Oui, vive la crise!

 J'en demande pardon aux vrais perdants, ceux qui sont en train de perdre leur emploi, qui subissent dans leur vie, dans leur chair si je puis dire, les contre-coups du ralentissement économique. 
La crise économique, elle est bien là. Un petit signe en passant : le trafic poids lourds au tunnel du Mont-Blanc a baissé de 18% sur les trois dernières semaines de novembre par rapport à la même période de l'an dernier.  Ce qui est sans exemple durant les dernières années.
Mais au-delà des problèmes, et des souffrances que la crise va nous occasionner, je crois sincèrement qu'il y a lieu de saluer ce rappel du bon sens qui nous est ainsi offert...Espérons-le sans trop de dommages collatéraux.

Dans le domaine des relations internationales, et pour l'essor européen, qui m'importe ici, cette crise, qui coincide avec d'autres signes allant dans le même sens, comme le déni des peuples, doit inciter à réfléchir. Notre Président l'a fait, à sa manière, que l'on peut juger primesautière, et superficielle. Mais il l'a fait. Il a eu ce mérite. Il faut poursuivre dans cette voie du réexamen global. L'Etat redevient le garant ultime de la sécurité des peuples, et d'abord de leur sécurité financière.
Ce réexamen doit concerner l'Europe, son fonctionnement, ses valeurs. Son culte forcené du marché, de la concurrence débridée, de la "compétitivité", son mépris de l'action étatique, sa méfiance des services publics. 

A nous maintenant de construire, à côté,  l'Etat européen. Non pas contre les Etats qui le composent.Mais au dessus et dans le cadre de certaines compétences. Mais un Etat qui existera en tant que tel, qui ne soit pas l'addition de nos Etats, mais sa transcendance en quelque sorte... A nous de contruire ce sentiment d'appartenance à une "maison commune", qui existe si peu aujourd'hui, et qui définira notre attachement à un destin uni, fondant l'Etat à venir, naissant sur des bases démocratiques, et "hégeliennes", et non comme la résultante de l'influence des lobbies si actifs actuellement auprès de ce "ventre mou" qu'est actuellement le pouvoir bruxellois. Osons le mot, qui déplait tant à des oreilles, allemandes par exemple, "impériales" oui impériales, sans l'arrogance d'un empire mais avec son sérieux dans la poursuite des objectifs de survie et de maintien de l'ordre, un "ordre juste" si l'on veut, et de la paix. Ce qui ne fait qu'accroître le sentiment d'urgence à s'atteler à la tâche. Et là, quand je vois qu'un "Monsieur" comme Jean-Pierre Jouyet, abandonne le terrain de la politique européenne qu'il avait abordé avec bonheur, au profit d'un poste administratif, certes prestigieux, j'enrage, car c'est exactement de ce genre de profil que nous aurions besoin -notamment à l'échéance des élections de juin-  pour convaincre, gagner une opinion à priori rétive ou indifférente, et développer un concept "vainqueur" de l'Union.   

Vive la crise aussi dans le domaine artistique. Il y aura là aussi des pleurs et des grincements de dents. Mais on était allés trop loin dans le déni de réalité, dans la confusion, le mélange des genres, et finalement, le culte de la provocation, le nihilisme, l'abaissement des valeurs de l'art, le négationnisme. L'Art nous élève, nous gagne au beau, à ce qui ne passe pas, à l'au delà de l'instantané, ou il n'est rien. "Ils" ont voulu nous faire croire que l'art n'existait plus, qu'il n'y avait plus que l'argent. Ils vont voir.   Les vrais artistes, qui se morfondent dans leur travail solitaire, avec leurs exigences surannées, ils pourront relever la tête. La crise va, ou peut, nous  réapprendre le bon sens.