gendre du dernier roi d'Angleterre, le Roi George IV, était "sur le marché". Louis-Philippe céda à la pression de Londres, et le conseil élit léopold Roi des Belges. Il ne faut jamais oublier les origines...
L'événement significatif c'est celui de l'aspiration à l'indépendance de la Flandre, aspiration qui a acquis désormais une force et pour tout dire une légitimité à laquelle les formules juridiques de type confédéral ne pourront pas répondre très longtemps. La communauté francophone devra trouver sa propre réponse face à cette réalité. Elle doit pouvoir bénéficier d'une écoute discrète et attentive aussi auprès de nous. Il n'est pas question de prôner des formules de type "rattachement", dont la grande majorité des Belges ne veut pas, comme le montrent les sondages régulièrement organisés sur la question. Les "rattachistes" ont toujours existé dans le paysage politique belge francophone (liégeois avant tout), mais n'ont représenté qu'une petite minorité (NB : il semble que, sous la pression de l'événement, cette donnée évolue dans le sens d'une adhésion plus grande à la formule du rattachement, selon certains sondages récents...c'est à voir).
On doit avoir à l'esprit l'équilibre démographique du pays (10M. d'habitants): 57% de Flamands, 42% de Francophones, le reste étant composé de la petite minorité lingusitique germanophone du sud est du pays (butin de guerre arraché au Reich d'après la première guerre mondiale). Le découpage est relativement homogène, avec l'exception de Bruxelles, dont la majorité est francophone à plus de 70%, mais avec des communes "mixtes"...sans oublier les "autres habitants" de Bruxelles qui, en additionnant les fonctionnaires internationaux et les travailleurs immigrés, doivent avoisiner les 30%...ce qui relativise tout de même (en notant, ce qui déplait souverainement aux Flamands, que cette catégorie de Bruxellois aurait spontanément plutôt tendance à choisir la langue française que le néerlandais lorsqu'on leur laisse le choix). 
Le système politique belge, tel qu'il est issu de la dernière réforme constitutionnelle de 1993 est d'une complexité rebutant les meilleures  volontés. La Begique est une Fédération, au sein de laquelle le pouvoir central, incarné par le Roi, conserve de nombreuses attributions : armée, budget, police, affaires étrangères. Puis, il y a les communautés au nombre de trois, et les Régions, également au nombre de 3, Bruxelles étant une Région à elle seule. Chacun de ces niveaux de gouvernement a des compétences bien précises. En principe communautés lingusitiques et Régions sont distinctes, ce qui aurait du permettre normalement l'exercice du pluralisme linguistique (et éducatif). Mais en réalité les Flamands, utilisant une possibilité que leur laissait la Constitution, ont fusionné les deux institutions, de sorte que le communautarisme est chez les Flamands territorialisé. Ce qui autorise les pires dérives, surtout dans un climat de revanche à prendre sur un passé nourri d'injustice (de ce point de vue).
 Sans doute était-ce une erreur que de permettre une telle confusion. Elle a  en tout cas autorisé des débordements inadmissibles, au regard des "valeurs européennes" dont nous abreuvons, nous Européens, la terre entière. Récemment, on a pu constater des cas de discrimination qui pourraient faire froncer bien des sourcils s'ils s'étaient déroulés ailleurs. Un jour ou l'autre, le Conseil, sera saisi  dans l'une de ses formations, et il aura à se prononcer.
Rétrospectivement, sans doute les historiens seront-ils sévères pour la Constitution de 1993 qui a accru les clivages et divisions communautaires, plutôt que de les réduire. Elle n'a pas accordé de statut pérenne au régime des communes dites "à facilités" qui permet, dans des zones à majorité linguistique, la reconnaissance de droits à la minorité, dès lors qu'elle se situe à un niveau dépassant 30% de la population : droit de bénéficier des services administratifs et scolaires dans sa langue. Ce régime, comme on le voit actuellement, est souvent menacé par telle ou telle initiative d'un bourmestre zélé. Pour ne pas voir s'étendre de telles dispositins, les Flamands ont obtenu en 1963 le gel de la situation lingusitique, et interdit toute mention linguistique dans les recensements décennaux...
Tout en Belgique (à part les institutions fédérales) est, sous l'empire de la Constitution de 1993, désormais divisé en blocs communautaires. Les partis à la Chambre sont aussi divisés selon des clivages lingusitiques qui s'ajoutent aux clivages idéologiques, ce qui ne facilite pas les contacts, et favorise au contraire les crispations et les surenchères. Il en va de même dans le monde syndical, associatif, unversitaire...pour ne pas parler du secteur ultra-sensible de l'école, qui est de compétence communautaire et régionale (sauf quelques grandes règles comme la durée de la scolarisation obligatoire) et contribue grandement  à la détérioration du climat.   
Le Roi, garant de l'unité nationale, qui peut encore rallier sur son nom les Belges, ne peut pratiquement pas faire grand-chose, la Constitution encadrant très strictement son action. Il ne peut que désigner le Premier ministre. Aucune possibilité d'en appeler au peuple, en dépassant les combinaisons des politiciens, par un référendum sur l'unité par exemple. La Constitution ne prévoit aucune possiblité d'organiser de référencdum pour permettre au peuple de s'exprimer en dehors des partis, et peut-être, d'en sortir "par le haut". La situation va bientôt devenir sans issue.     
Face à la cohésion des Flamands, les Francophones apparaissent affaiblis et divisés. Ils ont fait depuis longtemps une série de mauvais choix, comme celui d'aller exiler leur gouvernement wallon à Liège, alors que le gouvernement flamand est, lui, installé à Bruxelles, au coeur du pouvoir. Ils n'ont pas fusionné leurs institutions régionales et communautaires. Ils ont accepté le statut dérogatoire de la ville capitale, qui avec sa majorité francophone, (il est vrai diversement répartie, avec un chapelet de communes de banlieue néerlandophones), est tout de même officiellement bilingue. Moins riches que les Flamands, ils apparaissent dans la querelle sur le nouveau partage du pouvoir fiscal, et sur le financement de la sécurité sociale, dernière forte revendication des Flamands, comme les "assistés", bref assument le mauvais rôle.
L'enjeu majeur pour les deux communautés, et le noeud gordien, c'est bien sûr, dans ces conditions, la "ville-capitale", Bruxelles, et sa périphérie.

Et c'est là que nous trouvons notre autre raison de nous soucier du sort de nos amis belges. C'est que Bruxelles est le siège des institutions européennes. On lit souvent, l'expression impropre de "capitale de l'Europe". En réalité, le statut des institutions européennes vis à vis des autorités belges et bruxelloises, quel qu'en soit le niveau, n'est pas distinct de celui qu'accorde tout Etat à une organisation internationale ayant choisi de s'installer sur son territoire. En matière d'exemptions et d'immunités de tous ordres (notamment de juridiction), l'OTAN, aussi installé à Bruxelles depuis 1966 a même obtenu des conditions plus favorables. Donc rien, à part la concentration, il est vrai impressionnante, des bâtiments européens dans une partie de la ville,  ne permet de donner la moindre once de réalité à de telles appellations. Mais il n'en n'est pas moins vrai que l'Union ne pourrait se  permettre d'assister les bras croisés en simple spectateur, Commission et Etats membres, à une situation dans laquelle Bruxelles serait touchée dans son fonctionnement par des conflits institutionnels trop voyants. Imaginons un instant que Barroso, le président de la Commission, "gardienne des traités" (ou son successeur), ait l'imagination ou la vision ou la trempe d'un Monnet. Il verrait alors, selon le fameux principe "monnetiste" dans une telle situation l'occasion que vous offre l'événement, par essence inattendu, pour faire avancer des objectifs que le cours normal des choses rendait inatteignable. Il serait temps alors, en cas de vrais problèmes de partage inter-communautaires pour Bruxelles, de présenter un plan de Bruxelles ville-capitale de l'Europe, permettant à l'institution bruxelloise de jouir d'un vrai statut d'extra-territorialité , à l'instar du Saint-Siège vis à vis de Rome, pour prendre un exemple parlant, et faisant rentrer la Commission, seule à même d'incarner le "28ème Etat de l'Union" dans la gestion d'une partie au moins de la ville et la soustrayant par la même aux appêtits des deux communautés...
Ces élucubrations peuvent paraître excessives et désobligeantes pour nos amis belges, qui ont tous, Flamands comme Francophones, la tête bien sur leurs épaules et connaissent mieux que quiconque l'art de gérer leurs contradictions dans une pratique séculaire du compromis. Mais, les situations ont leur dynamique, comme chacun sait, et l'intention est seulement, en plein respect amical, d'inviter à la réflexion, et le rappel d'une évidence : ce que deviendra la Belgique, et spécialement Bruxelles, nous concerne tous.        
                
       

*=même s'il y a un Tribunal pénal international...