Il semble parfois que l'Union déraille...Et comme il n'y pas d'aiguilleur, elle le fait impunément ou à peu près. Qui chez nous, en France, a relevé cette nouvelle incongrue, que nous révèle l'inépuisable site Europa, selon laquelle, l'Union Européenne et l'Inde qui "toutes deux ont 23 langues officielles" et..l'anglais comme langue principale, doivent mettre en commun leurs expériences sur le plan de la traduction, de l'expertise linguistique etc...Le commissaire en charge des questions de culture, de jeunesse et de multilinguisme, M. Leonard Orban, un brillant technocrate roumain (celui qui a préparé l'entrée de son pays dans l'UE) en est convaincu : le mutltilingusime est un atout pour l'Europe. C'est sans doute -aucun!- vrai sur le plan culturel. L'année 2008 avait d'ailleurs été choisie par le conseil comme "l'Année du dialogue interculturel", et durant la Présidence française des Etats généraux du multilinguisme avaient été organisés le 29 septembre 2008 à Marseille. Mais la confusion est constamment entretenue dans les discours sur le multilingusime entre les bienfaits culturels du multilinguisme -qui sont évidents- et le rôle de langues de travail ou officielles d'une organisation comme l'UE. Une organisation ne peut se permettre d'avoir 23 langues comme langues officielles. Voila la réalité. Et prétendre le contraire ne fait en réalité que creuser encore davantage le sillon de l'anglais comme seule langue de communication au sein de l'UE. On encense les 23 langues que personne sauf les locuteurs "native speakers" ne parle, et on le fait en anglais...Le commissaire Orban a annoncé pour le 6 mars la signature d'une déclaration conjointe avec un ministre d'Etat de la Fédération indienne, M. Purandeshwari. Le communiqué annonçant la signature de cette déclaration indique ainsi :"La Constitution indienne déclare le hindi langue officielle de l'union. L'anglais peut être utilisé pour des motifs officiels et le pays comporte 22 langues officielles régionales. Cette riche diversité linguistique existe depuis le début de l'histoire de l'Inde et, au niveau local, elle est considérée comme tout à fait naturelle. Cette similitude avec l'Union européenne concernant le paysage linguistique fait de l'Inde un interlocuteur privilégié pour l'Europe en matière de multilinguisme. La déclaration conjointe prévoit l'organisation de discussions et l'échange de bonnes pratiques sur une base régulière".
On n'a pas connaissance de la déclaration, et on serait curieux de voir
comment y est traitée cette soi-disant "similitude" de situation en ce qui
concerne l'utilisation de l'anglais, entre l'Inde et l'UE. La question
linguistique est l'une des plus délicates qui soient, on doit en convenir. Mais
pour la Commission, et les autres intitutions de l'UE, il y n'a pas 23 langues
de travail, il y en a trois : l'anglais, le français et l'allemand.
Pour le français, nous devrions nous battre avec beaucoup plus de
vigueur, pour le défendre. Si nous ne le faisons pas, qui le fera?
Avons-nous honte? Est-il normal par exemple, que plus de dix jours après sa
parution, la version française du rapport de la Rosière sur la réforme du
système financier, n'ait toujours pas été traduit en français? De telles
négligences, qui sont quotidiennes, montrent bien le mépris que nous
Français portons à notre propre langue, car un bon "coup de gueule" de
l'Ambassadeur auprès de l'Union, ou de notre secrétaire d'Etat, M. Bruno Le
Maire devrait remettre les pendules à l'heure, et
rapidement.
La promotion des langues étrangères, elle se fait à l'école, et le plus tôt
possible. Car contrairement à ce qui est souvent affirmé, l'apprentissage
d'une langue est une chose difficile, elle l'est autant aujourd'hui qu'il y a
dix siècles. Et la mondialisation n'entraine pas un enrichissement, mais un
appauvrissement, avec le mythe de la langue universelle. Le nombre des
personnes parlant plus d'une langue étrangère n'augemente pas, mais diminue. En
nombre croissant, sous la pression des parents d'élèves et des
impératifs financiers, les pays européens limitent à une seule langue
étrangère le cursus secondaire standard, et les "autres langues" (tout ce qui
n'est pas l'anglais) voient leur part constamment diminuée.
Mais ce sujet là, essentiel pour la défense du multiculturalisme, est
soigneusement occulté au moins au niveau bruxellois, dans les débats sur les
langues. Une vraie lutte pour le multiculturalisme passe désormais en
Europe, y compris au niveau officiel et de la production et de la
diffusion des informations, par une lutte vigoureuse contre
l'anglais, C'est en ces termes que la problématique doit être posée.
La prochaine Commission, doit aussi avoir des critères
lingusitiques comme éléments de choix pour la sélection. Ce sujet
n'a rien de populaire auprès des chefs d'Etat et de gouvernement, aussi faut-il
une action déterminée notamment de la France et de ses représentants pour
imposer ce débat.