Le nouvel européen

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 10 mai 2008

9 mai bis..I have a dream (auto da fé)

Puisque nous sommes un 9 mai, jour de l'Europe, rêvons...

1- Si les pays d'Europe ne veulent pas disparaître du club des acteurs majeurs dans ce monde impitoyable de la mondialisation, ils n'ont pas d'autre choix que de s'unir (là, tout le monde est d'accord),
2- Quand ils agissent ensemble, ils sont forts, respectés, et remplissent leur rôle pour le "bien commun universel" (imaginons la crise financière actuelle sans l'euro, le tableau de la lutte contre le réchauffement sans Kyoto, qui n'aurait pas existé sans l'UE...Où en serions-nous?),
3- A l'heure actuelle l' Union Européenne n'est cependant pas ce géant qu'on nous décrit si complaisamment, mais un puzzle indistinct, une "entité" sans existence politique,
4-il faut donc de manière urgente s'atteler à la construction d'une Europe politique, c'est-à-dire, démocratique, avec un Etat, un gouvernement démocratiquement élu, responsable devant un Parlement,
 5- A 27, une telle tâche est impossible, une majorité des pays ne le souhaitant pas (encore pour certains, ou jamais pour d'autres), et l'amélioration du fonctionnement de la machinerie européenne induite par les dispositions nouvelles du traité de Lisbonne ne sera, on s'en apercevra assez vite, qu'un stade très temporaire et partiel (avec le risque de compliquer encore davantage les choses), 
6- la mission historique de la France, est de contribuer activement à cet avènement, à cette nouvelle construction européenne, d'amorcer ce nouveau cap. Mais à ce stade du choix de l'union, il faut être clair sur les objectifs, et sur la rénonciation à la souveraineté nationale, clarté qui manque tellement à l'Union élargie,    
7- la prochaine étape de la construction européenne, c'est donc pour nous la réalisation de "l'Union dans l'Union"...avec ceux d'entre nos pays partenaires qui le voudront. Cette " Union renforcée d' Etats européens " sera le noyau de l'Union Européenne (avec l'Allemagne, bien sûr, mais aussi l'Italie, la Belgique- ou plutôt les Belgique-, les Pays-Bas, le Luxembourg, et très probablement l'Espagne, le Portugal, l'Autriche). Elle comptera un seul gouvernement (composé, dans un premier temps tout au moins, d'un nombre limité de ministres, dans les domaines de compétence communautaire) dirigé par une équipe élue au suffrage universel sur un programme bien déterminé, niveau intermédiaire entre les gouvernements nationaux (qui subsisteront en l'état, bien sûr) et l'étage bruxellois, une seule monnaie, une seule représentation dans les instances bruxelloises, une seule diplomatie, une seule armée.
Voilà un excellent programme ...
Quel homme (femme) politique s'emparera de ce projet (visionnaire)?

 

   

dimanche 20 avril 2008

L'urgence démographique

La situation démographique catastrophique de l'Union Européenne commence à percer la carapace d'indifférence et de silence qui a longtemps entouré cette question jugée, on ne sait pourquoi, politiquement incorrecte.
Que le climat change et que cela se traduise par un réchauffement global d'1 ou 2 degrés dans 75 ans, c'est certes très inquiétant, et affole apparemment nos décideurs européens, au point de leur faire prendre des décisions draconiennes, et tout le monde applaudit.
Mais que de timidité pour diagnostiquer le mal démographique! Que de précautions pour envisager les remèdes possibles! Que d'oeillères, encore!
Et pourtant, ce mal n'a absolument rien d'hypothétique. Aucune querelle d'experts ne l'obscurcit, car les données de base sont déjà présentes. Les enfants de 5 à 10 ans ou qui naissent cette année, nos enfants, sont bien, sauf catastrophe imprévisible, les adultes actifs de 2040, avec la charge écrasante de payer les retraites des quelque 22% de leurs concitoyens âgés de plus de 68 ans (en supposant que l'âge moyen de la retraite soit alors passé à cet âge), et l'éducation des quelque 20% de leurs enfants, de moins de 20 ans.
A horizon constant (car il faut toujours être prudent...), soit en prolongeant les tendances observées (poursuite de l'augmentation de l'espérance de vie, maitien d'un taux de fécondité inférieur au seuil de renouvellement), en 2050:
 Nous aurons une pyramide des âges totalement inversée : une base réduite, un sommet "en plateau". Les projections tablent d'ici 2050, sur une augmentation de 171% des plus de 80 ans (+32,3Millions!!!), de 45% des plus de 65/79 ans (et moins de 80), et en bas de la pyramide, une réduction de 18% des moins de 14 ans (moins 13.8Millions...). L'âge médian passera de 38 ans actuellement à 51 ans.      
Je suis de ceux qui pensent que le problème démographique est pour nous le plus grave problème, qui touche à notre survie en tant que civilisation.
Que ce problème est déjà là parmi nous, et qu'il va s'aggraver dramatiquement dans les 25 ans à venir.  
On cite très souvent des chiffres bruts, en soulignant que la population européenne va baisser, et on centre, du côté des planificateurs bruxellois, la réflexion sur le besoin de main d'oeuvre (par rapport à la situation actuelle de main d'oeuvre, il manquera 44 millions en 2050). Et on s'arrête là...
On n'envisage le vieillissement, dans les documents, qui n'ont commencé à apparaître qu'à partir de 2004 avec le livre vert de la Commission, que sous l'angle de l'allongement des années de travail pour répondre aux besoins en main d'oeuvre.
Pour masquer cela on nous peint un monde de vieux en rose...
On feint de considérer comme tout à fait acceptable et viable, une société dont plus de 30% de la population aurait plus de 60 ans, et plus de 15 %  plus de 80 ans...soit presqu'autant d'octogénéaires que d'enfants de moins de 14 ans!
 On met en avant le nouveau dynamisme des seniors, leur curiosité, leur activité physique et mentale débordante...
Quelque part dans un document de la Commission, on apprend que le vieillissement nous coûtera un point à un point et demi de croissance...Mais on ne va pas au-delà. Alors qu'on n'hésite pas à chiffrer les effets du réchauffement climatique, on est bien plus timoré pour mesurer et révéler au public les effets du vieillissement.
Ces effets toucheront l'ensemble de nos comportement sociétaux. Une société qui se veut à la pointe de l'économie de la connaissance, de la recherche, la société des engagements de  la stratégie de Lisbonne, n'est pas une société dont la majorité de la population a dépassé les 50 ans...

Est-ce avec des pappys et des mamies des troisième et quatrième âge que l'Europe défendra et promouvra ses "valeurs", ses intérêts face au reste du monde?
Qui voudra vivre dans une Europe transformée en hospice de vieillards?
Et la seule alternative proposée est le recours à l'immigration...Mais ce recours devra être massif, et se faire en très peu d'années...Entre 2015 et 2040, ce seront plus de 30 millions de travailleurs qu'il faudra attirer en Europe. A partir de 2015 en effet, moment où la population active en âge de travailler va commencer à baisser sérieusement, sans que le travail des seniors puisse compenser pleinement le manque de bras dans tous les secteurs (et surtout dans celui des services où les progrès de productivité ont des limites, dans tous les métiers "physiques"), l'urgence sera d'attirer en Europe des travailleurs. Le bassin le plus évident sera le sud de la Méditerranée et l'Afrique. Mais à quelles conditions les migrants accepteront-ils de venir s'installer chez nous? Qu'exigeront-ils en retour? Le regroupement familial (revendication parfaitement légitime, et d'ailleurs reconnue par les conventions internationales)? La reconnaissance de leurs  droits culturels, cultuels? Des liens privilégiés avec la mère patrie? Nous avons l'habitude de cohortes de migrants prêts à tout pour venir chez nous. Mais qu'en sera-t-il dans l'avenir? L'évidence des besoins va faire pencher la balance du rapport de force du côté de l'offre, pas si illimitée qu'on peut l'imaginer, car les gouvernements des pays d'émigration verront là le moyen de retrouver une marge de manoeuvre qu'ils avaient perdue dans le passé, et monnaieront -cher peut-être- leur aide en ressource humaine. Cette arrivée si massive de nouveaux imigrants posera d'autre part forcément des problèmes d'intégration. 
Il ne s'agit pas de jouer les Cassandre.
Mais on n'a pas le droit d'évacuer les paramètres les moins plaisants lorsqu'on fait de la prospective.
Ne serait-ce que pour en démonter la fragilité, car si les quinquas de 2050 sont déjà là, les jeunes ne le sont pas encore, et rien n'interdit d'imaginer un retournement de tendance quant au nombre des naissances en Europe. Une étude plus fine montre d'ailleurs que les sociétés nordiques ont fortement remonté la pente, (sans atteindre toutefois le seuil du renouvellement), qu'en Allemagne, qui a le comportement démograhique malthusien  le plus ancré, on note un changement récent et très net dans les "intentions d'enfant"...Serait-ce un premier signe?    
Pourquoi n'examine-t-on pas sérieusement, parmi les solutions au problème démographique, solutions qui ne peuvent être que multiples et diverses, l'urgence d'un retour à la règle du retour au renouvellement générationnel (presque tous les pays européens sauf la France et l'Irlande -et encore..-, ont abandonné depuis longtemps cette règle)? Que fait-on pour encourager sérieusement la natalité dans nos sociétés? 
La France, qui est le meilleur élève de la classe européenne quant au taux de natalité (elle assure plus de la moitié du solde positif des naissances sur les décès dans l'UE à 27, c'est un chiffre à méditer) n'a-t-elle pas un devoir à ce sujet? ...N'y aurait-il pas là un message à lancer à l'occasion de notre Présidence?
Plus globalement, n'est-il pas temps de remettre l'enfant, né et à naître, au centre des préoccupations des décideurs de nos sociétés européennes? Et d'en tirer les conséquences? Les droits -et les devoirs- de l'enfant sont-ils partout respectés dans l'Union? Nos familles, par exemple, avec leur taux élevé de divorces, sont-elles un milieu favorisant l'épanouissement de l'enfant?
Si , comme a commencé à le faire notre secrétaire d'Etat aux affaires européennes, M. Jouyet, qui a placé la question démographique parmi les priorités de l'Union, nous obtenions un traitement plus global de la question, à la fois dans le diagnostic, et dans les solutions, nous aurions déjà avancé. L'opinion européenne doit être rendue attentive rapidement à toutes les conséquences du vieillissement, comme cela est fait pour le changement climatique.
La Commission, qui a commandé toute une série d'études sur les conséquences du vieillissement (on les trouve sur le site de la DG emploi, social), continue manifestement, bien que consciente de l'ampleur du problème, à dédramatiser. Il n' y a qu'à voir le ton particulièrement optimiste employé dans sa communication (2006) intitulée: "l'avenir démographique de l'Europe:transformer un défi en opportunité".
 http://europa.eu/scadplus/leg/fr/cha/c10160.htm 
Je note qu'aucune des études citées par la Commission n'émane de l'INED. Elles   proviennent toutes soit du London School of Economics, soit d'Universités nordiques, soit de l'Institut démographique de Vienne..Il y avait jadis une école démographique française...A-t-elle totalement disparu? Pourquoi ne consulte-t-on pas les Français et leurs démographes, qui pourraient nous parler, une fois n'est pas coutume, d'une success story à la française... 
Ajoutons, pour terminer sur du positif, que la Commission elle-même évolue. C'est ainsi que sa dernière communication, en date de mai 2007, et intitulé "l'Alliance européenne des familles : promouvoir la solidarité entre les générations", est nettement plus allante et globalisante, moins idéologique dans ses préconisations...A quelques exceptions près! Ainsi pourquoi dans les annexes, aller choisir, dans une étude, au demeurant fort bien faite*, sur les préférences du nombre d'enfants, les préférences de la tranche d'âge entre.. 40 et 54 ans (qui, au mieux, ne donne qu'un tableau du passé) et pas des populations les plus intéressantes de ce point de vue, c'est-à-dire qui sont en âge de procréer? Question subsidaire aux instituts de sondage, ou plutôt à ceux qui leur commandent les sondages : pourquoi ne posez-vous jamais de question du genre : "si vous aviez le choix et si vous en aviez les moyens, préféreriez-vous élever vos enfants à la maison plutôt que de les confier à la crèche?"..
Quant au Commissaire en charge, le Tchèque Vladimir Spidla, il est d'une orthodoxie langue de bois-bruxelloise sans faille: pour lui, le problème démographique se résoudra par une "amélioration de la qualité du travail", entendez un allongement de la durée du travail..C'est tout! C'est peu...
http://ec.europa.eu/commission_barroso/spidla/policies_fr.cfm

*= avec des oeillères "imposées" tout de même...Au nom de la parité hommes/femmes, mettre sur le même pied les intentions d'enfants des hommes et des femmes, a quelque chose d'abstrait, et même d'un peu injurieux pour les femmes, qui sont tout de même les premières concernées dans la maternité (mot interdit, notons-le, on ne parle plus que de fertilité..comme pour masquer la différence fondamentale entre hommes et femmes de ce point de vue?). Etude de Maria Rita Testa, de l'Institut démographique de Vienne..qui a bien de la chance, car on retrouve cet insititut dans de nombreuses bibliographies, et de nombreuses études de la Commission sur le sujet.   

  

dimanche 13 avril 2008

LCDJ

"Un des secrets de la réussite de la construction européenne est que chacun de nos peuples paraît avoir admis implicitement que l'Europe serait en charge de notre avenir. Tout se passe comme si l'Union avait une compétence cachée : l'avenir. Un avenir semblable, donc vraisemblablement, commun. Car, faute de nous entretuer, nous vieillirons ensemble. De facto, la plupart des problèmes d'avenir de nos pays sont abandonnés à l'Europe".
                                                                                                Alain Lamassoure

NB : Je ne ferai pas au lecteur "nouvel européen" l'injure de lui recommander  cette "Odyssée", must de tout "europhile", l'"Histoire secrète de la convention européenne" d' où je tire cet extrait. Au-delà du récit d'une vraie saga -qui n'a pas conduit au lieu promis (mais après tout le livre se clôt sur l'échec de la convention de décembre 2003, alors...)- il y a une pluie de réflexions générales dont chacun peut faire son miel. Et en le relisant, j'ai pensé à la citation précédente...