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Tag - Pierre Bergé

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dimanche 22 février 2009

Bergé-YSL : ne nous quittez pas!

je reviens sur la possibilité pour l'Etat de ne pas laisser partir en vente aux enchères la collection Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent.
Dans cent ans on aura oublié pour quelles obscures raisons l'Etat n'avait pas pu, au moment opportun, trouver les 300 millions d'€ nécessaires au rachat de l'ensemble de la collection de Bergé-Saint-Laurent. Mais ceux qui auront encore assez de culture pour s'en rendre compte ne tariront pas de reproches pour fustiger la courte vue des décideurs de l'époque. 

Le moyen juridique existe, c'est le droit de préemption. Il existe aussi plus simplement encore la possibilité de classer en procédure d'extrême urgence la collection comme "trésor national" (L.121-1 du code du patrimoine). Cette collection unique n'en est -elle pas devenue un depuis que des milliers de Français ont pu la voir, et se l'approprier on peut dire physiquement grâce à l'organisation d'une exposition publique des oeuvres, en un geste, il faut le dire, révolutionnaire de Pierre Bergé (je ne sais pas si lui-même s'est pleinement rendu compte de l'élégance, de la profonde valeur esthétique -et politique- de son geste).

300 millions d'€, c'est à peine un peu plus de 10% de ce que notre Président vient de promettre en à peine une demi journée le 18 février, aux partenaires sociaux réunis en "Sommet social" au titre des mesures d'accompagnement social  à la crise...

L'endroit pour abriter cette collection? Il est tout trouvé. C'est

le Château de Champs (94), domaine de l'Etat, actuellement en restauration, voué apparemment, une fois restauré, à loger le Centre national des monuments historiques. Eh bien le Centre ira ailleurs. Les collections de B/YSL y trouveront leur place. Et nous aurons un joillau de plus sur la terre de France, et plus précisément d'Ile-de-France. Je lance un appel aux responsable politiques aux élus locaux, au Maire de Champs, notamment : Voila une occasion de pérenniser la vocation du chateau de Champs qui a longtemps cherché sa voie et sa place dans la constellation des domaines de prestige de l'Etat, et doit achever sa restauration dans 3 ans... Réveillons-nous de notre torpeur! Notre richesse, c'est, bien autant que les Airbus*, notre patrimoine culturel.. 

* : d'ailleurs désormais plus allemands que français..

Bergé-YSL : vous pourrez dire j'y étais

Oui, ce samedi soir, il y avait foule, la foule des "nuits blanches" à Paris - par ailleurs à peu près désert, les Parisiens ayant fui la crise sur les pentes de ski, elles aussi "du siècle"- autour du Grand Palais, pour voir et admirer la collection de Pierre Bergé, et d' Yves Saint-Laurent. Ce n'est jamais très drôle de visiter une collection avec la foule du métro aux heures de pointe, mais les gens ont accepté avec patience, tout à leur plaisir du cadeau qui leur était ainsi fait, de pouvoir visiter gratuitement la collection.

La visite n'a pas déçu, et on sortait les yeux encore ecarquillés du spectacle, unique dans sa richesse et sa diversité. Si j'avais été l'un et l'autre (P+Y), j'aurais peut-être eu moins le réflexe du collectionneur qu'on voit parfois poindre, comme l'accumulation des lourdes aiguières, l'amoncellement des bronzes et des émaux. Mais, en y songeant, les deux n'ont fait là que reprendre une vieille habitude des riches collectionneurs, souvent des rois ou des princes, de la Renaissance. Un petit regret : qu'ils se soient davantage intéressés, en matière de sculpture, à la période classique qu'à celle des années 20-50, qui fut LA grande période de la sculpture, en particulier en France. Et formulons, pour clore la rubrique, un autre regret concernant la sulpture...Trop d'hommes et pas assez de femmes! Or moi, c'est le corps féminin qui me "branche", beaucoup plus que celui de l'homme...Et n'oublions pas qu' en dépit de toute la philosophie esthétique du monde, la peinture et la sculpture, sont avant tout affaire de désir.  

Je retiens surtout le vaste choix de peintures. Plusieurs toiles de Géricault rendent parfaitement justice à ce très grand peintre.
Le tableau des enfants Dedreux  restera longtemps dans la mémoire, par son aspect inquiétant, pas du tout "enfantin", son admirable composition, et qu'un seul homme ait été en mesure d'avoir chez lui cette oeuvre, et de placer en face s'il lui plaisait, le splendide portrait d'enfant par Goya est déjà un grand succès. Je ne sais pourquoi, mais il y a entre ces deux toiles une très mystérieuse correspondance, qui disparaîtra à jamais, comme le veut destin éphémère qui les avait réunis pour quelques décennies.  Un Matisse spendide, "les coucous, tapis bleuet rose" à l'impeccable composition trône dans une des salles, comme il devait trôner dans un des salons de l'une des nombreuses résidences de ce couple déjà mythique. Mais ce Matisse est un Matisse de facture "classique", je lui préférerais, s'il me fallait choisir, celui plus discret, mais plus important dans l'évolution du peintre, et au charme indéfinissable intitulé "nu au bord de la mer", et qui pourrait bien être une première Eve, et qui fut nous dit  le catalogue, la première préfiguration d'un des thèmes féminins qui devaient ensuite prendre leur essor dans ce qui devait plus tard être "la danse".  Il y a aussi un petit tableau de Degas ( cf l'image ci-dessus)  représentant un paysage italien image même de la perfection - perffection de l'inachevé!!- telle que Degas sait les faire, avec le clin d'oeil ironique qui lui a fait peindre légèrement de biais l'encadrement du balcon par où s'échappe la vue pour introduire un élément d'instabilité.  

Les incursions dans les époques classiques étaient toujours très mesurées et intelligentes. On admirera surtout un tableau très expressif de Nouvolone, un peintre dix-septième de l'école de Crémone, intitulé "la mort de Didon", thème souvent traité aussi chez "nos" classiques français.

L'intensité de l'échange des regards entre Didon "expirante" pour parler comme Racine, et l'homme retient plus que l'attention. Attention! La photo ci jointe ne rend absolument pas compte de la profusion des couleurs.
Et tant d'autres...Mais je ne veux pas omettre un petit tableautin très fort, d'un certain von Stück, de l'époque veinnoise début 20è. Tableau qui représente une amazone, d'une vigueur étonnante. Je l'achèterais bien (on peut bien rouler dans son esprit ce genre de pensées vagabondes)...Car et c'est tout le piquant supplémentaire, la dimension vente aux enchères n'était pas absente.  C'est Christie's qui a organisé la manifestion (et le service de sécurité était, je le dis en passant, d'une autre efficacité que celle des expositions habituelles, avis à la Réunion des musées de France) et des hôtesses avenantes fournissaient à qui voulait les entendre les explications nécessaires.
Et je repose la question : cette collection unique, un Etat ayant les moyens et soucieux de son patrimoine, peut-il (a-t-il le droit de ?) la laisser partir comme cela aux quatre vents? N'y avait-il pas là matière à projet original entre l'Etat et M. Bergé, qui après tout est un patriote (commandeur de la Légion d'Honneur en plus!!), avec en arrière fond l'arme ultime de la préemption ? Mais il faut de la réactivité, de l'imagination, et surtout ne pas être "fauché" comme nous le sommes...