Le nouvel européen

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jeudi 1 janvier 2009

L'année 2009...

Je la dédie à Alexandre Jardin.

Il a compris le film, lui! Il a compris que le grand mal dont souffre notre pays, et auquel les dix-huit premiers mois de la Présidence Sarkozy n'ont pas vraiment touché, en dépit des vélléités, c'est l'incapacité à agir de la puissance publique, puissance publique comprise dans la totalité de ses expressions (gouvernement - à tous les niveaux, administration, législatif -là aussi à tous les niveaux) .

La période de crise fondamentale économique dans laquelle nous entrons, va-t-elle nous fournir l'occasion  d'une remise en cause elle aussi fondamentale des nos méthodes d'action? Nous sortir de l'amateurisme dans lequel nous nous complaisons? et il va de soi que cette critique s'applique aussi bien à des régimes "de droite", que "de gauche".   

Jardin dit une chose très juste : que, dans le privé, on fait le travail plus sérieusement. Peugeot, je le cite, pour lancer un modèle, poursuit des études durant dix ans, modifie sa stratégie d'ensemble en conséquence...Pas besoin de filer davantage la comparaison. Il est effrayé, toujours lui qui parle, par le peu de moyens consacrés à la réflexion avant la décision, dans la sphère politique notamment, par la faible utilisation des moyens modernes comme internet pour rassembler les compétences, qui sont, dans un pays archi-développé comme le nôtre, énormes et multiformes.
J'ajouterais à cela, le peu de temps, d'efforts, consacré à la création de consensus sur des sujets centraux, consensus ou majorités d'idées tout à fait indispensables pour être acceptés, et transformés ensuite en action politique. Il est évident que le temps d'un mandat de Président ou plus encore de Premier ministre, ne se prête pas à ce travail de longue haleine, ni le tempo particulièrement pressé de notre société médiatique. Mais, sans cela, on ne travaille que dans l'instant, on ne récolte que des succès d'apparence. Or nous avons la chance en France d'avoir un système  qui favoriserait plutôt le long terme par rapport à des systèmes parlementaires où énormément de temps se perd en querelles de partis, en rapports de force minuscules, en batailles d'égos dont nos querelles politiciennes ne donnent qu'une très faible idée, et même par rapport à des systèmes fédéraux où les compétences sont tellement tranchées que chacun des niveaux de gouvernement est tenté, et en mesure, de travailler dans son coin, en conflit avec le niveau du dessus ou du dessous. Notre système, avec un chef bien légitime, aux pouvoirs étendus -un peu trop aux yeux de certains, mais surtout de ceux qui aspirent à occuper la place tant convoitée- , en principe au-dessus des partis, avec un Parlement "rationalisé" -un peu trop, sans doute-  , avec des collectivités territoriales obligées de s'entendre entre elles pour faire fonctionner la machine tellement les compétences sont enchevêtrées, est un système bâti pour être efficace, et il offre à maints égards une souplesse que nos voisins peuvent nous envier. 
Quand on songe aux archaismes d'un système politique comme le système américain, et à l'incapacité d'en changer, quand on songe aux conséquences gravissimes d'un système comme le système istraélien avec son système à la proportionnelle intégrale qui fait des gouvernements composés de majorités de rencontre, les otages perpétuels de petites formations exrêmistes, et empêche de rendre le peuple arbitre de la solution aux problèmes de fond (avec réferendum par exemple), on se dit qu'on n'est pas logés à si mauvaise enseigne que cela en France.

En principe, avec la force et le respect de l'Etat que les siècles de notre histoire chaotique nous ont légués, nous devrions pouvoir échapper, au moins davantage que les autres, aux vertiges de l'action de court terme, vraie plaie de notre société. Mais c'est tout le contraire.

Alors, en partant du constat d'Alexandre Jardin, mon voeu est, pour cette année qui offre, grâce si je puis dire à la crise, une chance de changer nos méthodes, les modes de fonctionnement de notre société, que le vrai changement, celui des mentalités, des modes de travail de l'action publique commence à opérer. En France, mais aussi bien sûr en Europe. Car il doit être bien clair pour tous que "la France et l'Europe c'est désormais une même entreprise".  Si la France commence à se prendre au sérieux, elle rependra aussi l'oeuvre de la construction européenne au sérieux, et se remettra au centre du jeu.  Et je le dis tout net : on peut pas faire l'économie d'un projet pour l'Europe, ce projet ne pouvant être que démocratique, et reposant sur le consentement explicite des peuples, et par conséquent  d'une Constitution, avec des règles claires compréhensibles par le citoyen, un vrai exécutif avec des chefs élus, bien identifiés comme tels, (et non des "politburos" ne pouvant décider qu'en groupe, et donc qui ne décident rien, sinon d'ergoter et de ne rien faire) aux compétences limitées certes mais connues, qui se situe au dessus des gouvernements nationaux. L'échec de Lisbonne, s'il était avéré, ne rendrait la tâche que plus facile, car il obligerait à reconstruire l'ensemble (sans détruire l'existant) avec ceux des pays et des peuples, directement et simultanément consultés,  partants pour une telle expérience. C'est naturellement à la France de reprendre ce flambeau-là.   Donc, soyons nets, mon voeu pour 2009 est que, d'une manière ou d'une autre, l'occasion du débat sur le fond du projet européen soit réactivé. Un passage en catimini du mauvais compromis de Lisbonne ne ferait que repousser ce débat nécessaire. D'autant que le dernier conseil européen, en donnant satisfaction aux revendications irréalistes de l'Irlande, a ouvert une boite de Pandore, avec la promesse faite aux Irlandais "s'ils votent bien", de modifier certaines des dispositions centrales du traité (comme le nombre des commissaires européens), et en a fait un "chiffon de papier" modifiable au gré des caprices des uns et des autres.  

dimanche 30 novembre 2008

Vive la crise !

Oui, vive la crise!

 J'en demande pardon aux vrais perdants, ceux qui sont en train de perdre leur emploi, qui subissent dans leur vie, dans leur chair si je puis dire, les contre-coups du ralentissement économique. 
La crise économique, elle est bien là. Un petit signe en passant : le trafic poids lourds au tunnel du Mont-Blanc a baissé de 18% sur les trois dernières semaines de novembre par rapport à la même période de l'an dernier.  Ce qui est sans exemple durant les dernières années.
Mais au-delà des problèmes, et des souffrances que la crise va nous occasionner, je crois sincèrement qu'il y a lieu de saluer ce rappel du bon sens qui nous est ainsi offert...Espérons-le sans trop de dommages collatéraux.

Dans le domaine des relations internationales, et pour l'essor européen, qui m'importe ici, cette crise, qui coincide avec d'autres signes allant dans le même sens, comme le déni des peuples, doit inciter à réfléchir. Notre Président l'a fait, à sa manière, que l'on peut juger primesautière, et superficielle. Mais il l'a fait. Il a eu ce mérite. Il faut poursuivre dans cette voie du réexamen global. L'Etat redevient le garant ultime de la sécurité des peuples, et d'abord de leur sécurité financière.
Ce réexamen doit concerner l'Europe, son fonctionnement, ses valeurs. Son culte forcené du marché, de la concurrence débridée, de la "compétitivité", son mépris de l'action étatique, sa méfiance des services publics. 

A nous maintenant de construire, à côté,  l'Etat européen. Non pas contre les Etats qui le composent.Mais au dessus et dans le cadre de certaines compétences. Mais un Etat qui existera en tant que tel, qui ne soit pas l'addition de nos Etats, mais sa transcendance en quelque sorte... A nous de contruire ce sentiment d'appartenance à une "maison commune", qui existe si peu aujourd'hui, et qui définira notre attachement à un destin uni, fondant l'Etat à venir, naissant sur des bases démocratiques, et "hégeliennes", et non comme la résultante de l'influence des lobbies si actifs actuellement auprès de ce "ventre mou" qu'est actuellement le pouvoir bruxellois. Osons le mot, qui déplait tant à des oreilles, allemandes par exemple, "impériales" oui impériales, sans l'arrogance d'un empire mais avec son sérieux dans la poursuite des objectifs de survie et de maintien de l'ordre, un "ordre juste" si l'on veut, et de la paix. Ce qui ne fait qu'accroître le sentiment d'urgence à s'atteler à la tâche. Et là, quand je vois qu'un "Monsieur" comme Jean-Pierre Jouyet, abandonne le terrain de la politique européenne qu'il avait abordé avec bonheur, au profit d'un poste administratif, certes prestigieux, j'enrage, car c'est exactement de ce genre de profil que nous aurions besoin -notamment à l'échéance des élections de juin-  pour convaincre, gagner une opinion à priori rétive ou indifférente, et développer un concept "vainqueur" de l'Union.   

Vive la crise aussi dans le domaine artistique. Il y aura là aussi des pleurs et des grincements de dents. Mais on était allés trop loin dans le déni de réalité, dans la confusion, le mélange des genres, et finalement, le culte de la provocation, le nihilisme, l'abaissement des valeurs de l'art, le négationnisme. L'Art nous élève, nous gagne au beau, à ce qui ne passe pas, à l'au delà de l'instantané, ou il n'est rien. "Ils" ont voulu nous faire croire que l'art n'existait plus, qu'il n'y avait plus que l'argent. Ils vont voir.   Les vrais artistes, qui se morfondent dans leur travail solitaire, avec leurs exigences surannées, ils pourront relever la tête. La crise va, ou peut, nous  réapprendre le bon sens.

samedi 14 juin 2008

FRAPPEE A MORT ?

On peut se rassurer comme on veut, faire de l'incantatoire et du "wishful thinking", dire, comme il se doit, que le "processus de ratification doit continuer", faire les gros yeux aux Irlandais, mais la réalité est bien là : chaque fois que les peuples ont à se prononcer désormais, la réponse est sans appel, c'est un non clair et net.
C'est une vraie catastrophe. Une crise majeure.
Et il y a fort à parier, hélas, que cette fois encore, on se bouchera les yeux, en accusant l'ambiguïté fondamentale des référendums, la balourdise du PM irlandais, le beau ou le mauvais temps, ou l'ingratitude des Irlandais (là ce ne serait pas tout à fait déplacé...), et on refusera de voir la réalité en face.
On trouvera un replâtrage. 
Les gens - les peuples- n'aiment pas être pris pour des idiots.
Quand on leur vend un produit, même politique, ils aiment bien savoir ce qu'il en est vraiment. Ils lisent, ils s'informent. S'ils ne comprennent pas, ils flairent l'"arnaque".
Ils disent non ou s'abstiennent.
Il s'est passé en Irlande ce qui s'est passé en France et aux Pays-Bas, et entre-temps on était même passé au rayon "deuxième choix" (le Traité de Lisbonne n'est-il pas un deuxième choix par rapport au projet constitutionnel ?).
La réalité, c'est qu'il faut dire clairement ce que l'on veut faire ensemble.
L'Irlande est un pays neutre, qui n'a qu'une armée dont le but premier est de forunir des troupes pour les opérations de paix de l'ONU, qui déteste le nucléaire. Elle est profondément catholique, n'aime pas qu'on la pousse sur des questions comme l'avortement (qui fut l'un des thèmes de la campagne référendaire de 2000). Ce serait bien sûr beaucoup plus sexy et à la mode si elle était musulmane. Mais ce n'est pas le cas. Il faut en prendre son parti. Elle a subi pendant quatre siècles l'oppression britannique sans disparaître, ce n'est pas la volonté de tel ou tel dirigeant Européen qui va la faire changer. Elle ne transigera pas sur ces options fondamentales.
Il faut l'accepter.
Et accepter que ceux qui ne veulent pas prendre la même direction que vous ne prennent pas le même train. Au risque d'être moins nombreux.
Mais ces choix là doivent être clairs. Quand on entre dans un club, on s'engage. Et quand on n'est plus d'accord avec les règles du club, on s'en va. Mais les règles doivent être connues, ne pas changer en cours de route. Et en retour, celui qui abandonne la partie doit savoir à quoi il s'expose.   
Cette fois, l'Union Européenne façon Maastricht élargie à l'infini au gré non, comme on se complait à le dire, des réalités géostratégiques ou d'une solidarité continentale, mais des clientèles ( après la Turquie, que veulent les Etats-Unis et le Royaume Uni, il y a l'Ukraine que veut la Pologne), cette Europe là est bien morte.
Le mieux serait d'en tirer les conséquences, et d'arrêter les frais. 
Union économique, d'accord.
Pour le reste, il faut voir et savoir - et dès le départ- qui veut quoi et avec qui. Est vraiment condamnée cette fois la méthode Monnet dévoyée dite de l'engrenage, reposant sur la création d'une série de "solidarités de fait" censées enserrer les gouvernements et les peuples de telle sorte qu'ils n'aient plus le choix de revenir en arrière, vers les divisions d'antan.
L'ennui, c'est que dans une démocratie, un jour ou l'autre le peuple tranche.
Et que notre projet européen ne peut être que démocratique, sous peine de forfaiture. 
On peut redouter les prochaines élections européennes, qui vont encore battre des records d'abstention. 
Une autre voie existe, celle de la négation, du négationnisme : les peuples en fait ne distinguent pas clairement ce qui est bien pour eux ( c'est bien cela l'argument contre le principe du réferendum, où les raisons d'un oui ou d'un non sont trop complexes pour être décryptées dans un choix politique? ). Et je suis prêt à parier que l'une des conséquences du référendum irlandais, c'est qu'il n'y en aura plus sur des sujets européens, et que, sous une forme ou sous une autre, le Conseil européen s'arrangera pour en proscrire l'usage.
Entendons-nous bien. Cette crise là doit nous amener à choisir non moins d'Europe, mais davantage et mieux. Cette crise de plus pourrait être salutaire. Mais à un prix qu'aucun dirigeant européen actuel n'est, à mon avis, prêt à payer (sauf, peut-être, la chancelière?). 
En attendant, "il faut tenter de vivre"...Pas facile pour la Présidence française!   
Comment rassembler une majorité sur le renforcement de la politique de défense par exemple, une des priorités affichées par nous (bien imprudemment à mon avis) pour notre Présidence?  
Car, au nom de qui et de quoi parler désormais? Le déni des peuples, n'est-ce pas la pire sanction en démocratie?
Et ce serait naïf de penser que ce cancer peut être circonscrit.
Le discrédit va frapper l'ensemble des politiques, l'indiscipline va elle aussi se développer parmi les Vingt-Sept.
Un premier signe sera de voir combien parmi les Etats qui n'ont pas encore ratifié le texte, vont le faire.