Le nouvel européen

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dimanche 21 septembre 2008

UE/ Russie, suite...

Au moment où les deux Premiers ministres français et russe se rencontrent à Sotchi, sur les bords de la mer noire (donc pas loin des côtes géorgiennes...), pour leur rencontre annuelle, dans le cadre d'un "séminaire  gouvernemental"*, pour réaffirmer la permanence de leurs intérêts communs, notamment sur le plan économique, il est intéressant de revenir sur la crise géorgienne.
D'abord pour indiquer que les deux "Premiers", après s'être félicités de l'application de l'accord du 26 août, et des décisions du 8 septembre (plan de retrait des troupes russes du territoire georgien hors les deux provinces d'Ossétie et d'Abkhazie),  ont bien sûr rappelé leurs positions sur la crise géorgienne. M. Fillon l'a fait avec netteté mais avec une modération à remarquer, et M. Poutine a rappelé que l'origine du changement de position de la Russie sur ces deux provinces était à trouver au Kosovo ("boite de Pandore")...On n'est pas obligé de croire M. Poutine, mais on peut aussi voir dans ce rappel des indications pour des négociations futures (car il y en aura)...
Le choix de la France de faire du business as usual avec la Russie (tout en rappelant les principes), y compris en période de gros temps, est à saluer comme un beau mouvement d'indépendance notamment vis à vis des Etats-Unis dont la secrétaire d'Etat dénonce à tout va la nouvelle aggressivité russe. Il sert accessoirement de signal aux autres partenaires de l'UE pour la préparation du sommet Russie/UE en octobre prochain, où doivent être esquissés les grands traits d'un futur "partenariat stratégique" . On sait que, lors de leur sommet du 1er septembre, les Vingt-Sept avaient décidé de geler les préparatifs de cette rencontre, tant que les dispositions de l'accord du 26 août n'étaient pas appliquées. Rien ne devrait maintenant s'opposer à ce que l'on se mette au travail...  
Hier sur CNN, on a pu assister à une rencontre des plus intéressantes, entre cinq anciens secrétaires d'Etat américains. En dehors des borborigmes inaudibles d'un Kissinger bien fatigué, chacun des propos de ces personnes d'expérience valait son pesant d'or. J' ai notamment dégusté, si je puis dire, la vigoureuse analyse de Colin Powel sur la Géorgie, y retrouvant avec l'autorité et la sagesse (oui, c'est le mot qui me vient en premier à l'esprit, ce Powel est un sage..et même les sages peuvent être abusés, quand on songe on rôle qu'on lui a fait jouer en Irak) le schéma que je défends sur la crise géorgienne et la relation avec la Russie ( il a notamment clairement désigné le fauteur, celui qui a "craqué l'allumette dans une pièce remplie d'explosifs", l'ineffable Saakhashvili). J'ai "raté" toutefois les morceaux sur l'Afghanistan et l'Iran...
Quand on entend des responsables américains par les temps qui courent, on est un peu gêné, et l' on n'aimerait guère être dans leur peau. Cette omnipuissance américaine qu'on nous garantissait au moins jusqu'au cap des années 2020, est en train de battre de l'aile à un rythme vertigineux, sur tous les plans, des massifs montagneux de l'Afghanistan, avec leurs prolongements pakistanais, aux salles de cotation enfièvrées de Wall Street. Et nous sommes entrainés dans la chute...Sauf à décider le contraire, au moins dans les domaines que nous maîtrisons, nous Européens- et il y en a...-(comme celui de la finance et de la monnaie). En tout cas, nous voilà renvoyés à la désagréable situation de devoir nous prendre en charge nous-mêmes...C'est clair désormais, et doit l'être même aux yeux des Européens les plus "atlantistes" : leur essor, leur salut ne viendra que d'eux-mêmes, que de nous-mêmes ensemble. On a (trop) dit qu'avec le 11 septembre 2001, un nouveau monde émergeait, mais je crois qu'avec la crise financière sans précédent que nous vivons en ce moment, on pourra le dire plus justement : après le "septembre noir de 2008", rien ne sera plus comme avant dans le monde de la finance mondialisée. Et dans ce cas, les Etats-Unis ne sont pas la victime mais le fauteur...Un ordre nouveau doit maintenant être recontruit. Où est le nouveau Marx pour d'abord nous livrer une analyse sérieuse, convaincante et globale du chaos actuel? Où sont les mouvements sociaux et politiques pour ensuite prendre le relais et transformer cette analyse en actes, en décisions à l'échelle de la planète? Il est quelque part, j'en suis sûr...  

NB.: Pour une analyse sérieuse de l'attitude russe dans l'affaire géorgienne, je vous conseille la dernière tribune de l'Institut Thomas More où, dans un article serré et brillant à la fois, Laurent Vinatier,  jeune chercheur français en sciences politiques, étudie le modèle "post-impérial russe". A ce propos, si, dans la presse de "grande écoute", on pouvait avoir de nouvelles plumes pour nous commenter l'actualité, ce ne serait pas mal, plutôt que l'aller chercher toujours les mêmes abonnés...La thèse de Vinatier, pour la résumer à gros traits, est qu'avec l'affaire géorgienne, nous avons l'émergence d'une Russie post-impériale où ce n'est plus la conquête ou la domination qui comptent, mais le souci de l'équilibre entre puissances dans une région spécifique. Et plus précisément, le souci d'un nouvel équilibre avec les Etats-Unis. Et Vinatier de démontrer que la Russie de Poutine a agi "en miroir" des comportements américains sur la scène internationale : interprétation libre du droit international, deux poids deux mesures etc...Il n'est pas interdit de penser, et là c'est moi qui l'ajoute, que la séquence n'est pas non plus insignifiante : dans six mois il y aura une  nouvelle administration américaine, et la relation avec la Russie s'invitera ainsi en tête des dossiers chauds. Entre-temps, il y aura eu, "au printemps",  le sommet de l'OTAN à Strasbourg/Kehl, et il faudra que les Alliés soient très prudents sur les dossiers géorgiens et ukrainiens. Durant cette période délicate, qui va jusquà l'été 2009, les Russes, comme d'ailleurs les Iraniens ( sur un tout autre plan), seront les maîtres du calendrier.             

*: c'est donc à titre bilatéral et non en tant que Président de l'UE que les autorités françaises ont maintenu leur rencontre..La configuration "multivoies" de l'UE pemet ce genre d'acrobaties...Un jour on "est" l'Union, un autre non...C'est tout l'art des Européens. 

dimanche 10 août 2008

Georgie : plans divers

En Georgie, au troisième jour du conflit, où en est-on?
Sur place, les combats continuent, mais la tendance qui se dégage parait claire. Les troupes russes - en effectifs assez faibles pour l'instant on parle de 2.500 hmmes)- sont en train de reprendre la ville de Tshinkvalli, capitale de l'Ossétie du sud. En Abkhazie, où la présence géorgienne est déjà largement nominale depuis de nombreuses années, les troupes géorgiennes encore présentes dans une partie névralgique du territoire, les gorges de Kodori, en auraient été chassées par les troupes russes. Si cette nouvelle devait être confirmée cela signifierait pratiquement la fin de toute présence géorgienne en Abkhazie.
En effet les gorges de Kodori, sont un verrou qui commande à la fois l'accés vers le reste de la Géorgie, et vers la Russie. Cet endroit, particulièremetn inhospitalier, est enocre peuplé de Géorgiens (je pense qu'on purra dans quelques jours, en parler au passé). Cette zone stratégique a été l'objet de combats nombreux et virulents, avec intervention directe de troupes russes.
(carte empruntée à l'article de Wikipedia remarquablement documenté, et actualisé presque heure par heure en ce moment).
Les combats ont d'ailleurs conduit les Nations Unies à se saisir du problème. Un accord de démilitarisation avait été signé prévoyant le retrait des forces abkhazes et géorgiennes. Une Mission des Nations Unies en Géorgie a été instituée, la MONUG, avec pour mandat d'observer la situation sur le terrainet le respect des accords de démilitarisation. Dans son dernier rapport, datant du 28 juillet dernier, le SG notait la sérieuse dégradation sur le terrain. Cette dégradation était largement due au changement de position de la Russie vis à vis des autorités de l'Abkhazie (comme de l'Ossétie) qui par un décret d'avril 2008 avait donné instruction à son administration de renforcer à tous les niveaux  les contacts avec ces deux entités. Sur place, le cessez-le feu négocié en 1994 est suivi par un contingent de militaires de la CEI (largement russe) et récemment le contingent russe avait été substantiellemenet renforcé. La dégradation a s'est manifestée par de multiples bombardements dans la zone abkhaze, dont un bombardement à Gali qui a tué un observateur de la MONUG. La mission a relevé de très nombreuses violations des dispositions de l'accord de cessez le feu limitant les vols aériens notamment de la part d'avions de chasse (du type de ceux possédés par la flotte géorgienne- le raport ne le dit pas aussi nettement), et de drones géorgiens. Du côté abkhaze, elle a eu à se plaindre de restrictions de mouvement contre ses patrouilles, de l'interdiction qui lui a été faite d'observer les nouvelles positions de la CEI. Dans ce rapport, un renforcement sérieux des effectifs de l'armée géorgienne (en même temps que du contingnet CEI) est noté dans la hauté vallée du Kodori, où un véritable engagement entre troupes géorgiennes et abkhazes.
La lecture de ce rapport, passé inaperçu des observateurs, ne laisse aucun doute sur la dégradation de la situation en général et la préparation d'opérations de grande ampleur. Cela n'a pas empêché les membres du Conseil de prolonger jusqu'en octobre 2008, sans autre forme de procès, le mandat de la Mission sur place...Pour l'heure, les observateurs des NU ont été retirés par les forces de la CEI de la hauté vallée du Kodori, "pour raisons de sécurité"..
Au total, d'ici à quelques jours (quelques heures?), toute présence militaire géorgienne devrait avoir disparu des deux entités. 
Alors, la négociation pourra commencer...
Pour l'heure, c'est un peu tôt et il n'est pas sûr que notre ministre des affaires étrangères, au nom de la Présidence française de l'UE, et le ministre finlandais au nom de l'OSCE, puissent obtenir les autorisations nécessaires de survol pour se rendre sur place.
Sur le fond, on constate que ce que la presse appelle pompeusement le Plan de paix de Sarkozy est un simple listing des actions urgentes effectivement indispensables: fin des combats, retrait des troupes sur les lignes du 6/08, respect de l'intégrité territoriale de la Géorgie. C'est le même listing que celui indiqué par le président Bush dans son intervention télévisée d'hier. 
Mais la négociation se fera, pour le président Saakashvili, sur des bases entièrement nouvelles. Il a joué et il a perdu. Aucun des partenaires présents ne saurait l'oublier..Même pas son peuple.
Quant à nous, Européens, je le répète, nous n'avons aucun intérêt à nous mettre particulièrement en avant, et les mises en garde de M. Kouchner au nom de la Présidence de l'UE sur les conséquences que l'UE pourrait tirer de l'attitude de la Russie sur place quant à la relation UE/Russie dans son ensemble sont au mieux des "effets rhétoriques"...L'ennui, c'est que les Russes eux, en prennent note. Avec les Russes, c'est comme avec les Iraniens*, il ne faut pas parler à la légère. et nous ne devons certainement pas écouter sur ce sujet, s'il devait y avoir un Conseil européen (ce qui pourrait apparaître disproportionné, les meilleurs enceintes de négociation étant celles dont les Russes et les Géorgiens font partie), nos "extrèmistes" baltes ou polonais.
 Accessoirement, cette crise nous confronte aux conséquences de l'élargissement. Nous avons désormais des frontières communes avec la Russie, et, dans l'Union, des Etats qui ont un lourd passé non soldé de relations conflictuelles avec la Russie. Ce qui n'est pas notre cas. 
Un des effets collatéraux de l'attitude irresponsable de M. Saakashvili est de renvoyer aux calendes la candidature à l'OTAN de la Géorgie. Souvenons-nous: ce pays a bien failli obtenir à Bucarest, en avril dernier, l'accord des pays membres, sous une forte pression américaine. Deux pays s'y sont particulièremenbt opposés : la France et l'Allemagne. Qui avait raison?
Les événements géorgiens doivent nous servir de leçon et freiner désormais tout élargissement intempestif de l'OTAN - et cela vaut aussi pour l'Union Européenne.
 Par exemple, une des conditions à l'entrée future des pays des Balkans dans l'UE devrait leur être très précisément signifiée : que tous aient réglé leurs contentieux entre eux. Cela vaut aussi pour le Kosovo, qui devra avoir réglé son problème avec la Serbie, avant d'espérer entrer dans l'Union. C'est la moindre des choses que l'on doit exiger. Or, dans les conditions posées actuellement, il faut le savoir, cette question de la réconciliation entre voisins n'est pas spécifiquement établie comme un préalable.          

* = toutes proportions gardées, cela va de soi....     

samedi 9 août 2008

Géorgie : halte au feu!

(carte empruntée au site du MAEE-France-Diplomatie).
L'action irresponsable du Président Saakashvili, qui a cru pouvoir impunément lancer ses troupes contre la République sécessionniste d'Ossétie du sud, enflamme tout à coup les chancelleries, encore sous le choc du spectacle de force, de parfaite organisation, d'élan collectif  qu'a donné la Chine au monde entier.
Il faut toujours se méfier des mois d'août...C'est en août que Saddam Hussein a envahi le Koweit, que Brejnev a envahi la Tchécoslovaquie...
Cela fait longtemps que la situation était tendue en Ossétie. Des incursions aériennes d'avions russes avaient  été relevées au début du mois de juillet. Mais surtout il y avait  eu le déplacement de Condoleeza Rice sur place, au même moment(9/07). Au cours de ce voyage éclair,  la secrétaire d'Etat avait lancé de sérieux avertissements à la partie russe. Mais à l'époque, c'était surtout l'Abkhazie qui causait du souci. Car la Géorgie a deux épines au pied : l'Ossétie du sud, la plus petite, mais surtout l'Abkhazie, un morceau de territoire beaucoup plus important, disposant d'un littoral sur la mer noire, où un gouvernement sécessionniste est en place, et a d'ailleurs été renouvelé l'an dernier à la suite d'élections contestées. Les Abkhazes n'attendent qu'un signe de Moscou pour bouger. On se souvient qu'en 1993, à la suite de la déclaration d'indépendance de la Géorgie, les Abkhazes, soutenus par l'armée russe, avaient chassé les troupes géorgiennes, et  plus de 200.000 habitants géorgiens. 
Toutefois, la situation, pour grave qu'elle ait pu paraître, n'avait pas alors semblé requérir une action urgente. La présidence finlandaise de l'OSCE, n'a pas cru devoir, plus que d'habitude, tirer la sonnette d'alarme lorsque sa représentante, revenue d'une mission éclair sur place (où il y a une mission de l'OSCE dont le but est justement de jouer les bons offices, de réduire les tensions etc...et dont la cheffe est une diplomate finlandaise, Terhi Hakala), a fait un compte rendu de situation devant les délégués au Conseil permanent de l'organisation à Vienne, lors de sa réunion du 14 juillet dernier.
Maintenant le président géorgien proclame l'état de guerre avec la Russie, appelle l'Occident au secours...Fait-on la guerre à la Russie? Non, alors...L'occident viendra-t-il à sa rescousse? Non. Il n'en n'a pas les moyens. C'est la Russie qui a, sur le terrain, et au stade militaire où en sont arrivées les choses, toutes les cartes en mains. On peut, on doit le regretter, mais c'est ainsi. Reste à entamer les négociations...Il faut savoir que cela aura un prix et que ce prix ira croissant avec le développement des opérations militaires.  La légèreté des Occidentaux dans l'affaire du Kosovo trouvera ainsi peut-être sa sanction. Dès le mois de mars, Poutine, qui était encore président, avait donné instruction à son administration de renforcer les contacts avec l'Abkhazie et l'Ossétie du sud. Les deux régions sont intéressantes pour Moscou, au-delà de la "solidarité" avec des populations qui demandent à être rattachées à la fédération de Russie : l'Abkhazie à cause du débouché sur la mer, l'Ossétie parce qu'elle constitue une voie d'entrée facile en Géorgie. 
Pour information : l'Union Européenne a souscrit, dans le cadre de la politique de voisinage, un plan stratégique 2007/13, par lequel les deux parties s'engagent sur un certain nombre d'objectifs.
 http://ec.europa.eu/world/enp/pdf/country/enpi_csp_georgia_summary_fr.pdf  

Agresseur /agressé en Géorgie

Qui arrêtera M. Saakashvili, le Président de la Géorgie, dans sa course insensée (et suicidaire)?
 Dans l'affaire de la reprise par la force de la province secessionniste de Sud Ossétie, le Président géorgien peut certes se réclamer du principe du respect de l'intégrité territoriale de son pays. Mais l'affaire de l'Ossétie du sud dure depuis près de 10 ans. Et le refus du recours à la force a été maintes fois réaffirmé comme l'un des principes directeurs des parties dans ce conflit.
Une mission de paix et de "bons offices" de l'OSCE est présente sur place depuis presqu'autant de temps. Elle fait..ce qu'elle peut!
http://www.osce.org/publications/mg/2008/02/29837_1073_en.pdf
La réponse de la communauté internationale est restée jusqu"à présent purement "platonique", en appelant "les deux parties" à la retenue, ce qui est une curieuse façon de mettre agresseur et agressé sur le même plan. 
Hier, représentants des Etats-Unis et des pays européens ont tenu le même langage du respect de l'intégrité territoriale au Conseil de sécurité, convoqué en urgence à la demande de la Russie, ce qui revenait à défendre l'acte de force de la Géorgie, contre ses propres citoyens. L'Ambassadeur français a parlé dans le même sens que son collègue américain "en sa capacité de Président de l'Union Européenne", pour ajouter, "à titre national" que l'OSCE était la mieux à même d'offrir ses services pour résoudre diplomatiquement le conflit.
Le recours à la force est une méthode qui ne devrait pas avoir cours entre pays qui prétendent adhérer aux "valeurs européennes" de la part d'un pays membre du Conseil de l'Europe, et de surcroît, candidat à une accession à l'OTAN (on se souvient que sa candidature avait été rejetée au dernier sommet de l'OTAN de Bucarest).
Cette mansuétude occidentale vis à vis du comportement irresponsable de M. Saakashvili est aussi et surtout un signal erroné envoyé au président géorgien. Car si celui-ci s'imagine qu'il obtiendra le soutien des Etats-Unis, et de l'OTAN en cas de conflit sérieux avec la Russie (qui depuis longtemps n'attend qu'une raison - valable cette fois comme celle-ci pour infliger une sévère correction militaire à l'armée géorgienne), il se trompe. Il faudrait clairement le lui faire entendre. On sait que les Etats-Unis jouent leur jeu particulier en Georgie, et que M. Saakashvili pense pouvoir compter sur de solides appuis au Congrès et à la Maison-Blanche. Le très proche avenir lui montrera toutes la différence entre les disours et les actes. 
Les Allemands, qui ont toujours eu un oeil attentif sur la situation dans le Caucase et particulièrement sur la Georgie, ont été à ma connaissance, les plus gardés dans leurs réactions jusqu'à présent, dans le "camp occidental" (que l'on en soit près de 20 ans après la fin du communisme encore à parler de "camp occidental" a en soi quelque chose de profondément navrant). Leur ministre des affaires étrangères, M. Steinmeier, a mis en garde, dans une déclaration très fouillée, le gouvernement georgien contre le "risque incalculable" auquel il s'exposait. 
Entre nous, qu'est-ce que cette politique européenne de sécurité et de défense (PESD) où chacun, Etats membres, Haut représentant, Présidence s'exprime de manière séparée et différente? Ce n'est à peu près, rien que de "l'incontinence verbale". 
Dans cette affaire, gravissime pour ses conséquences sur la relation avec la Russie, et pour la pérennité d'un peitit pays que la géographie et l'histoire ont placé tout près de "l'ours russe", la plus grande prudence est de mise. Dans le cas présent, une déclaration de la Présidence de l'UE pour "border le terrain" eût été nécessaire. Seulement, voilà, notre Président était à Pékin, et personne n'a rien vu venir...
Le Président géorgien, redoutable pyromane, a peut-être pensé que les 3.000 feux d'artifice tirés pour la soirée des jeux à Pekin pourraient rendre son coup de force moins visible...       
Aux dernières nouvelles, Etats-Unis et Union Européenne enverraient une mission conjointe à Tbilissi (annonce faite par Mme Rice, et non par un communiqué conjoint des Etats-Unis et de la Présidence de l'UE) : sous quel mandat? Arrêt immédiat des combats? Retrait des troupes sur la "ligne de front" antérieure? Accès aux victimes? Une médiation de l'OSCE (organisation qui offre l'avantage de pouvoir associer les Russes à tout nouvel accord de cessez-le-feu) serait sans doute le meilleur canal de reprise des discussions diplomatques. L'Union Européenne n'a pas à se mettre en première ligne dans cette affaireUne fois de plus, elle se conduit comme un second docile dans un scénario concocté par les Américains. Au détriment de ses intérêts : qui a intérêt à isoler la Russie, à la pousser aux réponses  extrêmes? Peut-être les Américains (et encore...le contrecoup sera immédiat au Conseil de sécurité sur la question du Kosovo, et du passage de témoin en douceur de la mission des Nations-Unies à la mission de l'UE, Eu-lex...), mais en tout cas pas les Européens.