Le nouvel européen

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Tag - traité de Lisbonne

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dimanche 15 mars 2009

futur G20

Comme à peu près personne n'en a parlé dans les médias, autrement que de manière très allusive et succincte, je reprends ci dessous in extenso le communiqué publié à l'issue du 11è Conseil des ministres franco-allemand qui s’est tenu le 12 mars 2009.
Je rappelle que, dans le cadre très lourd de la machinerie institutionnelle franco-allemande (sans exemple avec aucun autre Etat européen en ce qui nous concerne), le CFMA est l'instance la plus élevée. Il se tient en principe deux fois par an : il remplace les Sommets, depuis la déclaration du 40ème anniversaire du traité de l'Elysée, du 22 janvier 2003, qui est la charte fondatrice du nouvel élan alors donné à la coopération franco-allemande (on se souvient bien sûr du contexte très particulier...à deux mois du déclanchement de l'invasion de l'Irak).
"La France et l’Allemagne ont souligné leur détermination à poursuivre et à renforcer la coordination de leur politique économique contre la crise économique et financière et à travailler ensemble à ce qu’une telle crise ne se reproduise pas.
 
Dans cet esprit, la France et l’Allemagne vont poursuivre leur coopération en vue d’obtenir des résultats substantiels et concrets lors du prochain Sommet du G20 qui se réunira à Londres le 2 avril prochain. Le Conseil des ministres franco-allemand a confirmé l’importance des résultats obtenus lors du Sommet de Berlin le 22 février dernier, résultats qui seront mis en avant avec force par les deux parties lors du Sommet de Londres. En outre, les deux pays ont souligné que les hedge funds et tous les types de fonds susceptibles de créer un risque systémique doivent faire l’objet d’une régulation et d’une supervision appropriées. Ensemble, nos deux pays vont travailler à un mécanisme de sanctions effectif pour se protéger des risques que font courir les juridictions non coopératives, qu’il faudra désigner. En outre, ils travailleront à des politiques salariales transparentes et durables.

La France et l’Allemagne soutiennent les discussions portant sur la création d’une nouvelle charte en faveur de l’activité économique durable comme cadre de travail des Etats et des institutions internationales, basée sur les principes du marché mais en corrigeant les excès, en vue d’aboutir à la création d’une structure de gouvernance mondiale. La France et l’Allemagne s’engagent à lutter contre toute mesure protectionniste et agiront ensemble pour que le Sommet du G20 émette un signal clair en faveur de la conclusion dans les prochains mois d’un accord global, équilibré et ambitieux du Round de Doha dans le cadre des négociations de l’OMC.

En coopération avec leurs partenaires européens et la Commission européenne, la France et l’Allemagne ont adopté des mesures budgétaires sans précédent en faveur de la relance économique et de la création d’emplois. Ainsi, les deux pays ont contribué de manière substantielle au programme européen de relance économique, dont les effets stabilisateurs se feront sentir rapidement. Les discussions actuelles devraient prendre en compte non seulement les plans de relance mais aussi les stabilisateurs automatiques et toutes les mesures adoptées depuis le début de la crise. Cela doit également être un message que devra exprimer clairement le prochain Conseil européen.

Des finances publiques saines restent essentielles pour la crédibilité et la stabilité de l’Union européenne. La France et l’Allemagne s’engagent donc à appliquer le pacte de stabilité et de croissance et à poursuivre la consolidation de leurs finances publiques. Pour renforcer leur coordination sur les questions économiques et fiscales, particulièrement concernant les projets de lois de finances et les plans de relance, le Conseil économique et financier franco-allemand intensifiera son dialogue sur ces sujets.

La solidarité et la responsabilité sont des notions clés de l’Union européenne. Dans cet esprit, la France et l’Allemagne se félicitent que l’Union européenne ait montré sa disponibilité et sa capacité à aider les Etats membres en difficulté. Les deux pays réaffirment que la zone euro n’est pas un club fermé. A l’intérieur de la zone euro, la France et l’Allemagne veulent renforcer la coordination avec pour priorité la restauration de la confiance dans les marchés, le rétablissement de la stabilité financière et le renforcement de la résilience économique et financière.

La France et l’Allemagne décident d’organiser des discussions conjointes avec leurs partenaires sociaux sur les questions économiques et sociales d’intérêt commun. Elles soulignent l’importance qu’il y a à éviter une érosion des standards sociaux à l’occasion de la crise financière et proposent une participation forte de l’OIT aux forums internationaux.

La France et l’Allemagne sont déterminées à intensifier leur coopération dans le domaine de l’énergie et de la politique industrielle, également dans la perspective d’initiatives communes au niveau européen. A cette fin, deux groupes de travail sont institués, sur l’énergie et sur les véhicules à moteur propre, en y associant les industriels concernés.

Les deux pays sont convaincus que leurs économies peuvent sortir plus fortes de la crise actuelle. Pour cela, elles rappellent leur détermination à atteindre les objectifs de la stratégie de Lisbonne en particulier dans le domaine de la recherche et développement. Elles s’efforceront d’augmenter les fonds tant publics que privés destinés à l’innovation, à la recherche, à l’éducation.

Dans la crise actuelle, l’Europe a plus que jamais besoin d’institutions qui lui permettent d’agir plus efficacement. La France et l’Allemagne soulignent leur attachement à la réforme des institutions assurée par le traité de Lisbonne. Il est crucial que le traité de Lisbonne entre en vigueur avant la fin de l’année, conformément aux conclusions du Conseil européen de décembre dernier. En attendant, le traité de Nice continuera à s’appliquer tant que le traité de Lisbonne n’est pas entré en vigueur. La France et l’Allemagne soulignent la nécessité d’appliquer pleinement les dispositions du traité en vigueur. Elles soulignent également que l’Union européenne ne pourra accueillir de nouveaux Etats membres qu’après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne".
 
Retenons donc les idées d'un engagement fort pour lutter contre les paradis fiscaux : le coeur de l'affaire est ce que la pression internationale -et européenne dans le cas d'espèce, on a vu que les Etats-Unis ont déjà obtenu quelques avancées significatives mais ponctuelles- pourra obtenir de la Suisse. La Suisse est le bastion et la clé de tout; si la Suisse cède, le Luxembourg, l'Autriche (pour ne pas parler des autres, beaucoup moins...respectables) devront s'aligner. On peut parler ferme aux Suisses : ils sont très inquiets, en dépit de leurs rodomontades, et prêts à des concessions importantes. L'engagement déjà arraché au Président de la Confédération, Hans-Rudolf Merx, d'appliquer l'article 26 de la convention de l'OCDE est un premier pas important : rappelons que la Suisse s'y était jusqu'à présent fremement opposée...Et rappelons aussi à titre de "poil à gratter, (curieuses incohérences!) que la France vient de signer avec la Suisse un accord fiscal qui n'exige même pas le degré de transparence dans les échanges d'informations de cet article 26 ( article d'un modèle de convention fiscale adopté par les pays membres de l'OCDE, qui consiste à répondre à toute requête justifiée d'informations sur un cas de fraude fiscale supposée de la part d'un Etat dont le ressortissant a un compte dans le pays "requis"). L'étonnant est que la conférence du 21 octobre, sur la lutte contre la fraude fiscale, conférence réunie à l'initiative des ministres français et allemand, n'ait pas été rappelée dans la déclaration, ni l'engagement fort pris à cette occasion.      
Au delà de l'actualité la plus immédiate, la Déclaration du 12 mars est importante, car elle comporte plusieurs engagements fondamentaux. Il faudra à l'occasion les rappeler à leurs auteurs, français comme allemands.  Elle est importante, mais pas très européenne : disons plus précisément que la construction européenne n'est pas au coeur de la problématique.
Elle vaut donc aussi, du point de vue européen, et presque surtout, si elle devait signer le début d'une relance européenne ce serait déjà une évolution importante. A Mme Merkel et au Président Sarkozy (qui l' apprennent progressivement et ça se voit) , il faut le dire et le répéter : la clé d'un développement de la dynamique européenne reste le lien franco-allemand. Avec l'élargissement toutefois, ce noyau ne suffit pas. Mais le couple (au sens des motoristes et non des agences matrimoniales) est essentiel, et ce "couple " a une tendance naturelle au "découplage" car les positions des deux pays sont naturellement, génétiquement si on peut dire, antagonistes. Une entente franco-allemande sur un sujet précis reste toujours une conquête, et c'est ce qui en fait le prix.  Encore faut-il que chacun sache exactement ce qu'il veut et qu'il le dise à l'autre : la clé du semi échec de la relance de "l'euro-méd" (l'Union pour la Méditerranée- grande idée, mésusée) réside sans doute en cette absence de véritable information du partenaire allemand durant plusieurs mois sur ce que nous Français voulions vraiment (je crois que nous ne le savions pas nous-mêmes...).
Plus les dirigeants français et allemands sortiront du folklore imposé (avec un recours forcené aux symboles usés), plus ils prendront leur rôle au sérieux, plus l'Europe sera forte et avancera. Il faudra aussi que ce "couple" pense un jour à s'ouvrir vraiment à un ou deux autres Européens. Non pas sous une forme à géométrie variable en fonction des sujets, comme cela se fait, mais sous une forme insitutionnelle et pérenne. L'ajout de la Pologne dans ce qu'on a  appelé le triangle de Weimar, est une forme habile, mais insuffisante.  Il faut aussi que les dirigeants allemands et français apprennent à se méfier ontologiquement des "tentations londoniennes" : avec la Grande-Bretagne, rien n'est vraiment posssible à long terme. Le pays reste trop englué dans ses contradictions existentielles et son refus de choisir, malgré toutes les postures conjoncturelles, entre l'Amérique et l'Europe, trop profond pour permettre quoi que ce soit de sérieux. Le fait que la City soit aussi largement compromise dans les excès du capitalisme financier, dont on voit maintenant la déroute, devra aussi se payer.   
Dans la déclaration, la référence ultime au traité de Lisbonne vaut surtout par le rappel qu'en son absence, ce sont les dispositions de Nice qui s'appliqueront, (et donc la limitation du nombre des Commissaires européens, ce qui relativise fortement les dispositions du Conseil européen de décembre dernier, prises pour faire plaisir à l'Irlande, dont la perspective de référendum s'éloigne au fur et à mesure que la crise s'y approfondit). Et que tout élargissement sera stoppé tant que le traité ne s'appliquera pas. Le traité de Lisbonne étant un cadavre en état de forte décomposition, cela revient à dire que le processus de l'élargissement est arrêté pour un certain temps...ouf! Il fallait le dire! C'est peut-être la phrase la plus importante de la déclaration : que deux dirigeant importants, et à deux majeurs, de l'Union disent et écrivent- dans une déclaration aux contours solennels- que l'arrêt du processus d'élargissement est envisagé cela n'a l'air de rien, mais, à l'aune des tabous bruxellois, c'est un viol éhonté des principes sacro-saints.   Et derrière tout cela se profile forcément un nouvel exercice de consolidation institutionnelle d'une nouvelle Union, avec mais, pas seulement, un renforcement de l'instance de gouvernance de l'euro...Au travail, Mesdames et Messieurs les Allemands et Français ! Et d'abord trouvez-nous un Président de Commission qui tienne la route, élement fondamental pour toute reprise sérieuse de la marche européenne... Et que M. Barroso retourne réfléchir à ses ambitions personnelles sur les bords du Tage. Au fond, il aura fait beaucoup de mal à l'Europe, sous ses dehors de gentillesse. Par défaut, non par mauvaise volonté... 

jeudi 1 janvier 2009

L'année 2009...

Je la dédie à Alexandre Jardin.

Il a compris le film, lui! Il a compris que le grand mal dont souffre notre pays, et auquel les dix-huit premiers mois de la Présidence Sarkozy n'ont pas vraiment touché, en dépit des vélléités, c'est l'incapacité à agir de la puissance publique, puissance publique comprise dans la totalité de ses expressions (gouvernement - à tous les niveaux, administration, législatif -là aussi à tous les niveaux) .

La période de crise fondamentale économique dans laquelle nous entrons, va-t-elle nous fournir l'occasion  d'une remise en cause elle aussi fondamentale des nos méthodes d'action? Nous sortir de l'amateurisme dans lequel nous nous complaisons? et il va de soi que cette critique s'applique aussi bien à des régimes "de droite", que "de gauche".   

Jardin dit une chose très juste : que, dans le privé, on fait le travail plus sérieusement. Peugeot, je le cite, pour lancer un modèle, poursuit des études durant dix ans, modifie sa stratégie d'ensemble en conséquence...Pas besoin de filer davantage la comparaison. Il est effrayé, toujours lui qui parle, par le peu de moyens consacrés à la réflexion avant la décision, dans la sphère politique notamment, par la faible utilisation des moyens modernes comme internet pour rassembler les compétences, qui sont, dans un pays archi-développé comme le nôtre, énormes et multiformes.
J'ajouterais à cela, le peu de temps, d'efforts, consacré à la création de consensus sur des sujets centraux, consensus ou majorités d'idées tout à fait indispensables pour être acceptés, et transformés ensuite en action politique. Il est évident que le temps d'un mandat de Président ou plus encore de Premier ministre, ne se prête pas à ce travail de longue haleine, ni le tempo particulièrement pressé de notre société médiatique. Mais, sans cela, on ne travaille que dans l'instant, on ne récolte que des succès d'apparence. Or nous avons la chance en France d'avoir un système  qui favoriserait plutôt le long terme par rapport à des systèmes parlementaires où énormément de temps se perd en querelles de partis, en rapports de force minuscules, en batailles d'égos dont nos querelles politiciennes ne donnent qu'une très faible idée, et même par rapport à des systèmes fédéraux où les compétences sont tellement tranchées que chacun des niveaux de gouvernement est tenté, et en mesure, de travailler dans son coin, en conflit avec le niveau du dessus ou du dessous. Notre système, avec un chef bien légitime, aux pouvoirs étendus -un peu trop aux yeux de certains, mais surtout de ceux qui aspirent à occuper la place tant convoitée- , en principe au-dessus des partis, avec un Parlement "rationalisé" -un peu trop, sans doute-  , avec des collectivités territoriales obligées de s'entendre entre elles pour faire fonctionner la machine tellement les compétences sont enchevêtrées, est un système bâti pour être efficace, et il offre à maints égards une souplesse que nos voisins peuvent nous envier. 
Quand on songe aux archaismes d'un système politique comme le système américain, et à l'incapacité d'en changer, quand on songe aux conséquences gravissimes d'un système comme le système istraélien avec son système à la proportionnelle intégrale qui fait des gouvernements composés de majorités de rencontre, les otages perpétuels de petites formations exrêmistes, et empêche de rendre le peuple arbitre de la solution aux problèmes de fond (avec réferendum par exemple), on se dit qu'on n'est pas logés à si mauvaise enseigne que cela en France.

En principe, avec la force et le respect de l'Etat que les siècles de notre histoire chaotique nous ont légués, nous devrions pouvoir échapper, au moins davantage que les autres, aux vertiges de l'action de court terme, vraie plaie de notre société. Mais c'est tout le contraire.

Alors, en partant du constat d'Alexandre Jardin, mon voeu est, pour cette année qui offre, grâce si je puis dire à la crise, une chance de changer nos méthodes, les modes de fonctionnement de notre société, que le vrai changement, celui des mentalités, des modes de travail de l'action publique commence à opérer. En France, mais aussi bien sûr en Europe. Car il doit être bien clair pour tous que "la France et l'Europe c'est désormais une même entreprise".  Si la France commence à se prendre au sérieux, elle rependra aussi l'oeuvre de la construction européenne au sérieux, et se remettra au centre du jeu.  Et je le dis tout net : on peut pas faire l'économie d'un projet pour l'Europe, ce projet ne pouvant être que démocratique, et reposant sur le consentement explicite des peuples, et par conséquent  d'une Constitution, avec des règles claires compréhensibles par le citoyen, un vrai exécutif avec des chefs élus, bien identifiés comme tels, (et non des "politburos" ne pouvant décider qu'en groupe, et donc qui ne décident rien, sinon d'ergoter et de ne rien faire) aux compétences limitées certes mais connues, qui se situe au dessus des gouvernements nationaux. L'échec de Lisbonne, s'il était avéré, ne rendrait la tâche que plus facile, car il obligerait à reconstruire l'ensemble (sans détruire l'existant) avec ceux des pays et des peuples, directement et simultanément consultés,  partants pour une telle expérience. C'est naturellement à la France de reprendre ce flambeau-là.   Donc, soyons nets, mon voeu pour 2009 est que, d'une manière ou d'une autre, l'occasion du débat sur le fond du projet européen soit réactivé. Un passage en catimini du mauvais compromis de Lisbonne ne ferait que repousser ce débat nécessaire. D'autant que le dernier conseil européen, en donnant satisfaction aux revendications irréalistes de l'Irlande, a ouvert une boite de Pandore, avec la promesse faite aux Irlandais "s'ils votent bien", de modifier certaines des dispositions centrales du traité (comme le nombre des commissaires européens), et en a fait un "chiffon de papier" modifiable au gré des caprices des uns et des autres.  

samedi 12 juillet 2008

Vaklav Klaus : faites-le taire!

Le Président de la République tchèque, Vaklav Klaus, au demeurant homme estimable et économiste reconnu (dans son pays- et aussi aux Etats-Unis où il a passé de nombreuses années de sa vie), n'a pas sa langue dans sa poche. C'est bien.
Mais parfois, et même si sa devise est "nous croyons en la démocratie, en la liberté, toujours plus en la liberté", on se demande s'il n'a pas gardé de son métier d'universitaire, une habitude de liberté de pensée qui certes lui fait honneur, mais qui peut se révèler gênante dans ses responsabilités officielles.

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samedi 14 juin 2008

Frappée à mort (suite)

...ce que j'ai lu ou vu de plus censé jusqu'à présent en guise d'épitaphe irlandaise, c'est ce qu'a dit François Bayrou, et auquel je renvoie:

http://www.dailymotion.com/video/x5rnbf_francois-bayrou-reaction-vote-irlan_news

Non que je reprenne entièrement à mon compte ce que dit Bayrou...Il n'y a pas que "les valeurs" derrière les réponses du (des) peuple(s)...il y a aussi une question de cohérence politique, non satisfaite par les arrangements alambiqués des diplomates.
Mais quelle tristesse...au fond, oui ce qui domine, c'est la tristesse.
Car "ils" ne comprendront pas ces appels populaires . "Ils" s'obstineront, car trop est en jeu.
Et nous irons d'erreurs en erreurs, de crise en crise, en nous cramponnant déséspérément à des semblants d'unanimité sur des sujets comme le réchauffement climatique, l'énergie (sujets dont il n'est pas question de contester l'importance, mais qui ne peuvent être l'alpha et l'oméga d'une politique publique).
Et le vaisseau qui craque déjà de partout, va tanguer de plus en plus, au gré des courants et des récifs.
Qu'on se le dise un peu partout, ce navire amiral, sans chef et sans boussole, est à prendre!

FRAPPEE A MORT ?

On peut se rassurer comme on veut, faire de l'incantatoire et du "wishful thinking", dire, comme il se doit, que le "processus de ratification doit continuer", faire les gros yeux aux Irlandais, mais la réalité est bien là : chaque fois que les peuples ont à se prononcer désormais, la réponse est sans appel, c'est un non clair et net.
C'est une vraie catastrophe. Une crise majeure.
Et il y a fort à parier, hélas, que cette fois encore, on se bouchera les yeux, en accusant l'ambiguïté fondamentale des référendums, la balourdise du PM irlandais, le beau ou le mauvais temps, ou l'ingratitude des Irlandais (là ce ne serait pas tout à fait déplacé...), et on refusera de voir la réalité en face.
On trouvera un replâtrage. 
Les gens - les peuples- n'aiment pas être pris pour des idiots.
Quand on leur vend un produit, même politique, ils aiment bien savoir ce qu'il en est vraiment. Ils lisent, ils s'informent. S'ils ne comprennent pas, ils flairent l'"arnaque".
Ils disent non ou s'abstiennent.
Il s'est passé en Irlande ce qui s'est passé en France et aux Pays-Bas, et entre-temps on était même passé au rayon "deuxième choix" (le Traité de Lisbonne n'est-il pas un deuxième choix par rapport au projet constitutionnel ?).
La réalité, c'est qu'il faut dire clairement ce que l'on veut faire ensemble.
L'Irlande est un pays neutre, qui n'a qu'une armée dont le but premier est de forunir des troupes pour les opérations de paix de l'ONU, qui déteste le nucléaire. Elle est profondément catholique, n'aime pas qu'on la pousse sur des questions comme l'avortement (qui fut l'un des thèmes de la campagne référendaire de 2000). Ce serait bien sûr beaucoup plus sexy et à la mode si elle était musulmane. Mais ce n'est pas le cas. Il faut en prendre son parti. Elle a subi pendant quatre siècles l'oppression britannique sans disparaître, ce n'est pas la volonté de tel ou tel dirigeant Européen qui va la faire changer. Elle ne transigera pas sur ces options fondamentales.
Il faut l'accepter.
Et accepter que ceux qui ne veulent pas prendre la même direction que vous ne prennent pas le même train. Au risque d'être moins nombreux.
Mais ces choix là doivent être clairs. Quand on entre dans un club, on s'engage. Et quand on n'est plus d'accord avec les règles du club, on s'en va. Mais les règles doivent être connues, ne pas changer en cours de route. Et en retour, celui qui abandonne la partie doit savoir à quoi il s'expose.   
Cette fois, l'Union Européenne façon Maastricht élargie à l'infini au gré non, comme on se complait à le dire, des réalités géostratégiques ou d'une solidarité continentale, mais des clientèles ( après la Turquie, que veulent les Etats-Unis et le Royaume Uni, il y a l'Ukraine que veut la Pologne), cette Europe là est bien morte.
Le mieux serait d'en tirer les conséquences, et d'arrêter les frais. 
Union économique, d'accord.
Pour le reste, il faut voir et savoir - et dès le départ- qui veut quoi et avec qui. Est vraiment condamnée cette fois la méthode Monnet dévoyée dite de l'engrenage, reposant sur la création d'une série de "solidarités de fait" censées enserrer les gouvernements et les peuples de telle sorte qu'ils n'aient plus le choix de revenir en arrière, vers les divisions d'antan.
L'ennui, c'est que dans une démocratie, un jour ou l'autre le peuple tranche.
Et que notre projet européen ne peut être que démocratique, sous peine de forfaiture. 
On peut redouter les prochaines élections européennes, qui vont encore battre des records d'abstention. 
Une autre voie existe, celle de la négation, du négationnisme : les peuples en fait ne distinguent pas clairement ce qui est bien pour eux ( c'est bien cela l'argument contre le principe du réferendum, où les raisons d'un oui ou d'un non sont trop complexes pour être décryptées dans un choix politique? ). Et je suis prêt à parier que l'une des conséquences du référendum irlandais, c'est qu'il n'y en aura plus sur des sujets européens, et que, sous une forme ou sous une autre, le Conseil européen s'arrangera pour en proscrire l'usage.
Entendons-nous bien. Cette crise là doit nous amener à choisir non moins d'Europe, mais davantage et mieux. Cette crise de plus pourrait être salutaire. Mais à un prix qu'aucun dirigeant européen actuel n'est, à mon avis, prêt à payer (sauf, peut-être, la chancelière?). 
En attendant, "il faut tenter de vivre"...Pas facile pour la Présidence française!   
Comment rassembler une majorité sur le renforcement de la politique de défense par exemple, une des priorités affichées par nous (bien imprudemment à mon avis) pour notre Présidence?  
Car, au nom de qui et de quoi parler désormais? Le déni des peuples, n'est-ce pas la pire sanction en démocratie?
Et ce serait naïf de penser que ce cancer peut être circonscrit.
Le discrédit va frapper l'ensemble des politiques, l'indiscipline va elle aussi se développer parmi les Vingt-Sept.
Un premier signe sera de voir combien parmi les Etats qui n'ont pas encore ratifié le texte, vont le faire.

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