Le monde entier est sous le charme, et s'extasie. Barack Obama va inaugurer
une ère nouvelle dans laquelle l'Amérique apportera la paix et la sécurité au
monde qui n'attend que cela. La mission "divine" de l'Amérique va pouvoir
reprendre. Parfait, et pourquoi pas?
N'oublions pas qu'il faut d'abord réparer les
dégats.
Mais Obama, avec son charme indéniable, sa capacité à séduire, n'est
pas Roosevelt. En tout cas, aucune des décisions qu'il a prises jusqu'à présent
(et on pense à la période de "l'interrègne" entre novembre et janvier) ne
le donne à penser.
Et surtout l'Amérique de 2009 n'est pas celle de 1932.Son poids dans l'économie
mondiale est incomparablement plus grand, son poids militaire, son statut de
première puissance mondiale également. Et donc ses responsabilités. Or, ce qui
frappe dans les premières décisions de l'administration Obama, c'est leur
caractère "américano-centré" (c'est normal du point de vue de l'électeur
américain, mais moins du point de vue de la réalité mondialisée).
La crise économique et financière dans laquelle les Etats-Unis ont plongé le
monde, une deuxième fois, comme en 1929, est à peu près le seul point de
comparaison valable.
Alors dressons quelques signes qui pourraient révéler un changement
authentique:
- Guantanamo sera fermée, c'est l'une des premières décisions
prises. c'est très bien. Mais ce sont les suites judiciaires qui doivent aussi
nous intéresser (à propos l'idée, venue d'on ne sait où, que des pays n'ayant
pas de part dans l'affaire, et dont les détenus ne sont même pas des
ressortissants, d'accueillir des détenus libérés de Guantanamo, est
carrément absurde) : l'aboutissement logique devrait en être la reprise des
instructions par l'Etat fédéral devant des tribunaux civils
américains, et très probablement l'inculpation des responsables de cette
construction juridique aberrante devant les tribunaux américains, vu le nombre
d'actes illégaux ayant précédé la capture d' à peu près chacun des détenus.
Mais c'est l'ensemble des dispositions prises dans le cadre de la
"guerre contre le terrorisme" qu'il faut revoir, et abolir. C'est
ce concept, placé au centre de la position stratégique américaine, qui doit
être revisité de fond en comble. Mais il faut aler plus loin et s'attaquer à
l'origine. Si M. Obama prenait l'initiative d'une nouvelle grande
enquête parlementaire sur les responsabilités du 11 septembre,
en déclassifiant la plupart des documents que la précédente commission n'avait
pu consulter, il ferait plus pour éradiquer les sources du terrorisme que bien
des mesures militaires ou policières : il y a dans ce dossier trop d'inconnues,
et l'opinion mondiale, surtout dans les pays musulmans (mais pas seulement...)
reste convaincue que tout n'est pas clair. La conséquence logique en sera aussi
un réexamen de la politique menée en Afghanistan, avec une
guerre qui ne peut être gagnée et donc (c'est le raisonnement dans une guerre
de type asymétrique) qui ne peut qu'être perdue pour l'étranger, et un
calendrier (serré) de retrait des troupes de la
coalition,
- Ce qui implique par exemple, le démantèlement des mesures du
Patriot Act, y compris sa modification votée par le Congrès en 2005
(qui a introduit quelques adoucissements, tout en prolongeant de cinq années
l'essentiel des dispositions de la loi). C'est cette loi inique, coeur du
dispositif liberticide, qui doit disparaître, au terme d'une vraie enquête,
sous le contrôle du Congrès, sur la soi-disant réalité du terrorisme. C'est
aussi l'assouplissement, voire la suppression pure et simple des mesures
prises un peu partout dans le sillage des mesures américaines, et notamment en
Europe. On pense en particulier aux mesures de contrôle dans les aéroports, qui
représentent, en ces temps de crise, un coût non négligeable, pour un rendement
de machines à vapeur. Une bonne copération des services de police remplace
avantageusement ce type de mesures,
- la réforme des mécanismes et des institutions financières
sera bien sûr un test majeur de la détermination affichée par le Président
des Etats-Unis. Cette réforme devra comporter des mesures internes aux
Etats-Unis, concernant le contrôle des circuits boursiers et financiers. Elle
devra aussi concerner les institutions internationales. Le rendez-vous est fixé
au mois d'avril, avec la réunion du G20, prévue pour se tenir à
Londres. On aura alors une idée plus précise de jusqu'où les Américains
voudront aller, de leurs lignes rouges. Rien, à ce stade ne permet d'imaginer
que la nouvelle administration ira beaucoup plus loin que ce que la précédente
avait envisagé,
- la reprise des négociation de Doha, dans sa double composante : cycle de
"libéralisation" du commerce, programme pour le développement. Un signe fort en
serait l'annonce de la suppression des subventions des produits
agricoles à l'exportation. Ce qui permettrait à l'Union Européenne de
maintenir l'offre qu'elle avait faite avant l'échec des négociations l'été
dernier (qui incluait cette suppression),
- une nouvelle position américaine dans la gouvernance
mondiale avec par exemple, comme premier signe l'adhésion des
Etats-Unis à la convention créant la Cour Pénale internationale, le
renouvellement du choix prioritaire de l'instance des Nations Unies pour le
règlement des conflits, ce qui implique simultanément un vrai engagement
des Etats-Unis en faveur de la réforme des Nations-Unies et plus spécifiquement
du Conseil de sécurité (une pression corrélative des Etats-Unis pour que l'UE
se voie attribuer un seul siège, dès lors que la différence entre membres
permanents et membres non permanents serait maintenue, que l'UE aurait un siège
de membre permanent, serait dans l'intérêt des Etats-Unis et de l'Europe,
et on voit mal qu'une telle mesure vienne spontanément des pays européens
membres permanents comme la France ou le Royaume-Uni...qui au contraire
protesteront hautement),
- de vraies mesures pour lutter contre le sous développement social et
culturel dans son propre pays, avec la mise en place d'une
sécurité sociale universelle, et d'une politique
scolaire ambitieuse...et une lutte résolue contre
l'obésité, vrai fléau de l'Amérique...et donc du monde à venir.
Si M. Obama s'engage résomument dans ces politiques, alors oui, on pourra le
dire : quelque chose a changé, pour le plus grand bien de
l'Humanité. "I have a dream..."