Le nouvel européen

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samedi 28 mars 2009

LCDJ

"Atlantiste quand il fallait être gaulliste, attentiste lorsqu'il convenait d'être réactif, nostalgique lorsqu'il s'agit d'être pragmatique : la gauche ne s'est jamais distinguée par son audace stratégique".
                                              François Fillon

NB : juste une petite incursion dans le débat politique hexagonal...Pour saluer le talent oratoire de François Fillon, peu connu, qui s'est révélé notamment lors du (pseudo) débat sur la politique étrangère (en fait notre retour dans les structures intégrées de l'OTAN). Je ne juge pas le fond, car je suis persuadé qu'au fond de lui-même, Fillon, n'était pas convaincu par l'argumentaire qu'il développait à la tribune. Il sait dans son for que nous avons tort d'abattre ainsi, dans un jeu de poker dont le maître de cérémonie vient de changer, l'une des quelques cartes qui nous restaient. Fillon n'est pas qu'un pur pragmatique. Et il a raison de le souligner : la gauche, qui s'est trouvée aux affaires chez nous, à un moment charnière, celui de la fin des blocs, n'a pas eu l'audace nécessaire pour inventer une pensée stratégique à la hauteur du défi pour l'Europe. Mitterrand a su imposer à l'Allemagne un pas supplémentaire -et décisif- dans la construction européenne, l'abandon du mark au profit d'une monnaie "from nowhere" . Il n'a pas pu -ou voulu- aller au bout de son idée pourtant esquissée mais vite rangée dans les tiroirs aux premiers froncements de sourcil des Anglo-Saxons et des partenaires Européens, d'un nouveau traité de sécurité pour l'Europe, avec la fin des alliances militaires, pourtant édifiées pour et par la période de guere froide et de mise sous tutelle- acceptée ou subie- de l'Europe. 

dimanche 21 septembre 2008

UE/ Russie, suite...

Au moment où les deux Premiers ministres français et russe se rencontrent à Sotchi, sur les bords de la mer noire (donc pas loin des côtes géorgiennes...), pour leur rencontre annuelle, dans le cadre d'un "séminaire  gouvernemental"*, pour réaffirmer la permanence de leurs intérêts communs, notamment sur le plan économique, il est intéressant de revenir sur la crise géorgienne.
D'abord pour indiquer que les deux "Premiers", après s'être félicités de l'application de l'accord du 26 août, et des décisions du 8 septembre (plan de retrait des troupes russes du territoire georgien hors les deux provinces d'Ossétie et d'Abkhazie),  ont bien sûr rappelé leurs positions sur la crise géorgienne. M. Fillon l'a fait avec netteté mais avec une modération à remarquer, et M. Poutine a rappelé que l'origine du changement de position de la Russie sur ces deux provinces était à trouver au Kosovo ("boite de Pandore")...On n'est pas obligé de croire M. Poutine, mais on peut aussi voir dans ce rappel des indications pour des négociations futures (car il y en aura)...
Le choix de la France de faire du business as usual avec la Russie (tout en rappelant les principes), y compris en période de gros temps, est à saluer comme un beau mouvement d'indépendance notamment vis à vis des Etats-Unis dont la secrétaire d'Etat dénonce à tout va la nouvelle aggressivité russe. Il sert accessoirement de signal aux autres partenaires de l'UE pour la préparation du sommet Russie/UE en octobre prochain, où doivent être esquissés les grands traits d'un futur "partenariat stratégique" . On sait que, lors de leur sommet du 1er septembre, les Vingt-Sept avaient décidé de geler les préparatifs de cette rencontre, tant que les dispositions de l'accord du 26 août n'étaient pas appliquées. Rien ne devrait maintenant s'opposer à ce que l'on se mette au travail...  
Hier sur CNN, on a pu assister à une rencontre des plus intéressantes, entre cinq anciens secrétaires d'Etat américains. En dehors des borborigmes inaudibles d'un Kissinger bien fatigué, chacun des propos de ces personnes d'expérience valait son pesant d'or. J' ai notamment dégusté, si je puis dire, la vigoureuse analyse de Colin Powel sur la Géorgie, y retrouvant avec l'autorité et la sagesse (oui, c'est le mot qui me vient en premier à l'esprit, ce Powel est un sage..et même les sages peuvent être abusés, quand on songe on rôle qu'on lui a fait jouer en Irak) le schéma que je défends sur la crise géorgienne et la relation avec la Russie ( il a notamment clairement désigné le fauteur, celui qui a "craqué l'allumette dans une pièce remplie d'explosifs", l'ineffable Saakhashvili). J'ai "raté" toutefois les morceaux sur l'Afghanistan et l'Iran...
Quand on entend des responsables américains par les temps qui courent, on est un peu gêné, et l' on n'aimerait guère être dans leur peau. Cette omnipuissance américaine qu'on nous garantissait au moins jusqu'au cap des années 2020, est en train de battre de l'aile à un rythme vertigineux, sur tous les plans, des massifs montagneux de l'Afghanistan, avec leurs prolongements pakistanais, aux salles de cotation enfièvrées de Wall Street. Et nous sommes entrainés dans la chute...Sauf à décider le contraire, au moins dans les domaines que nous maîtrisons, nous Européens- et il y en a...-(comme celui de la finance et de la monnaie). En tout cas, nous voilà renvoyés à la désagréable situation de devoir nous prendre en charge nous-mêmes...C'est clair désormais, et doit l'être même aux yeux des Européens les plus "atlantistes" : leur essor, leur salut ne viendra que d'eux-mêmes, que de nous-mêmes ensemble. On a (trop) dit qu'avec le 11 septembre 2001, un nouveau monde émergeait, mais je crois qu'avec la crise financière sans précédent que nous vivons en ce moment, on pourra le dire plus justement : après le "septembre noir de 2008", rien ne sera plus comme avant dans le monde de la finance mondialisée. Et dans ce cas, les Etats-Unis ne sont pas la victime mais le fauteur...Un ordre nouveau doit maintenant être recontruit. Où est le nouveau Marx pour d'abord nous livrer une analyse sérieuse, convaincante et globale du chaos actuel? Où sont les mouvements sociaux et politiques pour ensuite prendre le relais et transformer cette analyse en actes, en décisions à l'échelle de la planète? Il est quelque part, j'en suis sûr...  

NB.: Pour une analyse sérieuse de l'attitude russe dans l'affaire géorgienne, je vous conseille la dernière tribune de l'Institut Thomas More où, dans un article serré et brillant à la fois, Laurent Vinatier,  jeune chercheur français en sciences politiques, étudie le modèle "post-impérial russe". A ce propos, si, dans la presse de "grande écoute", on pouvait avoir de nouvelles plumes pour nous commenter l'actualité, ce ne serait pas mal, plutôt que l'aller chercher toujours les mêmes abonnés...La thèse de Vinatier, pour la résumer à gros traits, est qu'avec l'affaire géorgienne, nous avons l'émergence d'une Russie post-impériale où ce n'est plus la conquête ou la domination qui comptent, mais le souci de l'équilibre entre puissances dans une région spécifique. Et plus précisément, le souci d'un nouvel équilibre avec les Etats-Unis. Et Vinatier de démontrer que la Russie de Poutine a agi "en miroir" des comportements américains sur la scène internationale : interprétation libre du droit international, deux poids deux mesures etc...Il n'est pas interdit de penser, et là c'est moi qui l'ajoute, que la séquence n'est pas non plus insignifiante : dans six mois il y aura une  nouvelle administration américaine, et la relation avec la Russie s'invitera ainsi en tête des dossiers chauds. Entre-temps, il y aura eu, "au printemps",  le sommet de l'OTAN à Strasbourg/Kehl, et il faudra que les Alliés soient très prudents sur les dossiers géorgiens et ukrainiens. Durant cette période délicate, qui va jusquà l'été 2009, les Russes, comme d'ailleurs les Iraniens ( sur un tout autre plan), seront les maîtres du calendrier.             

*: c'est donc à titre bilatéral et non en tant que Président de l'UE que les autorités françaises ont maintenu leur rencontre..La configuration "multivoies" de l'UE pemet ce genre d'acrobaties...Un jour on "est" l'Union, un autre non...C'est tout l'art des Européens. 

lundi 2 juin 2008

Turquie (suite...et pas fin!)

Alors que l'Assemblée nationale a voté l'amendement sur l'obligation d'un référendum avant l'adhésion de tout pays candidat ayant plus de 5% de la population globale de l'UE (ce qui éliminerait la Turquie, mais aussi l'Ukraine), chacun fait semblant de s'offusquer de cette "stigmatisation" d'un grand pays...

A-t-on "stigmatisé" la Grande-Bretagne lorsque le Président Pompidou a soumis à référendum le projet de loi d'adhésion de la Grande-Bretagne (et de deux autres pays) au marché commun? Non. 
Mais il est évident que cette décision arrive au mauvais moment, à peu de temps du début de notre Présidence. Qu'elle nous "marque"dans le camp des "anti". Et qu'il faut gérer ensuite.  
Notre Premier ministre a dit ce qu'il fallait dire sur le fond de l'affaire lors de sa visite à Chypre, pays qui sait se taire et se faire discret, mais qui n'en pense pas moins, et connait dans sa chair ce qu'il en est de la "volonté de puissance" turque. Il n'a pas mâché ses mots, et il l'a fait au bon endroit. Parfois, je le dis tout net, on est content d'être Français et d'avoir cette liberté de parole que les autres n'ont pas (pourquoi ne l'ont-ils pas? C'est une autre affaire..). Je cite la réponse que François Fillon a faite devant les journalistes à Nicosie en répondant à une question sur l'entrée de la Turquie dans l'UE: 
François Fillon : Nous, nous pensons, ce n’est un secret pour personne, que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne n’est pas forcément la bonne solution, qu’il existe encore aujourd’hui beaucoup trop d’obstacles à cette adhésion et qu’un partenariat privilégié entre l’Union européenne et ce grand pays qu’est la Turquie constituerait une étape nécessaire. Dans cet esprit, nous avons souhaité que ne s’ouvrent, avec la Turquie, que les chapitres de négociation qui ne débouchent pas directement sur l’adhésion. Et naturellement, nous suivons avec la plus grande attention l’évolution des engagements qui ont été pris par la Turquie. Je dirais, pour finir très simplement que nous ne pouvons pas imaginer qu’un pays puisse vouloir adhérer à l’Union européenne, alors même que son armée occupe un territoire d’un autre pays de l’Union européenne.
On n'aurait, après ce langage clair, qu'un voeu : qu'on s'y tienne et de manière franche et respectueuse de la Turquie. car poursuivre les négociations pour l'entrée de la Turquie, même s'agissant des chapîtres ne débouchant pas directement sur l'adhésion, condamne à une attitude défensive,et à la limite malhonnête.
 C'est au nom de l'identité européenne, et de la poursuite de son projet d'unification politique que le non à la Turquie, est donné, comme il le serait à la Russie si d'aventure elle demandait un jour à y entrer.
A l'intérieur des institutions européennes, la Turquie serait, dès les années 2020/25, le pays ayant le plus de poids (vote) au Conseil et le plus grand nombre de députés au Parlement, le plus grand bénéficiaire des fonds européens ...Les peuples européens ne l'accepteraient tout simplement pas. La seule  énonciation de ce fait suffit d'ailleurs à montrer l'utopie (dangereuse, car elle ruine l'ensemble du projet européen) de l'adhésion turque.
Mais le non ne suffit pas. Il faut dire le projet que l'on a pour la Turquie. C'est un projet pour les pays du deuxième cercle. Membre du Conseil de l'Europe, de l'OTAN (encore que...pas forcément au sein du "pilier européen" de l'OTAN qui finira espérons-le par émerger), des grandes institutions de régulation de l'"espace euro-atlantique". Pour l'Ukraine, la Russie, le Maghreb, nos "grands voisins". Ce projet doit être présenté et expliqué, patiemment, longuement aux partenaires. On ne doit laisser passer aucune déclaration démagogique de la part des dirigeants européens. Progressivement doit s'ancrer dans l'esprit de nos partenaires que la Turquie n'entrera pas.
Et du reste nous aurons assez de mal, pour les deux ou trois decennies à venir, à intégrer les pays des Balkans, qui font partie intégrante de l'Europe, mais dont la route pour y parvenir ne sera pas des plus aisées (et nous coûtera cher).
L'achèvement de l'élargissement aux pays européens jusqu'aux frontières orientales  actuelles, c'est déjà un grand défi pour la génération à venir.
Il y faut du courage (nous n'en manquons pas), de la générosité (l'union douanière, l'accord d'association qui nous lient d'ores et déjà à la Turquie, nous créent des devoirs vis à vis d'elle, notamment sur le plan de l'aide au développement), et surtout de la constance (c'est notre point faible...).
La position française n'est pas majoritaire, loin s'en faut. Mais nous ne sommes pas isolés, et une fois que les partenaires se rendront compte que notre attitude n'est pas une posture, mais la simple constatation d'une réalité, qui s'enracine dans l'histoire de nos peuples, peu à peu d'autres nous rejoindront.
Il doit en être ainsi comme ce fut le cas pour pour la position des britanniques dans l'Europe. Progressivement, les Britanniques nous ont habitués à penser que jamais leur pays ne serait vraiment dans l'Union, qu'ils continueraient à y avoir un statut à part quoi qu'il arrive. Qui pensait il y a vingt ans, que la Grande-Bretagne resterait "insoluble" dans l'Union? Qui pense le contraire aujourd"hui?
La présidence française doit aussi permettre la définition de cette perpective. Le "groupe des sages" n'aura pas, contrairement à ce que souhaitait la France, dans son mandat, de réfléchir aux frontières de l'UE. Il faudra donc trouver une autre enceinte.
Il va de soi que c'est le contraire de la voie de la facilité...Car tout va dans l'autre sens. sauf la réalité têtue des faits.